Honoré de Balzac : La peau de chagrin

balzac3Je poursuis ma lecture des romans de Balzac, plus particulièrement les romans, nouvelles et contes de la série des Études philosophiques, élément clé de ce vaste projet littéraire que constitue la Comédie humaine. Après une première série de lectures et un billet critique sur les Notes de François Bon, je me penche aujourd’hui sur trois œuvres, un roman et deux nouvelles : La peau de chagrin (1831), Melmoth réconcilié (1835) et Le chef d’œuvre inconnu (1831).

La peau de chagrin (1831)

Un jeune homme au bout de ses ressources, miné par une addiction au jeu, s’apprête à se suicider en jetant bêtement dans la Seine. Mais voilà qu’il est un peu tôt pour mourir… Alors, en attendant la nuit, il pénètre dans une boutique d’antiquaire remplie d’objets d’anciens dont certains, comme un tableau de Raphaël, sont de très grande valeur. Balzac consacre d’ailleurs plusieurs pages à décrire ces choses… jusqu’à ce qu’on lui remette une peau de chagrin, un objet magique qui permet à son détenteur de réaliser tous ses désirs. Le problème, c’est ce qu’au fur et à mesure qu’on en fait usage, cette peau rétrécit jusqu’à entraîner la mort de son propriétaire.

Voici l’inscription qui figure sur cet objet : « Si tu me possèdes, tu posséderas tout / Mais ta vie m’appartiendra / Dieu l’a voulu ainsi / Désire, et tes désirs seront accomplis / Mais règle tes souhaits sur ta vie / Elle est là / À chaque vouloir je décroîtrai tes jours / Me veux-tu? / Prends / Dieu t’exaucera / Soit ! » Terrifiant, non ?

Qu’est-ce qu’une peau de chagrin, en fait ? Le chagrin est un cuir utilisé pour couvrir des livres. Mais le roman de Balzac a acquis une telle célébrité que l’expression « peau de chagrin » est passée dans le langage courant pour évoquer un usage qui diminue avec le temps. Si célèbre soit-il, ce gros roman un peu touffu est-il toujours aussi lu ? Comme Proust, on en parle beaucoup, mais peu le lise.

La peau de chagrin est structuré en trois parties, trois longs textes que Balzac n’a pas jugé utile de subdiviser en chapitre.

Dans la première partie – Le talisman –, Balzac décrit la déchéance de Raphaël, le héros du roman. Au bout de ses ressources et, après une tentative de suicide, il entre chez cet antiquaire, en ressort avec la peau de chagrin et se retrouve dans une fête interminable avec ses amis. Au cours de celle-ci, il raconte toute son histoire à son ami Émile.

Les événements de la deuxième partie – La femme sans cœur – sont antérieurs au récit. Il s’agit de la passion qu’éprouve Raphaël pour la comtesse Foedora, passion qui se vit dans l’ombre de Pauline, la jeune fille qui aime Raphaël en secret, se dévouant pour lui malgré ses maigres ressources. Pendant trois ans, dans cette chambre modeste qu’il loue à la mère de Pauline, Raphaël travaille à la rédaction de son essai sur la volonté, l’œuvre qui le conduira à la gloire, pense-t-il, et qui lui permettra peut-être de conquérir le cœur de Foedora. Sous la plume sublime de Balzac, on assiste à la lente descente en enfer de Raphaël, manifestement aux prises avec le désir mimétique si cher au philosophe René Girard, ce désir non pas de l’autre, mais selon l’autre – c’est-à-dire le désir de ce qu’on nous montre comme désirable, désir malsain qui ravale l’être humain à l’état de bête désirante après lui avoir retiré sa faculté de penser…

Dans la troisième partie – L’agonie –, à la suite d’un glissement temporel dont il a le secret, Balzac nous ramène à la soirée interminable alors que Raphaël constate les premiers effets de la peau de chagrin : la fortune… mais la perte à petit feu de sa vie. On le retrouve alors dans une jolie villa dans laquelle il loge seul avec un domestique, s’efforçant de vivre sans désir, unique moyen de prolonger son existence, si triste soit-elle. Il a bien entendu tenté de percer le secret de cette peau de chagrin, mais toutes ses démarches furent vaines, la peau conservant ses terribles pouvoirs. Un soir, à l’Opéra, il retrouve Pauline par hasard. Ils s’avouent leur amour et se marient…mais Raphaël se meurt, la peau de chagrin rapetissant sans cesse, inexorablement.

La peau de chagrin est un roman sublime écrit par Balzac alors qu’il avait à peine trente ans. D’où cette fraîcheur qu’on peut sentir tout au long de sa lecture. Comme souvent dans les ouvrages qui composent la série des études philosophiques, ce roman est empreint de mysticisme. D’ailleurs, dès le début du roman, Balzac fait dire au vieillard : « Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. » Une leçon de sagesse à méditer les jours de pluie… La mort chez Balzac est associée à la rédemption. Elle s’apprend, donc, comme la vie elle-même. Nous y reviendrons.

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Le chef d’œuvre inconnu (1831) et Melmoth réconcilié (1835) sont des nouvelles d’environ quarante pages chacune. Comme dans La peau de chagrin, dans Melmoth réconcilié, Balzac met en scène un personnage – un caissier médiocre du nom de Castanier dans ce cas – qui vend en quelque sorte son âme au diable. Et pourquoi ce Castanier ruine-t-il sa vie ? Pour satisfaire les nécessités d’une passion – aussi vaine que futile – pour Aquilina, la maîtresse encorceleuse, objet du désir mimétique. Seule la mort lui apportera le réconfort que l’argent et la luxure n’ont su lui donner. Une autre leçon de sagesse… mais un texte moins percutant que La peau de chagrin. Quant au Chef d’œuvre inconnu, il s’agit d’une réflexion sur l’art… qui se termine aussi par la mort du peintre, maître Frenhofer. Décidément, la mort est partout chez Balzac…

Ces trois ouvrages sont disponibles à titre gratuit sur le site des Réimpressions ÉFÉLÉ.

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