Ceux qui restent…

Après la dévastation des îles des Antilles par l’ouragan Irma, les journalistes n’ont pas manqué de souligner le retour des touristes québécois à l’aéroport de Montréal. C’était vraiment touchant de voir tous ces gens s’embrasser en famille, convaincus d’avoir échappé à une mort certaine… De retour de ces clubs de vacances, où ils se sont fait servir par des larbins dix fois moins payés qu’eux, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de pleurer et crier devant les caméras, allant même jusqu’à se plaindre des autorités canadiennes qui auraient mal gérer la « crise ». Comme si le Canada avait pour mission d’affréter des avions pour venir au secours des touristes avinés. Comme si le Canada pouvait se poser sans autorisation sur une piste d’aéroport en territoire étranger. Ce n’est pas si simple, vous savez. Mais les Français l’ont fait, eux, me direz-vous. Les Anglais et les Néerlandais aussi. Ces îles leur appartiennent… Je sais que vous le regrettez, mais le Canada, ce beau et grand pays, n’a malheureusement pas de colonies outremer… Sans doute parce que nous étions nous-mêmes une colonie pendant plus de deux cents ans. Française d’abord, britannique ensuite. Mais le colonialisme, aujourd’hui, a pris une nouvelle forme qui le rend tout aussi vivant, et la propension de ces touristes à jouer les pachas dans les mers du sud en constitue un exemple éloquent.

Les journalistes aiment bien jouer la carte de l’émotion en structurant leurs reportages comme une mise en scène d’une pièce de théâtre. Il est vrai qu’il est moins coûteux de se déplacer à l’aéroport que d’aller voir sur place ce qu’il advient de ceux qui restent…

Parce que c’est là que le bât blesse… Que fait-on de ceux qui restent ? À l’exception d’un billet dans Le Devoir, je n’ai pas entendu une seule personne s’inquiéter de ceux qui sont restés sur place, de ceux qui, de toute façon, n’avaient nulle part où aller… Pas une qui se soit inquiétée du garçon qui lui servait son cocktail au bord de la piscine. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’éprouve un profond malaise devant un tel manque de générosité, de compassion, d’empathie envers ses semblables. Avec leurs larmes indécentes, ils ont surtout montré à la face du monde leur égoïsme fondamental. Moi, qui suis comme eux de ce pays, j’ai honte pour eux, j’ai honte pour nous.

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