André Gide : Isabelle

gideNe me demandez pas pourquoi mais, en mes vertes années, j’ai toujours confondu deux ouvrages qu’on se plaisait à lire et à commenter autour de moi : La condition humaine d’André Malraux et Les nourritures terrestres d’André Gide. Est-ce parce que les deux auteurs se prénommaient André ? Je ne sais pas… Ce que je sais, par contre, c’est qu’en ce temps-là je n’avais jamais lu l’un et l’autre de ces auteurs, alors que Sartre, Camus et Vian meublaient mon quotidien. De fait, je n’ai lu Malraux qu’en 2003 et, presque dix plus tard, je me suis enfin adonné à la lecture d’un roman d’André Gide… Honte à moi.

J’ai débuté par Isabelle, un petit roman qui m’a séduit dès les premières lignes. Le procédé d’écriture de Gide est ingénieux : c’est d’abord lui-même qui assume la narration du récit alors qu’il décrit une visite faite au domaine de Quartfourche, en Normandie, accompagné de deux amis : Francis Jammes (1868-1938) et Gérard Lacase. Si le premier est un poète et romancier qui a bel et bien existé, ce n’est pas le cas du second, personnage purement imaginaire auquel, dès le premier chapitre, Gide cède la narration.

Gérard Lacase, étudiant en Sorbonne, séjourne au château de Quartfourche pour prendre connaissance de documents inédits relatifs aux sermons de Bossuet, son sujet de thèse. Ces documents sont la propriété de monsieur Floche, son hôte au château, bien que le domaine appartienne aux Saint-Auréol, une famille noble sur le déclin. Outre les Floche et les Saint-Auréol vivent au domaine une domestique, un couple de jardiniers et Casimir, le petit-fils des Saint-Auréol, qui souffre d’une infirmité. Mais le tableau ne serait pas complet sans le précepteur de l’enfant, l’abbé Santal qui, malgré son statut d’ecclésiastique, n’est guère porté sur la compassion. La force d’André Gide, dans cet ensemble, est de nous plonger dans une ambiance feutrée qui, parfois, confine au malaise, voire à l’angoisse.

Un jour que Gérard se promène avec Casimir, il découvre, dans une dépendance abandonnée, un portrait de jeune femme. Il s’agit d’Isabelle de Saint-Auréol, la mère de Casimir. Vite fasciné par cette image, il va tenter de reconstituer l’histoire de cette absente dont personne ne parle au château, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou. Il apprend qu’Isabelle vient parfois au château, la nuit, pour embrasser l’enfant. Animé par un amour naissant, il fera tout pour découvrir ce qui se cache dans cette maison jusqu’à ce qu’il soit confronté à une réalité qui, dois-je le rappeler, s’avère toujours moins « élevée » que les hauteurs de notre imagination…

Je regrette d’avoir attendu si longtemps pour découvrir l’immense écrivain que représente André Gide dans l’histoire de la littérature française. Isabelle est un petit roman d’environ 100 pages. Une bonne manière d’aborder l’œuvre. Alors, ne faites pas comme moi : n’attendez pas vingt ou trente ans avant d’en prendre connaissance.

André Gide. Isabelle. Ebooks libres et gratuits, c1911

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s