Écrire ou ne pas écrire : conseil à un ami retraité

À Pierre

J’ai un ami qui vient de prendre sa retraite. Autour de la table, lors d’un repas avec d’autres amis, une discussion s’engage sur ses projets, sur ses intentions d’activité. Cet ami est doté d’une grande culture, mais s’avère un intellectuel passif.  En effet, il lit beaucoup, il s’intéresse à la littérature, à la philosophie et à politique… mais il ne restitue pas par écrit ce qu’il retient de ses lectures, de ses observations. Bref, il n’écrit pas, même s’il a des opinions fort pertinentes sur les phénomènes sociopolitiques. Des opinions qu’il pourrait partager. Des idées qu’il pourrait diffuser. Parce qu’elles en valent la peine.

Mais mon ami a du mal à écrire. Mieux que quiconque, il souffre du syndrome de la page blanche ou plutôt de l’écran vide. Ce syndrome agit sur plus d’un individu. On s’assoit devant son écran, on commence à taper des mots… et tout se fige et ce, malgré le message qu’on voudrait communiquer au monde. Un écrivain (je crois qu’il s’agit d’Henry Miller, mais je n’en suis pas certain) a écrit quelque chose comme ça : s’il s’avère que tu es incapable d’écrire, alors écris pourquoi tu ne peux pas écrire et, à force d’écrire, tu écriras…

Alors voici ce que je conseille à mon ami. C’est d’ailleurs le même conseil que je me donne à moi-même et que je m’efforce tant bien que mal d’appliquer. Voici, donc.

1) Écris chaque jour, peu importe le jour et les conditions. L’idée est d’écrire 300 mots par jour. Dans le bus, dans le métro ou ailleurs. L’hypothèse à la base de cette initiative est que les idées vont jaillir des mots, et non l’inverse. 300 mots représentent les trois quarts d’une page de dimension standard. Alors il s’agit d’un objectif facile à atteindre. Une discipline à la portée de chacun de nous.

2) Ne te préoccupe pas du sujet de ton écriture. Écris sur n’importe quoi. Sur le gars affalé sur la banquette du bus. Sur la jeune fille qui pose les pieds sur le banc dans le métro. Sur le mec qui pue quand tu te trouves dans l’ascenseur de la Grande bibliothèque. Sur n’importe quoi. Toi ou les autres, peu importe. Si tu préfères des sujets plus vastes comme la gouvernance du monde, alors vas-y. Aucune limite ne t’est fixée.

3) Écris sans te préoccuper de la forme, de l’orthographe, de la qualité de la langue en général. Toutes ces règles sont des entraves au processus de création, et ceux qui s’en préoccupent outre mesure n’arrivent jamais à rien. Concentre-toi sur l’expression. Elle seule compte à cette étape. Ce qui importe, c’est de maintenir la discipline d’écriture au quotidien. C’est de t’exprimer, peu importe la qualité de cette expression.

4) Une fois par semaine, ou au rythme qui te convient, consigne tes notes dans un fichier. Quand tu en auras plusieurs pages ou des milliers de mots, tu te surprendras à y trouver des idées intéressantes. Et c’est à partir de ce moment-là que tu pourras reprendre tes notes pour en rédiger des billets de blogue ou autre chose. À ta guise. Tu es aux commandes. Tu décides. Pour une fois, il n’y a aucun patron sauf toi-même.

Écrire n’est pas une mince affaire. Cela demande du courage, du travail et une bonne estime de soi. Et il faut trouver la motivation au fond de soi, car la reconnaissance des autres peut ne jamais venir.

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8 réflexions sur « Écrire ou ne pas écrire : conseil à un ami retraité »

  1. Que de bons conseils. Il faut trouver des lecteurs qui consentirons à donner un commentaire. Par condescendance ou timidité ils se taisent et pendant ce temps on patauge dans le marigot. Si on a un correcteur il donnera son avis. Ecrire pour soi c’est une aventure au même titre que dessiner, peindre ou sculpter. Combien de gens passent dans les expositions et partent avec leur mutisme ?

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