Anita Berchenko : Suite 2086

berchenkoJe me doutais bien que les mésaventures de Dominique Strauss-Kahn allaient faire couler de l’encre. Comme je me doute aussi qu’un jour ou l’autre l’Affaire DSK fera l’objet d’un film français, voire américain. Cette affaire suscite de l’intérêt. Normal puisqu’elle met en scène un homme puissant qui aurait commis un délit sexuel sur une femme de chambre d’origine africaine. Peut-on imaginer un plus grand déséquilibre entre deux individus ? Lui, homme d’autorité à la tête d’une organisation internationale, considéré de surcroît comme un candidat éventuel à la présidence d’un pays membre du G8. Elle, une simple femme qui a quitté son pays d’origine pour élever seule sa fille dans un quartier populaire de New York. Savez-vous combien gagne une femme de chambre ? Le salaire minimum auquel s’ajoute un pourboire. Bref, près de vingt fois, voire trente fois moins que DSK. Mais dans cette affaire il y a un troisième personnage qu’on a du mal à discerner : l’épouse de DSK elle-même. Elle joue un rôle obscur, mal défini, assez ténu publiquement, mais qui pourrait bien prendre de l’importance sous la plume d’un scénariste doté d’une imagination conséquente.

Avec Suite 2806, toutefois, nous ne sommes pas dans un scénario hollywoodien. Dans un style sobre d’une élégance rare, aux contours parfaitement maîtrisés, Anita Berchenko fait le récit des événements tels qu’ils auraient pu se produire. Elle se met tantôt dans la peau de Daniel, « riche grâce à son épouse, puissant grâce au poste qu’il occupe », tantôt dans la peau de Nissa, cette femme noire qui a reçu pour consigne de ne pas susciter le scandale, de ne pas heurter les clients. Par un concours de circonstances que je n’exposerai pas ici de crainte de vous ôter l’envie de lire ce roman, Nissa se retrouve dans la suite de Daniel alors qu’il n’a pas quitté les lieux. Sans savoir, elle s’apprête à faire le ménage, comme elle le fait tous les jours, en débutant par le grand lit. Et c’est là que survient l’événement, un acte sexuel d’une durée maximale de neuf minutes… Un acte consenti ? Impossible de trancher la question quand on est en présence d’une relation d’autorité qui met en présence un petit vieux bedonnant plein de pognon et une immigrée africaine en situation quasi irrégulière aux États-Unis.

Dans la fiction d’Anita Berchenko, l’homme n’est guère sympathique. Dans la réalité, il est acquitté. En raison de cette affaire, il a perdu son poste de haut dirigeant international et a mis un frein à ses ambitions politiques dans son pays où il est rentré avec sa femme et sa fille. De la femme de chambre, on ne sait rien. Peu importe, elle ne joue aucun rôle dans aucune organisation et a rompu depuis belle lurette avec son pays d’origine dans lequel elle ne reviendra sans doute jamais.

Fiction ? Réalité ? Aucune importance, il faut lire Suite 2086 pour ce qu’il est : le récit fort bien maîtrisé d’une réalité qui dépasse la fiction. Avec madame Berchenko, on vit une expérience littéraire, pas journalistique. Et c’est littéralement passionnant.

Anita Berchenko. Suite 2806. Numériklivres, 2011. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.fr

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