Marcel Arland : Monique

arlandJ’ai eu soudain envie de fuir la modernité, de quitter le Web, d’échapper à la diligence des flux quotidiens, des scoops de l’actualité (y compris de l’actualité littéraire), bref au monde tel qu’il se présente à nous, aujourd’hui, pour revenir à une époque où la pureté, la grâce, l’ingénuité étaient des qualités associées aux jeunes filles et que les hommes, qui souhaitent conquérir leurs cœurs, voire même leurs corps, étaient bien obligés d’en tenir compte, ne serait-ce que le temps d’une promesse en mariage. Alors je me suis dirigé vers les rayons des romans francophones de la Grande bibliothèque du Québec et, en parcourant les «A», je suis tombé par hasard sur Monique de Marcel Arland. Malgré la mention « édition nouvelle » inscrite sur la page couverture, ce bouquin avait un aspect vieillot et de ses pages jaunies se dégageait une odeur de renfermé. C’est sans doute cela qui m’a attiré. Au comptoir du prêt où je me suis présenté quelques minutes plus tard, la préposée m’a dit, avec un sourire en coin, que ce livre n’avait pas été emprunté depuis décembre 1984. Plus de trente ans, donc, que ce roman n’avait pas trouvé preneur.

Monique raconte l’histoire d’un jeune homme de bonne famille aux poumons délicats qui s’installe dans une petite ville de l’est de la France, où l’air serait plus pur qu’ailleurs. Claude, le jeune homme en question, prend une chambre chez un ami de la famille, un homme d’âge mûr, vaguement artiste, qui a pour cousine Monique, une jeune fille pauvre d’à peine vingt ans. Ayant perdu ses parents en bas âge, celle-ci vit chez une tante qui l’a recueillie au sortir du couvent. Convaincue qu’elle doit expier une faute, une sorte de tare familiale (son père buvait plus qu’il n’était permis et, de son vivant, était plutôt porté sur la chose), Monique vit dans une relative solitude, absorbée par des tâches domestiques ingrates qu’elle prend néanmoins plaisir à accomplir. Claude, qui l’a connue chez sa mère il y a quelques années, est surpris de la revoir ici, dans cette petite ville remplie de paysans, de militaires et de curés. Un jour qu’il rend visite à la tante, il essaie d’entrer en contact avec elle, mais peine perdue, celle-ci demeure de marbre, ne lui témoignant que froideur et indifférence. Néanmoins ils commencent à se fréquenter, faisant parfois des balades à l’orée de la ville. Peu à peu, le jeune homme manifeste ouvertement son désir de conquérir le cœur de Monique. Comme on est en droit de s’y attendre, la résistance de la jeune fille attise le feu de Claude qui « la regardait, les yeux pleins de larmes, se retenant de la presser entre ses bras, refusant même d’y penser, afin de ne point souiller par une pensée charnelle ce jeune corps très pur » (p. 98). La suite du roman raconte le combat que livre Monique pour noyer dans l’œuf cette mauvaise propension à la passion qui lui viendrait de son père, et celui de Claude, ce jeune homme fortuné, qui ne comprend pas trop pourquoi Monique refuse ses avances. À la toute fin du roman, Monique cèdera… sans vraiment céder, car au moment de s’abandonner au jeune homme, « l’orgueil, la honte, la colère renaissaient en elle, et la préparaient à de nouveaux combats » (p. 203).

J’ai aimé ce roman qui se lit en deux heures tellement le style de Marcel Arland est coulant, agréable. J’ai aimé aussi revenir à une époque où les filles n’avaient pas d’autre choix que de trouver un mari pour survivre dans un monde qui, contrairement aux idées répandues, n’a pas cessé d’être dur, impitoyable, en dépit du fait qu’il soit libéré des pressions religieuses, familiales et sociales qui étouffaient les générations antérieures aux années 1960. Aujourd’hui, des pressions étouffent toujours les jeunes filles et les jeunes hommes, mais elles sont d’un autre ordre, et je laisse à d’autres personnes le soin d’en discuter.

De Marcel Arland, je ne sais pas grand-chose, si ce n’est qu’il est né en 1899 en Haute-Marne (France), qu’il a assumé la co-direction de la Nouvelle revue française (NRF) pendant une vingtaine d’années, qu’il est entré à l’Académie française en 1968 et qu’il est mort en 1986 à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Son roman L’ordre a remporté le prix Goncourt en 1929. Pour en savoir davantage sur cet écrivain, je vous invite à consulter l’article que lui consacre Wikipédia.fr.

Arland, Marcel. Monique. Paris, Gallimard, c1926, 1949.

Août 2005, rév. 2015

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