Écrire est un sacerdoce

en plein travail de révision d'un manuscrit (1985, photo: Lyne DesRuisseaux)
En 1985, alors que je révisais un manuscrit (Crédit photo: Lyne DesRuisseaux)

Écrire un roman tient du sacerdoce, de l’oubli de soi au dépend d’un projet dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. Écrire aujourd’hui représente une forme supérieure d’abnégation. Tout comme l’Être heideggérien qui se manifeste dans son retrait, l’écrivain contemporain s’oublie lui-même pour mieux se retrouver. Écrire c’est partir de sa propre vie pour en créer d’autres, y compris la sienne. Peu importe le genre littéraire auquel on s’adonne, c’est toujours comme ça que ça se passe : on se retrouve seul avec soi-même, comme au dernier jour de sa vie, et on crache le venin. C’est tout.

L’écrivain du XXIe siècle, surtout s’il est Québécois, doit, tout en écrivant, gagner sa vie, vaquer à l’entretien de la maison, s’occuper de ses enfants. Alors, quand il ressent le besoin irrépressible d’écrire et qu’il s’évertue à décrire par des mots ce qui gît en lui, il doit se donner les moyens, coûte que coûte, de le faire. En conséquence, le temps de l’écriture est celui qu’il vole à son sommeil, à ses loisirs, à son repos. Pour écrire, donc, il dort une heure de moins, rogne des jours de vacances, utilise des journées de maladie pour faire avancer son projet. Et peu à peu il construit une œuvre au mépris de ceux qui, quand il s’en ouvre, le regarde avec un sourire en coin, comme s’ils n’y croyaient pas. Écrire, disait Henry Miller, c’est forcer la confiance des autres. Il ne croyait pas si bien dire…

Il construit son œuvre, donc, comme d’autres construisent des maisons. À la différence près, toutefois, que lui ne sait absolument pas s’il en sortira un produit susceptible d’intéresser un éditeur, ce gourou subventionné des temps modernes qui a droit de vie ou de mort sur son projet. Bref, celui qui sacrifie son sommeil et ses loisirs à son projet littéraire ignore s’il sera publié ou non. Si la réponse est positive, il fera partie des 3% des auteurs publiés chaque année au Québec et, dans ces 3%, d’un pourcentage sans doute encore plus négligeable d’auteurs qui seront lus par plus de 500 personnes, la moyenne des ventes des romans québécois se situant autour de 300 exemplaires.

Si, malgré tout ça, vous persistez à écrire, alors votre activité tient du sacerdoce. C’est tout.

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