La femme au foulard assise dans le métro avec une petite fille

metro_wagonCet après-midi, je me sentais particulièrement fatigué, pour des raisons qui tiennent sans doute plus à l’âge qu’à la surcharge de travail. En effet, je dors peu la nuit, me réveillant constamment, de sorte que, quand sonne le coup de 16 heures, mes yeux se referment comme des huîtres, peu importe le lieu dans lequel je me trouve. Donc, cet après-midi, plus fatigué que de coutume, j’avais quitté le bureau un peu plus tôt, espérant ainsi obtenir une place assise dans le métro qui me ramène chez moi. Pour maximiser mes chances d’obtenir une telle place, je m’étais dirigé à la tête du train, là où normalement moins de gens se pressent.

En entrant dans le wagon, j’ai constaté que toutes les places étaient occupées, sauf une… qui pourrait l’être si une fillette d’environ cinq ans n’occupait pas à elle seule une banquette à deux places. En effet, au lieu de s’asseoir comme tout le monde, elle s’était étendue – cela faisait un peu court mais, en recroquevillant les jambes, on y arrivait sans peine à cet âge-là. La mère, elle, était assise sur le siège latéral jouxtant la banquette. Perplexe, je suis resté debout en me tenant au poteau, tout près de la banquette. Que devais-je faire ? Devrais-je demander à la fillette de s’asseoir de façon convenable de manière à libérer la place à côté d’elle ? Ne devrais-je pas plutôt m’adresser à la mère, lui demandant de régler le problème ? Le problème, justement, c’est que ni l’une ni l’autre ne réagissait à ma demande non verbale… Alors, force est de constater que je devrai recourir à la parole si je voulais obtenir une chance de me reposer un peu.

Or, il se trouve que la mère était voilée, en fait… pas vraiment voilée, mais plutôt foulardée, vous savez, couverte avec ce foulard noir qui souligne une pratique rigoriste de l’islam. Que faire? Normalement, je m’adresserais à elle comme une citoyenne comme les autres. Mais, avec tout ce discours islamophobe avec lequel je suis en désaccord complet, je ne savais plus trop quelle attitude adopter. Pour le moment, je restais debout, regardant la dame qui aurait dû, pourtant, décoder les signes de la fatigue sur mon corps vieillissant. Non, elle s’est contenté de fixer le vide, droit devant elle, sans prendre la peine de jeter un œil de mon côté. Quelques minutes plus tard, elle a enfin levé le visage vers moi, mais aucun signe de sympathie n’a transparu dans son attitude.

Pendant ce temps, le métro continuait sa route et, au fur et à mesure que nous progressions, d’autres personnes montaient dans le wagon. Conséquemment de plus en plus de gens se trouvaient debout alors que la fillette occupait toujours cette banquette à deux places pour elle toute seule. Devant la non réactivité de la mère à la situation, je me suis résigné. « Tant pis, me dis-je, je ferai une petite sieste après le repas du soir. » Toutefois, la résignation n’est pas le lot du commun des mortels…, du moins des mortels du XXIe siècle qui ont perdu le sens du concept même de patience depuis l’invention de l’Internet à haut débit. En effet, la grogne commençait à se faire sentir parmi les voyageurs dont un, à tout le moins, s’avérait nettement plus âgé que moi… Certes, ça demeurait discret, mais je pouvais discerner, dans les murmures ambiants, certains commentaires désobligeants à l’endroit de la femme au foulard. Avant que les choses ne se gâtent et que la populace s’en prenne aux signes ostentatoires de la dame au lieu de son action elle-même, je ne suis décidé à m’adresser à la mère de la fillette:

« Madame, pourriez-vous demander à votre fille de s’asseoir et des vous asseoir avec elle ? Cela permettrait au monsieur de le faire aussi… Je vous remercie de votre compréhension. »

Elle m’a regardé et, après avoir adressé un sourire légèrement crispé, a pris place à côté de sa fille qui, du coup, s’est redressé de mauvaise grâce en rechignant un peu… comme le font les enfants de cet âge à notre époque. Toutefois, elle a refait silence dès que le vieux monsieur a pris place sur le siège latéral en face d’elle.

Comme quoi, il suffisait de demander…

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