Jeux vidéo

bbpassportDans le 430 en direction est, un gros monsieur avec d’immenses écouteurs sur la tête s’est assis à côté de moi. De son sac à dos dans lequel il farfouillait depuis un moment déjà, il sort une mini console et commence à jouer, sans se soucier de moi qui, du coup, n’occupe plus que les trois quarts du siège conçu pour accueillir deux personnes de taille moyenne. La société de transports a eu l’idée saugrenue d’installer des sièges moulés dans ses bus. Comme si tout le monde avait la même taille, le même poids, le même gabarit. Les études sur la propension à l’obésité de la population canadienne leur ont sans doute échappé… Pendant que le gros monsieur m’oblige à me recroqueviller sur la partie restante du siège, je me demande si les concepteurs de ce type de bus en prennent un de temps en temps pour se rendre au travail… Quelque chose me dit que non. Toujours est-il que l’homme, concentré sur son jeu, n’a que faire de mon embarras. Ni jeune ni vieux (dans la trentaine, je dirais), il accuse un début de calvitie, bien que dans ses cheveux noirs on ne distingue aucune trace de gris. Ça ne saurait tarder, toutefois. Certains signes de vieillissement ne trompent pas. Outre la perte des cheveux, je note les premières marques de l’altération de la couleur de la peau qui tend à jaunir et, bien entendu, les rides, ce plissement si caractéristique qui débute de chaque côté de la paroi nasale chez l’homme. Bref, le gars venait sans doute d’atteindre les 35 ans.

Il joue tandis que j’écris, les bras rabattus devant moi compte tenu que je suis coincé entre le bras droit du monsieur et la paroi intérieure du bus. On n’en a pour trente-cinq minutes, alors aussi bien me faire une raison. Mais voilà qu’un autre homme, plus jeune et plus mince que le précédent, prend place sur le siège latéral juste en face de moi. Lui aussi sort de sa poche une console – d’une marque concurrente, toutefois – et se met à jouer. Il n’a pas d’écouteurs comme l’autre, de sorte qu’on entend des sons correspondant à une suite d’onomatopées dont je vous épargne l’énumération. Visiblement, il s’active sur un jeu de combat en balançant sa silhouette de gauche à droite en un mouvement continu. Du coup, j’ai du mal à me concentrer sur la nouvelle littéraire que je tenais à terminer avant de rentrer à la maison. Vous savez, j’écris des histoires courtes sur mon téléphone à clavier (un clavier physique, il va sans dire, mais je tairai la marque). Il est d’ailleurs peu courant que les gens utilisent leurs smartphones pour écrire. En effet, dans les transports publics, je constate qu’ils les utilisent pour jouer à des jeux, à voir des vidéos, à écouter de la musique et, plus rarement, pour lire. Donc, il est peu courant qu’on écrive un texte long sur un si petit objet. C’est pourquoi cela n’est pas venu à l’esprit du jeune homme quand il m’a demandé :

« Et toi ? À quoi tu joues sur ton téléphone ? »

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