Allan E. Berger : Le passage de Reichenberg

cover_berger_reichenbergVoici un petit roman – ou un grosse nouvelle, c’est selon – qui sort de l’ordinaire. Un roman dans lequel Allan E. Berger recourt à la fiction pure pour forcer la rencontre avec l’Histoire. En effet, Le Passage de Reichenberg a pour toile de fond la célèbre Nuit de Cristal au cours de laquelle les Jeunesses hitlériennes, encouragés par les SS et la Gestapo, ont saccagé des centaines de commerces et de lieux de culte dans les quartiers juifs du Reich. Malgré cette véritable incursion dans l’Histoire avec un grand « H », tout ceci tient du leurre puisque le Passage relève davantage de la S.-F. et du fantastique que du roman historique.

Quelque part au 21ème siècle, un jeune homme travaille pour un marchand de vin raffiné pour lequel il effectue des livraisons dans une ville d’Allemagne, de Pologne ou d’Autriche, on ne sait trop. Un jour, il se perd dans les méandres d’un quartier ancien et, par mégarde, emprunte un passage obscur qui le conduit, en plein ghetto juif, le 9 novembre 1938, soit exactement la veille du pogrom qui peut être considéré comme l’une des prémices de la Shoah. Là, avec son téléphone mobile à la main, il demande à quelques vieux juifs de lui indiquer le métro le plus proche… Il est perdu, on le comprend. Perdu dans l’espace… et dans le temps ! Quand il évoque le Passage de Reichenberg, d’aucuns le considèrent comme un fou ou, mieux, comme un fantôme, voire comme un possédé du démon Et il est bien près de leur donner raison quand il constate soudain dans quel siècle il se trouve : le 20ème, le pire que la Terre ait jamais vécu, « ce siècle, la honte de l’histoire ». S’ensuivent une suite de péripéties dont je ne vous raconterai pas les détails. Il vaut mieux lire Berger dans le texte ; ça vaut mille fois mieux que tout ce que je pourrais en dire. En voici d’ailleurs un passage éloquent :

Tout de suite, l’angoisse me saisit à la gorge. Car l’injustice de masse, l’injustice en gros, me donnent toujours des envies de meurtre. Cent ans après des événements qui ont ravagé toute ma famille sauf un, je tremble encore de rage. Je hais, je hais, je hais les monstres ! Leur seule évocation me donne la fièvre. De l’ancêtre survivant de ces grands cataclysmes, je suis l’ultime rejeton par une suite ténue de descendants stupéfiés qui tous se sont dit : « pourquoi, comment se fait-il que nous soyons encore en vie, et à quoi ça sert ? » Nous voyageons sur la Terre, nous traversons l’existence sans plus rien espérer. Je suis ainsi l’enfant d’une longue lignée d’êtres gris cendrés, sans illusions, sans autre passion que la vodka, de ces êtres incréants que le vingtième siècle a engendrés en quantités prodigieuses. Ce siècle, la honte de l’histoire, y a creusé comme un cratère. Je ne comprends pas pourquoi la Terre n’en a pas été détruite. Pourquoi devons-nous encore vivre, et attendre, évidemment, d’autres malheurs ? Qu’on en finisse ! C’est tout ce que l’espèce mérite ! Qu’on en finisse…

Rassurez-vous, Le passage du Reichenberg finit bien, comme dans un film américain, sans pour autant changer quoi ce soit au destin historique des milliers de victimes du pogrom.

Allan Erwan Berger vit à Rennes depuis pas mal d’années. Membre fondateur d’ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone 100% numérique, il a publié plus de sept ouvrages. Pour en savoir davantage sur cet auteur hors norme, veuillez consulter sa fiche d’auteur sur le site d’ÉLP éditeur.

Allan E. Berger, Le Passage du Reichenberg, ÉLP éditeur, 2012, 0,99 euros ou 1,29 $. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

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