Accent

L’encyclopédie Wikipédia (wikipedia.fr 2013) définit l’accent comme « une particularité de diction d’un locuteur dans une langue donnée. » Il serait propre à une région ou un milieu social et pourrait se caractériser par des altérations du débit, de la prononciation et de l’intonation. Le Petit Robert (1987), lui, propose une définition un peu plus complète : « Ensemble des caractères phonétiques distinctifs d’une communauté linguistique considérés comme un écart par rapport à la norme (dans une langue donnée) ». Comme Wikipédia, il introduit cette notion de signe distinctif quand il définit l’accent.

L’accent est en quelque sorte la couleur du langage. Bien que le célèbre dictionnaire puisse bien maladroitement le considérer comme un « écart », il est un élément langagier ni négatif ni positif. En conséquence, à l’instar de la provenance géographique d’un individu, il serait parfaitement idiot d’en tirer avantage. Après tout, comme on ne choisit pas l’endroit où l’on naît, on ne choisit pas son accent non plus. On l’a, c’est tout et, quoi qu’on fasse, il est à peu près impossible de l’étouffer à jamais.

Cela dit, rien n’empêche qu’on puisse le moduler en fonction du lieu où on élit domicile. Chez un Québécois qui vit en France depuis quelques années, on constate forcément une certaine transformation dans sa manière de parler. Tout comme le Français qui vit au Québec. Pour nous, il a toujours l’accent français mais, quand il retourne en France, on s’accorde à lui trouver un accent québécois. En fait, avec les années, il finit par adopter bien malgré lui un accent hybride qui ne ressemble plus à rien, peu importe où il va. Bien entendu, ce phénomène s’applique aussi à toute personne qui pratique une langue étrangère, ce qui donne à cette langue d’emprunt une couleur particulière que d’aucuns trouvent charmante.

Il ne faut pas confondre l’accent et le parler local qu’on appelle – souvent faussement – le patois (dans les faits, certains patois sont de véritables langues qui, pour toutes sortes de raison, s’éteignent doucement). L’accent porte sur la façon de prononcer les mots, par sur les mots eux-mêmes.

Se moquer de l’accent de l’autre est une attitude indigne d’un homme accompli. Cela revient à se moquer d’une infirmité, d’un handicap, bref de ce qu’on ne peut changer – même si l’accent peut se moduler, comme je l’ai mentionné ci-dessus. En écrivant ces mots, il me revient en mémoire une émission à la télévision d’État au cours de laquelle une animatrice se moquait ouvertement d’une chanteuse québécoise qui vivait en France depuis quelques années. Elle s’amusait à lui faire prononcer des mots québécois. Même si la chanteuse se prêtait de bonne grâce à cet exercice destiné à faire rire les imbéciles, il était visible qu’elle se sentait mal-à-l’aise (je me demande encore aujourd’hui pourquoi elle n’a pas quitté le studio, comme d’autres l’ont déjà fait en pareille circonstance). À ce moment-là, je me souviens d’avoir eu honte de l’accueil réservé à cette auteure-compositrice-interprète qui, par la suite, n’est plus revenue chez nous – pas souvent à tout le moins.

L’accent, donc, est un phénomène linguistique qui pourrait être considéré comme un écart par rapport à la norme. Ainsi, il y aurait un accent québécois, signe distinctif de cette communauté par rapport au français de France, par exemple. Est-ce vraiment juste ? Il y a aussi beaucoup d’accents en France, tout comme en Suisse, en Belgique et même au Canada. Le développement des communications depuis les années 1960 a toutefois pour conséquence d’atténuer le phénomène et, dans une certaine mesure, de resserrer la norme langagière.

Il y a quelque temps, un lien sur Facebook pointait un article publié dans La Presse. L’auteur de l’article, un chroniqueur qui n’hésite jamais à flatter les bas instincts du bon peuple québécois, dénonçait un dramaturge qui, sur les ondes de la radio française, aurait osé critiquer l’accent québécois qu’il refuserait d’adopter (comme si on pouvait « adopter » volontairement un accent). Sur Facebook, il ne fallut pas trente secondes pour qu’un gars offre un visa permanent à cet auteur pour la France…

La langue française n’est pas un outil de discrimination envers les étrangers ou les gens issus de régions éloignées des grands centres urbains. La langue française est un outil de communication que partagent plusieurs États de la planète. L’accent n’est pas un frein à cette communication. Avec la mondialisation, il est appelé à s’atténuer. Par contre, la valorisation des lacunes (du genre : « C’est comme ça qu’on parle chez nous ! ») constitue un frein à cette communication, un frein à l’amitié entre les francophones du monde, un frein au progrès social.

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