Le suicide de Nelly Arcand

arcandIl y a sept ans, Nelly Arcan est morte au cours d’une magnifique journée d’automne. Elle venait d’avoir trente-six ans. Je ne la connaissais pas comme écrivain. En effet, je n’ai jamais lu un livre d’elle. Sans doute parce que je ne suis guère attiré par les auteurs – et ils sont assez nombreux, notamment en France – qui viennent au succès par la provocation. Par ailleurs, je ne me lasse pas de m’étonner que, en cette époque de pornographie largement diffusée par le Web, la sexualité puisse encore faire l’objet de scandale. Enfin… n’ayant pas lu Nelly Arcan, alias Isabelle Fortier, je ne suis pas en mesure de me prononcer sur les qualités littéraires de son œuvre. Dans La Presse du 26 septembre 2009, une chroniqueuse culturelle a écrit que Nelly Arcan était un « vrai écrivain », chose assez rare selon elle. Nulle part elle prend la peine de préciser ce qu’elle entend par « vrai » en référant à un écrivain, mais cela importe peu car, vous savez, les journalistes…

Nelly Arcan écrivait bien, donc, ce dont je ne mets pas en doute. Putain se serait même vendu à quelque 20 000 exemplaires en France. Les deux autres romans qui ont suivi n’ont pas rencontré le même succès, semblait-il. Sans doute sont-ils aussi bons, même meilleurs, que le premier, la vente d’un livre n’étant pas nécessairement un gage de sa qualité. Mais quelle importance, tout cela, après qu’elle eût décidé de mettre fin à ses jours. Trente-six ans, c’est trop jeune pour mourir pour un créateur (et pour n’importe qui, en fait). Marcel Proust avait à peine débuté la rédaction d’À la recherche du temps perdu à cet âge-là. Même chose pour Henry Miller que venait de prendre la décision d’écrire. Non, vraiment, en littérature, un auteur n’est qu’aux balbutiements de son art à trente-six ans. Pauvre Nelly dont la mort, dès le lendemain, a été éclaboussée par celle de Pierre Falardeau. Les gens, voyez-vous, n’aiment pas entendre parler du suicide… Ils préfèrent le taire, voire le dénigrer en l’association automatiquement à la santé mentale. Non, les gens n’aiment pas la mort volontaire. Et cela est le véritable objet du scandale, beaucoup plus que la sexualité.

Pauvre Nelly qui ne voulait pas vieillir, qui voulait toujours rester belle tout en dénonçant, parait-il, le culte que notre société voue à la beauté. Certes, je ne la connaissais pas mais, dans un élan de sympathie, je ne tairai pas son suicide envers et contre tous. Et déjà je vous rassure, Nelly, car vous n’étiez pas la seule… Dans le milieu de la création littéraire, il y en a eu des centaines avant vous, au Québec, en France et partout dans le monde. On peut citer Gérard de Nerval, Henry de Montherland, Romain Gary, Raymond Roussel, Guy Debord et bien d’autres. La différence, peut-être, réside dans le fait que ces auteurs ont attendu d’être beaucoup plus vieux que vous avant de passer à l’acte. Vraiment, personne ne devrait mourir à trente-six ans.

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