Sinclair Dumontais : La deuxième vie de Clara Onyx

dumontaisEn raison d’une certaine confusion des genres littéraires, La deuxième vie de Clara Onyx entre dans la catégorie de ces romans qui ne se laissent pas facilement résumer, sous peine d’atténuer l’intérêt de ceux qui s’apprêtent à les lire. C’est qu’à l’instar de L’empêcheur (Stanké 2004), Clara Onyx se situe à mi-chemin entre le roman policier et la science-fiction, tout en n’ayant rien à voir avec l’un ou l’autre de ces genres. En fait, ce roman n’a pas de genre ou, s’il en a un, cela n’a de toute façon aucune importance, car il ne sert que de toile de fond à un récit. Je vais néanmoins tâcher d’en rendre compte, en m’efforçant d’en suggérer la trame sans révéler son point culminant.

Dans ce roman, Sinclair Dumontais raconte la vie et la mort de Clara Onyx. Accompagné de Sydney Payne, un auteur-compositeur qui est également son compagnon dans la vie, cette chanteuse a fait du Gospel Next un courant musical au succès planétaire au début des années 1980, des années « qui n’avaient rien à nous offrir, rien qui puisse nous rassembler ». En 1987, juste après le célèbre concert de Brunt, un événement tragique vient mettre fin, toutefois, à la brillante carrière de Clara qui est assassinée par un fan. Après le drame, en signe de respect, Sydney décide de ne pas poursuivre ses activités musicales de manière à figer le Gospel Next dans le temps, à éviter qu’il soit dénaturé par d’éventuels émules car, à ses yeux, ce courant musical puissant, envoûtant, ne peut être incarné par personne d’autre que Clara. Avec l’aide de la bibliothécaire Geneviève Fribourg, qui partagera bientôt sa vie, il entreprend de rédiger la biographie officielle de la chanteuse afin d’assurer la pérennité de sa mémoire.

Jusque-là, tout va bien. On pourrait penser à John Lennon et à sa compagne Yoko Ono qui ont connu un sort similaire. Mais voilà qu’en 2010 une météorite frappe la terre, une catastrophe qui a pour effet de modifier radicalement le sens de sa rotation. En effet, celle-ci se met à tourner à l’envers, inversant ainsi le cours du temps. C’est ce qu’on appelle l’Inversion. À partir de ce moment, tous les espoirs sont ravivés : les vieux rajeunissent, les morts ressuscitent… mais cela n’est pas sans conséquence sur la vie et la mort qui prennent soudain un tout autre sens…

La deuxième vie de Clara Onyx relate avec précision l’exhumation de la chanteuse qui, en 1987 après I. (soit 46 ans plus tard en calculant les années précédant et suivant 2010, année de l’Inversion), revient à la vie, le temps fonctionnant à reculons. Pour raconter cette histoire abracadabrante, Sinclair Dumontais utilise la technique du reportage journalistique. Ainsi, dans chacun des huit chapitres du roman, un témoin s’exprime en toute liberté sur les événements. On a droit aux discours de Lucien Dalphond, témoin accrédité lors de l’exhumation de Clara, de René Dirieux, le médecin en charge du Centre de retour des célébrités, du psychologue affecté au bon déroulement de la renaissance de Clara, de l’infirmière qui lui prodigue des soins, de Geneviève Fribourg, la bibliothécaire et amie intime de Sydney Payne, de Vincent Oslo, l’assassin de Clara, de Robert Stenton, un compositeur ami de Sydney qui veut relancer la carrière de la chanteuse et, enfin, d’un journaliste qui témoigne du retour sur scène de Clara juste avant l’événement ultime… que je ne vous raconterai pas.

Avec L’empêcheur, Sinclair Dumontais souhaitait en découdre avec Dieu. Avec La deuxième vie de Clara Onyx, il s’attaque au temps et, en ce sens, va beaucoup plus loin dans sa quête d’un absolu dont l’existence s’avère fort improbable… Loin du roman métaphysique, du roman à clé, du roman grave et lourd qui pourrait caractériser un tel récit, Clara Onyx est un roman léger – dans le sens mozartien du terme – qui se lit comme un charme, notamment en raison de l’aspect ludique que Sinclair Dumontais lui confère. Personnellement, j’ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman qui échappe à la notion même de genre littéraire, ce roman qui, tant par sa forme que par sa structure, devrait être considéré comme le roman québécois le plus original de l’année. En conséquence, je ne saurais trop vous le recommander.

Né dans l’est de Montréal en 1958, Sinclair Dumontais étudie la philosophie et la littérature avant de devenir rédacteur-concepteur pour diverses firmes de communications-marketing. En 1999, il fonde Dialogus, un site web culturel fort populaire dans les milieux de l’éducation. Il vit aujourd’hui à La Rochelle (France). Outre La Deuxième vie de Clara Onyx (2008), il a deux autres romans à son actif: L’empêcheur (Stanké 2004), Le Parachute de Socrate (Hurtubise HMH 2004), et, plus récemment, Condamné à mots publié chez ÉLP éditeur en 2012. Sinclair Dumontais est aussi l’auteur de Onze nouvelles, la onzième étant une nouvelle érotique pour que l’éditeur fasse ses frais, publié également chez ÉLP éditeur (2010).

Sinclair Dumontais, La deuxième vie de Clara Onyx. Québec, Septentrion, 2008

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