Céline en douze points

1. Céline a de l’Irlande en elle. Ses yeux couleur d’écorce forment de jolies rondelles sur la peau blanche de son visage. Sa peau rougit en vieillissant, comme une forêt en automne.

2. Elle est encore belle, Céline. Elle a le sourire dans les yeux. Cliché: ces yeux brillent comme les rues asphaltées de la ville après la pluie.

3. Céline n’aime pas toucher les gens. Elle dit qu’on n’a pas besoin de se toucher pour s’aimer. Elle a raison, Céline. Chez elle, le corps est le reflet de l’âme.

4. Céline ne m’embrasse pas ; elle dépose un baiser sur ma joue. Je sens à peine ses lèvres effleurer ma peau. Cliché: c’est doux comme un vent léger par un soir caniculaire d’été.

5. Dans mon esprit, Céline est associée au thé. Je ne peux me la remémorer sans une tasse de thé à la main. La vision de ces mains se refermant sur sa tasse de thé ne me quitte jamais.

6. J’ai connu Céline à l’automne de mes dix-huit ans ; elle en avait seize. Aux pieds, elle portait des bas multicolores et, aux doigts, des bagues de fillettes de couleurs vives. Elle avait parfois du rose aux joues, mais cela venait peut-être du vent frais de l’automne, non d’une poudre quelconque.

7. Étrange, je ne me souviens pas de notre première rencontre. Je l’apercevais parfois dans le bus de la rue Notre-Dame quand elle revenait du couvent, mais je ne la connaissais que de vue, sachant seulement qu’elle habitait cette maisonnette blanche non loin de chez moi. Puisque nous descendions au même arrêt, je la connaissais sans la connaître, quoi. Et j’ignore tout de notre première conversation.

8. Peut-être est-ce Lucien le poète qui nous a mis en contact. Elle cherchait un comédien pour jouer dans une pièce de théâtre pour enfants. Pas n’importe quels enfants, non. Les orphelins de la Chapelle de la Réparation. Pas pour n’importe laquelle occasion non plus. Un dépouillement d’arbre de Noël, nom donné à l’époque à la fête d’avant Noël destinée aux enfants et au cours de laquelle ceux-ci déballaient des cadeaux.

9. La fête eut lieu un samedi matin. Je jouais le rôle du fou du Roi alors que Céline jouait Pierrot. Cela ne lui allait pas, d’ailleurs, car Céline était rarement triste, du moins pas à cette époque. Elle avait même le rire facile, Céline, et quand elle riait, ses yeux brillaient avec beaucoup d’intensité. Dieu qu’elle était belle en ce moment-là!

10. De cette journée parmi ces enfants négligés par la vie, je ne retiens que deux choses: d’une part, la musique d’ouverture de la pièce, une musique composée par Lee Gagnon (un compositeur inconnu, du moins pour moi) qui me trotte toujours dans la tête aujourd’hui sans que je puisse la retrouver ; d’autre part, le rire communicatif de Céline et de l’immense coup de foudre qui s’en est suivi. Le soir de ce samedi-là, une fois au lit, je n’ai pu trouver le sommeil malgré la fatigue de la journée. Ma cœur battait à tout rompre, ce cœur qui a battu si longtemps pour mon amie Céline.

11. Ce cœur a battu pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’elle unisse sa vie à un autre que moi. Cinq ans n’est rien après quarante ans, mais cinq ans dans la vie d’un tout jeune adulte, c’est une éternité… Imaginez Mozart avec cinq ans de plus !

12. Ce qui reste de tout cela ? Un souvenir agréable du temps d’avant. Du temps d’avant les inquiétudes, les tourments, les angoisses, les soucis. Du temps de la jeunesse, quoi.

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