Thierry Cabot: La Blessure des Mots

cover_cabot_blessure2On dit que la poésie n’est plus de notre temps, tout comme les poètes qui n’auraient plus la cote auprès des élites culturelles. Ici, j’entends eux qui sont chargés de rédiger les chroniques culturelles des journaux et qui, bien souvent, se contentent de faire la promotion des œuvres moussées par des agents avec lesquels ils s’entendent généralement bien, étant issus du même milieu (car, au fond, qui pend la décision de « critiquer » un livre plutôt qu’un autre ?). Bref, la poésie ne se vend plus. C’est ce que les éditeurs, qui en publient de moins en moins, vous diront si vous leur présenter votre recueil. Pourtant, pour peu qu’on s’y arrête, cette affirmation s’avère fortement démentie par la réalité. En témoigne la chanson qui se vend fort bien et, pourtant, elle repose essentiellement sur du texte versifié, donc sur une forme classique de poésie. Alors, comment peut-on prétendre que le genre n’est pas grand public ?

Remarquez, je ne suis pas un grand lecteur de poèmes. J’en lis à l’occasion, moins aujourd’hui qu’en ma jeunesse où les œuvres de Nelligan, de Rimbaud et de Verlaine m’accompagnaient au quotidien. Il y a quelques années, j’ai lu les poèmes d’Alphonse Piché, un poète québécois qui m’a tellement plu que j’ai fait pour ÉLP un compte rendu de son recueil publié à la fin des années 1960. Et, bien entendu, je lisais régulièrement les poèmes de Florence Saillen et de Paul Laurendeau mis en ligne sur le site Écouter Lire Penser avant qu’il ne devienne le blog(ue) officiel d’ÉLP éditeur à l’automne 2013.

Quand, au printemps 2011, ÉLP éditeur a pris la décision de publier les poèmes de Thierry Cabot, j’en ai lu quelques-uns mais, allez savoir pourquoi, ce n’est qu’une fois le recueil publié que j’ai vraiment pris le temps de les découvrir. Bien calé dans mon fauteuil, j’ai lu ces vers dans le silence du soir et j’ai été particulièrement touché par les « mots » de Cabot. Touché parce que ce poète parle du temps comme rarement les poètes savent le faire. En témoigne un extrait d’un Quai de gare à Toulouse qui l’illustre avec beaucoup d’acuité :

Et le limon obscur des mois et des années
A glacé mon visage et fendillé mon cou ;
Si parfois j’ai bu tant d’espérances bien nées,
J’ai vingt fois du destin essuyé le vil coup.

En poursuivant tranquillement ma lecture, j’ai trouvé aussi que, sous de maints égards, Thierry Cabot rappelait Nelligan, ce poète qui a tant marqué les jeunes d’ici dans les années 1960 et 1970. Le poème Angoisse de janvier, qui décrit la mélancolie qu’évoque le froid de janvier, nous ramène immanquablement à Soir d’hiver, un poème célèbre de Nelligan (Ah que la neige a neigé…)

Mais la mélancolie du poète n’est pas exempte d’engagement social comme, par exemple, dans le Monde du travail et Évaluation, deux poèmes qui décrivent la déception qu’éprouvent de nombreux individus pour le monde réel, notamment lors du passage à l’âge adulte. Un poème comme l’argent, avatar par excellence de la modernité, s’avère du même ordre.

Argent ! mes boyaux fous lâchent cent loups rebelles
Et, tandis que souillé par les mêmes crétins,
Un idéal saignant pleure dans les poubelles,
Je te dis cent fois « merde » avec mes intestins

Les poèmes de Thierry Cabot se lisent lentement et, si possible, à petite dose. Lisez-les de préférence le soir, une fois les tâches ménagères accomplies, quand le poids du jour commence à se faire sentir. La mélancolie chassera votre déprime… et vous dormirez peut-être en paix, loin du tumulte du monde.

Cabot, Thierry. La Blessure des Mots. ÉLP éditeur, 2011, versions ePub et PDF, 3,49 euros ou 4,99 $CA. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.fr

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