André Gide : Les faux-monnayeurs

gide2Comme je l’ai indiqué dans une note de lecture publiée sur ce blogue en janvier 2014, je n’ai connu André Gide que très tard dans ma vie. Et je le regrette parce que ses œuvres auraient pu nourrir mon imagination en mes vertes années. Cela dit, il n’est jamais trop tard pour découvrir cet écrivain majeur du XXe siècle. Après le petit roman Isabelle, que j’ai pratiquement lu d’une seule traite, j’ai laissé passer quelques mois, puis je me suis attaqué aux Faux-monnayeurs, un roman assez connu pour en avoir entendu parler par quelques amis au cours de mon adolescence.

Les faux-monnayeurs est une immense mise en abîme en ce qu’il raconte l’histoire d’un écrivain (Édouard) qui écrit un roman intitulé Les faux-monnayeurs… Cette fiction, qui n’a en quelque sorte ni commencement ni fin, peut en dérouter plusieurs. En effet, pour raconter son histoire, André Gide ne suit pas l’ordre linéaire habituel des romans de l’époque et, surtout, emprunte plusieurs procédés narratifs (journal intime, correspondance, récit omniscient, etc.). Cela donne à l’ensemble une sorte d’agrégat de styles qui se tiennent bien et qui, en fin de compte, suscitent l’intérêt du lecteur.

Le roman de Gide met en scène trois familles. La première est la famille Profitendieu dont le fils Bernard, après avoir fait une découverte troublante sur ses origines, quitte le cocon familial en laissant une lettre extrêmement dure à l’endroit son père. Bernard se réfugie alors chez Olivier, deuxième fils de la famille Molinier dont les frères cadet (Georges) et aîné (Vincent) joueront un rôle non négligeable dans le cours du récit. Puis il y a la famille Vedel-Azaïs qui comprend surtout des filles : Laura, Sarah et Rachel. Tout au long du récit les membres de ces trois familles seront en relation, tant chez les jeunes que chez les plus âgés.

Autour de ces familles gravitent deux personnages essentiels au déploiement de l’intrigue : Édouard, un écrivain, et Passavant, un autre écrivain, mais plutôt grand public et qui dispose de moyens financiers qui en irritent plusieurs. L’un et l’autre ne s’aiment pas, et cela transparaît tout au long du roman. Par ailleurs, l’un comme l’autre sont pédérastes, terme peu employé de nos jours qui désigne un homme qui aime les jeunes garçons. Malgré le caractère quasi pornographique de certains romans actuels, il est rare qu’on rencontre une telle liberté en littérature. Par exemple, quand Olivier se réfugie chez Édouard avec lequel il a manifestement passé la nuit, sa mère se présente au domicile de celui-ci. Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, elle se montre plutôt indulgente, voire compréhensive, devant le fait accompli. Elle rassure même Édouard sur ses intentions : « Mon pauvre ami, n’attendez pas de moi des reproches. Je vous en ferais si vous ne l’aimiez pas… » Je vous rappelle qu’on est en 1925…

Les faux-monnayeurs est un roman singulier et qui, même au XXIe siècle, le demeure toujours. Bien entendu, André Gide ne fait pas dans le roman réaliste ni dans le roman social, de sorte qu’on ne sait à peu près rien de la situation économique des personnages, sauf que certains d’entre eux ont des problèmes financiers tandis que d’autres n’en ont pas. Seuls les pères de Bernard et d’Olivier ont des professions définies, avocats ou juristes, vaguement députés, mais Gide ne donne aucune indication sur la provenance des revenus d’Édouard, par exemple, ou de Passavant. Ce dernier est pourtant fort riche.

Les faux-monnayeurs se termine comme il a commencé : abruptement. En conclusion, dans son journal intime, Édouard énonce les grandes lignes de ce qu’il advient des destins des personnages et se réjouit de faire la connaissance d’un autre garçon…

André Gide. Les faux-monnayeurs, c1925

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