Chris Simon : Ma mère est une fiction

simonVoilà un beau petit roman que vous lirez lentement, sans vous presser, dans vote fauteuil, de préférence le soir après votre journée. Il s’agit d’une suite de quatre récits entrecroisés qui ont en commun une femme, parfois enfant, mais la plupart du temps une adulte accomplie de plus de quarante ans.

Premier récit. Nous sommes en 2012 avec un couple dans un drôle de train. En effet, la femme et son mari ont pris un forfait train pension complète chambre à gaz pour Judaïc Park. Horrible. Des touristes s’offrent la reproduction fidèle d’une rafle de Juifs par des soldats nazis. Tout cela pourrait finir mal, on le devine aisément. « Ils vont décidément trop loin, vraiment trop loin. On aurait compris sans cet ultra-réalisme. Le tour-opérateur ne perd rien pour attendre. Je vais te les ambiancer au retour… Je suis furieuse. Nous faire ça, à nous ? Patrice mon amour, mon autre moi-même. »

Deuxième récit. Nous voilà deux ans plus tôt dans la campagne française. Ou alors dans une banlieue éloignée, mais peu importe. Une femme fait une randonnée de vélo avec sa mère, mais elle a du mal à la suivre.Volontairement ou non, sa mère l’abandonne… « Le message est sans appel. Ma mère, futuriste, articule d’une traite avec conviction. Elle veut vivre et le plus longtemps possible. Comme si moi, je n’avais pas de raisons de vivre vieille. Je pourrais aussi bien mourir là, tout de suite, au bord du canal de ce village étrange, tête adossée à la dune, pieds contre la pinède. Ensablée. »

Troisième récit. En 1976, une petite fille s’étonne du visage refait de sa mère suite à un accident d’automobile. « Plus rien de ce qui créait l’accident dans l’espace et m’attachait, m’accrochait à elle mieux qu’un cordon ombilical, n’existe. Effacé, gommé, disparu. Ma mère n’est plus ma mère, je suis orpheline. »

Quatrième et dernier récit. La femme de quatre-trois ans – vraisemblablement la même femme qui fait du vélo avec sa mère – se retrouve dans un lieu après sa mort. Étrange paradis où Zeus peine à entretenir son logis. Elle va lui donner un coup de main, elle qui n’avait jamais été douée pour les tâches ménagères… « Comme si je ne m’étais pas donnée assez de mal comme ça à tenter de trouver un sens à ma vie, il fallait maintenant négocier avec l’au-delà, l’innommable, l’infiniment plus grand que l’homme. »

Raconter un roman n’a jamais rendu service à l’auteur. Un roman, ça ne se raconte pas: ça se lit. C’est l’auteur qui raconte, pas le critique. Bien entendu, j’ai aimé cette oeuvre de Chris Simon, non pas en raison de l’intrigue, mais plutôt du décor, de l’ambiance qui se dégage de cette histoire séquencée en quatre voies parallèles. Une fois la lecture terminée, je n’ai pu m’empêcher d’établir un lien entre ce roman et le poème de Richard Monette que je reproduis ci-dessous:

Je suis petit

À gravir du gravier au chaos chahuté cahin-caha
Roulant sur des roches rêches ourdissant sans pas
Calfeutré, encastré comme une fenêtre fermée
À décrire l’encrier cachot kasher et cacheté
À gorge égosillée gaspillée
J’ai mon cri dans le temps qui est celui d’un enfant méfiant
« J’ai besoin de t’aimer MA MAMAN
– « mais tu me fais mourir d’amour absent»
Je suis petit, si petit
À gravir du gravier au chaos chahuté cahin-caha…

S’accrocher à sa mère est un geste instinctif que tout être humain pose quand il sombre… Richard Monette l’exprime en vers. Est-ce que Chris Simon l’exprime en roman ? Je ne me prononcerais pas là-dessus, étant peu doué pour l’herméneutique des textes littéraires. Mais j’ai senti, en lisant ce beau roman, que l’enfance, l’abandon par la mère (le seul être qui compte vraiment dans la vie d’un individu), la mort, la résilience sont autant de thèmes qui se dégagent de ces récits en parallèle.

Simon, Chris. Ma mère est une fiction. Publie.net, 2010, 1,99 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

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