Christine Machureau : La femme d’un Dieu

jli17055858-1484642998-320x320Après son très beau roman sur Jésus de Nazareth (L’ADN d’un Dieu), Christine Machureau récidive avec le récit de la vie de Mariam de Magdala, connue dans la tradition catholique sous le nom de Marie-Madeleine. Déjà, dans L’ADN d’un Dieu, elle jouait un rôle non négligeable, celui de la compagne et de la mère de la fille de Jésus, nom grec de Yeshoua. Celui-ci l’a d’ailleurs quitté pour poursuivre sa route en Asie, au nord du Pakistan actuel. Mais exit Jésus-Christ dans ce roman ; il n’y joue qu’un rôle secondaire. L’auteure a décidé de faire toute la place à Mariam, femme remarquable que les autorités catholiques ont mis au pilon dès que leur église a été consolidée dans les premiers siècles du christianisme. De Mariam de Magdala, on a fait une prostituée, une pécheresse, elle qui aurait pu être l’égale de Jésus dans la voie du mysticisme religieux. C’est en quelque sorte cette injustice faite par l’Histoire, et plus particulièrement celle du patriarcat des institutions religieuses, que l’auteure souhaite dénoncer par ce roman.

Le roman est structuré en trois parties pour un total de 52 chapitres. Des chapitres généralement assez courts parsemés de notes historiques, toujours pertinentes parce que, compte tenu de l’état des connaissances religieuses de nos contemporains, il vaut mieux ne rien prendre pour acquis. Dans la première partie, l’auteure se penche sur la période égyptienne de Mariam, fille de Hephraïm, commerçant juif bien en vue à Alexandrie, cité grecque en ce temps-là. Mariam réussit l’initiation pour accéder au statut de prêtresse d’Isis. Yeshoua est là aussi, mais toujours en mouvement, de sorte que, pour une raison non révélée par l’auteure, un peu comme des lignes parallèles, ils ne se rejoignent jamais, au grand désespoir de Mariam, d’ailleurs, qui le cherche intensément.

La deuxième partie correspond à la période de la vie en Judée. Les Juifs d’Alexandrie étant la proie des Romains qui montent, en quelque sorte, la population locale contre eux, Hephraïm, après la perte de sa femme (Calypso, la mère de Mariam et de Marthe), vend toutes ses terres pour s’installer à Béthanie, non loin de Jérusalem. Là encore, Jésus-Christ brille par son absence. Avec son frère Lazare et sa sœur Marthe, Mariam vit à l’écart de la ville. Elle joue plus ou moins le rôle de sage-femme dans un dispensaire, se dévouant aux soins de ses semblables. Elle se retrouve néanmoins à vivre une relation alambiquée avec Pilate et son épouse. La paix sociale est fragile et la révolte gronde. Les Romains, avec la complicité du Sanhédrin, répriment durement les révoltes juives qui éclatent ici et là. Avant que ça ne chauffe trop pour eux, la famille s’embarque pour Masillia, nom originel de Marseille.

Dans la troisième et dernière partie, la famille vit à Marseille et, rapidement, Lazare reprend ses affaires qui seront bientôt florissantes. Mariam élève son enfant, Sarah, la fille qu’elle a eue avec Jésus dit Yeshoua. Comme à Jérusalem, Mariam s’implique en soignant des femmes en situation d’accouchement difficile, mais cela lui attire des ennuis dans les milieux interlopes du quartier du port. Elle prend alors la décision de partir avec sa fille à l’intérieur des terres, en Gaule profonde, probablement dans la région de l’actuel Clermont-Ferrand. Là, elle retrouve Deryn et son compagnon Ambiorix, des Gaulois qu’elle a connus à Jérusalem. Puis Mariam poursuit sa mission apostolique plus au nord, à l’emplacement actuel de la ville de Chartres. Malheureusement, les Romains ne sont jamais bien loin et, un jour, l’arrivée au pouvoir de l’empereur Claude, qui met violemment fin à la liberté de culte, rend les choses insoutenables pour Mariam qui, entre temps, a marié sa fille à un prince d’Aquitaine, région du littoral à l’abri de la domination romaine. Alors, elle revient à Marseille retrouver son frère et sa sœur, Lazare et Marthe, qu’elle n’a pas vu depuis vingt ans. Lazare est devenu l’évêque d’une église clandestine. Mariam, vieillie, connaîtra une triste fin, mais je vous laisse lire le roman pour le découvrir.

Il n’est guère facile d’évaluer ce roman, ce dont je me refuse à faire de toute façon. En cela, je me distance radicalement de tous ces blogueurs qui osent mettre des étoiles aux ouvrages qu’ils critiquent. Quand on sait le travail que nécessite l’écriture d’un roman, on ne va pas lui accoler deux ou trois étoiles. Un roman n’est ni une chambre d’hôtel ni un objet de consommation courante. Enfin… J’ai aimé La femme d’un Dieu, bien entendu, car j’aime tout ce qu’écrit Christine Machureau. Pourquoi ? Parce que son écriture nous enrichit en nous donnant accès à un savoir, à une culture. Parce qu’elle écrit des romans historiques sans que l’érudition étouffe l’action. Parce qu’elle nous donne envie d’aller plus loin, de compléter sa lecture par d’autres lectures. Si je n’avais pas lu L’ADN d’un Dieu, je n’aurais pas lu Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Et je n’aurais pas lu non plus la Marie de Marek Halter. Bref, les romans de Christine Machureau nous laissent toujours un peu sur notre faim…

Je vous conseille vivement la lecture de La femme d’un Dieu, mais, pour apprécier ce roman à sa juste valeur, je vous recommande de lire juste avant L’ADN d’un Dieu. Cela vous aidera à comprendre la trame historique qui sous-tend ces deux oeuvres littéraires d’une grande qualité.

Qu’en est-il de Mariam de Magdala ? A-t-elle vécu une grande partie de sa vie en Gaule comme le prétend Christine Machureau ? A-t-elle laissé un enfant de Jésus dans ces contrées ? Peut-on imaginer un descendant de Jésus encore vivant en France ? Je ne sais pas, mais cela importe peu : le roman débute là où l’histoire s’arrête, et c’est ce qui fait tout le charme de cet ouvrage.

Christine Machureau. La femme d’un Dieu : L’histoire oubliée d’un amour impossible. Numériklivres, 2017, disponible sur toutes les plateformes tant en France qu’au Canada.

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