Paul Bourget: Un homme d’affaires

Paul Bourget, Wikipédia.fr
Paul Bourget, Wikipédia.fr

Paul Bourget (1852-1935) est un écrivain pour lequel nous avons des préjugés, particulièrement au Québec parce que ses œuvres, contrairement à celles de nombreux auteurs français, n’ont jamais été mises à l’Index. En effet, elles ont été autorisées en lecture publique par l’élite bien-pensante alors placées sous l’égide du clergé catholique. Bien que je n’aie moi-même pas connu cette période sombre de notre histoire, ce fait est demeuré dans la conscience collective de la génération suivante, celle des années 1960. Paul Bourget, donc, faisait partie des auteurs autorisés, ce qui suffit largement à lui enlever toute crédibilité littéraire. Comme on peut s’en douter, les lectures permises par le clergé exercent beaucoup moins d’attraits sur la jeunesse que les œuvres frappées d’interdiction, comme les romans de Zola, par exemple. Bref, un peu pour toutes ces raisons, je n’étais guère enclin à entreprendre la lecture de Paul Bourget, un écrivain que d’aucuns associent à l’élégance des salons parisiens du tournant du siècle.

Si l’on en croit Wikipédia, Paul Bourget décrit avec justesse la société mondaine de Paris sous la Troisième république (1870-1940). D’abord connu comme un romancier de mœurs, il se tourne, après la quarantaine, vers le roman à thèse dans lequel il expose ses idées empreintes de sa récente conversion au catholicisme. Cela explique la réputation qu’on lui fait: un écrivain traditionnaliste, tourné vers le monarchisme. Un écrivain de droite, quoi. Voilà sans doute pourquoi il avait si bonne presse au Québec à cette époque…

Un homme d’affaires est un recueil de nouvelles publié en 1900. L’ouvrage réunit quatre nouvelles. La première, qui donne le titre au recueil, relève davantage du roman que de la nouvelle, d’ailleurs. Elle raconte la lente vengeance de Firmin Nortier, un homme d’affaires puissant aux origines paysannes. À l’instar de certains représentants du monde des affaires de la finance de ce temps-là, il a épousé une femme de noblesse au titre ronflant mais sans les sous qui auraient dû venir avec… En cours de la lecture, on sent bien d’ailleurs le mépris que porte l’auteur à la modestie des origines de Nortier qui, quoi qu’il fasse, ne ressemblera jamais à un noble : « Firmin Nortier, lui, a beau avoir adopté la morgue des authentiques gentilshommes avec lesquels il fraie, il a beau avoir copié d’eux, avec un scrupule qui ne commet pas une faute d’orthographe, sa livrée et ses attelages, sa tenue personnelle et celle de sa maison, observez-le, et vous démêlerez en lui aussitôt le paysan de Beauce, matois et défiant, avide jusqu’à l’usure, prudent jusqu’à la ruse. »

Firmin Nortier a épousé une femme noble, donc, mais une femme qui l’a trompé toute sa vie avec un Italien de meilleure souche que lui. Sans vergogne, cet amant logeait même chez lui… Et comme si cela n’était pas assez, sa fille Béatrice serait de ce noble, et non de lui. Comme un paysan, il a patienté pendant vingt ans avant de trouver le moyen de faire payer un peu tout le monde… Et non sans cruauté.

La deuxième nouvelle s’intitule Dualité. Un Parisien issu du milieu mondain décide de passer quelques jours dans une auberge du nord de l’Italie. Dans ce lieu à l’abri du monde, il reconnaît une cocotte qu’il a bien connue quinze ans plus tôt. La femme discute avec un jeune homme que le Parisien croît être son amant. Or, il n’en est rien… et cela crée une embrouille digne de meilleures intrigues balzaciennes.

La troisième nouvelle – Le réveillon – raconte l’histoire tragique de Charles Durand, un jeune homme qui, amoureux d’une femme mariée, a monté un canular pour faire croire à ce ménage qu’il avait une maîtresse. Et cela a eu des conséquences dramatiques sur les destinées des uns et des autres.

Enfin, la quatrième nouvelle, intitulée L’outragé, raconte aussi une histoire de tromperie. Une histoire qui connaîtra une fin tragique pour les deux amis impliqués dans un triangle amoureux. Je vous laisse découvrir si la femme s’en sort mieux…

Préjugé ou pas, j’ai beaucoup apprécié cette œuvre fort bien écrite. Certes, ce roman témoigne d’une époque révolue : celle de Marcel Proust et de cette noblesse de salon au prestige moribond après la Première guerre mondiale. Mais il a sa place dans l’histoire littéraire d’une période qui figure parmi les plus fécondes de l’histoire du monde occidental, celle qui va de 1871 à 1914. Après, plus rien ne sera comme avant.

Paul Bourget, Un homme d’affaires, c1900.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s