Paul Laurendeau : Se travestir, se dévoiler

cover_laurendeau_travestirCe roman de Paul Laurendeau fait dans le désordre des genres. Genre ici est employé dans le sens anglais du terme, ce qui en fait un anglicisme que les Québécois, en bon peuple qui pratique l’euphémisme à un niveau rarement atteint dans le monde, font grand usage, croyant naïvement atténuer la portée réelle des phénomènes en recourant à des mots plus « doux » pour en rendre compte. En français, il aurait fallu écrire, tout simplement, le « désordre des sexes », gender ayant ce sens-là dans notre langue car, en français, les genres masculin et féminin correspondent aux mots du langage, pas aux personnes. Pour ces dernières on parle de sexe : le sexe féminin ou le sexe masculin. Peu importe, voyons ce qu’il en est.

Marcel Dacier, un paumé qui vit d’expédients de toutes sortes, préfère de loin jouer les pique-assiettes que se lever de bon matin pour aller gagner sa vie par un travail rémunérateur. Un jour qu’il fait de l’auto-stop en espérant se rendre dans l’ouest du pays, il se retrouve près d’un motel abandonné de la lointaine banlieue de Toronto. Alors qu’il cherche un coin pour passer la nuit, il est témoin d’un accident aussi bête que tragique: un homme, au volant d’une voiture de luxe, fait une sortie de route et échoue dans un fossé. En s’approchant du lieu du sinistre pour lui porter secours, Marcel Dacier se rend compte que l’homme est mort sur le coup. En l’examinant de plus près, il constate avec stupéfaction qu’il s’agit d’un sosie parfaitement identique. Après un moment de réflexion, il fait disparaître le corps non sans avoir endossé les vêtements chics du malheureux et tout ce qui vient avec : portefeuilles, montre, téléphone mobile, etc.

Marcel Dacier devient Simon Baume, fils de Selena, mère incestueuse, et époux de Dominique Lockhart, fille unique d’un riche parfumeur de la région prénommé Hector III. Simulant l’amnésie totale, Simon prend peu à peu place dans cette famille désaxée de Milton, petite ville ontarienne sise non loin de Toronto.

Dans la première partie du roman – Se travestir –, dans un style qui n’hésite pas à puiser dans toutes les richesses de la langue française, Paul Laurendeau nous raconte la nouvelle vie de Marcel, dans la peau de Simon Baume, où le désordre sexuel, le chantage, l’intérêt et la drogue font bon ménage. Outre ces personnages assez typiques des familles bourgeoises du 20e siècle, nous retrouvons avec plaisir Lindsay Abigaïl Griffith, cinéphile et cynophile, que les lecteurs de la rubrique cinéma du blogue Écrire Lire Penser connaissent bien. C’est d’ailleurs celle-ci qui, la première, aura des soupçons sur l’identité réelle du nouveau Simon Baume, héros fort sympathique depuis qu’il est amnésique…

Dans la seconde partie du roman – Se dévoiler –, Paul Laurendeau témoigne de la lente déconstruction, chapitre après chapitre, du travestissement de Marcel Dacier en Simon Baume. Mais le roman connaîtra une fin heureuse, ne vous en faites pas.

Quelle peut bien être la morale de Paul Laurendeau dans cette histoire où les relations sexuelles – tant incestueuses qu’hétéro ou homo sexuelles – témoignent de relations humaines basées sur le pouvoir que procurent l’argent et le nom et dans laquelle fourmillent intrigues et rebondissements de toutes sortes ? Peut-être celle-ci : l’amour pur, l’amour vraiment pur, ne s’apparente pas à l’amour platonique, c’est-à-dire à l’amour asexué, bien qu’il n’a que faire du sexe de l’autre. Non, l’amour pur a pour objet un être humain qui, peu importe son genre, mérite d’être pleinement aimé – avec son corps et son esprit. Autrement dit, quand nous aimons vraiment quelqu’un, on n’a rien à foutre d’être homo ou hétéro. À vous de voir si cette morale vous convient mais, pour cela, il vous faudra d’abord lire ce roman, ce que vous ne regretterez pas.

Paul Laurendeau, Se travestir, se dévoiler. ÉLP éditeur, 2011, 4,99 euros ou 6,49 $. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

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