Ray Bradbury : Fahrenheit 451

Il y a des années que j’entends parler de ce livre. Je crois même avoir déjà vu le film que François Truffaut en a fait dans les années 1960, probablement un dimanche après-midi dans un quelconque cinéma de répertoire de Montréal… Peu importe, c’était il y a longtemps, le film de Truffaut ayant été tourné en 1966 – son unique film en langue anglaise, d’ailleurs.

Je lis généralement assez peu les ouvrages dont on parle trop. Sans doute en raison d’un esprit de contradiction propre à la jeunesse. Étant maintenant à l’âge de la vieillesse, je peux maintenant tout me permettre, y compris la lecture d’ouvrages « passés date », comme dit une jeune personne de mon entourage. J’ai donc entrepris de lire (enfin) cet ouvrage célèbre.

Comme vous le savez, Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction, même si nous nous situons à des kilomètres de Stars War. En effet, dans ce roman, il n’y a aucune bataille rangée impliquant des personnages interplanétaires, des armes au laser et des robots intelligents. Aucun de ces artifices dans Ray Bradbury, si ce n’est ce gant métallique qui permet d’ouvrir les portes des maisons… et le Limier, cet espèce de chien mécanique destiné à retrouver les rebelles et, le cas échéant, les tuer. On est loin des gadgets, des clichés de cet ordre, dans cet ouvrage. On en est loin, donc, et c’est peut-être pour cela que nous sentons ce monde de Fahrenheit 451 très près de nous, trop près, sans doute… car, franchement, ça fout les jetons de penser que nous deviendrons peut-être comme ça, demain…

Le personnage central du roman est Guy Montag, un pompier qui, après avoir croisé sa jeune voisine à deux ou trois reprises, s’est éveillé à la conscience, pourrait-ton dire un peu pompeusement. Et quand on commence à penser, on commence à se poser des questions, ce qui ne joue jamais un rôle stabilisant dans une société où tout est couru d’avance. Montag se demande pourquoi sa mission consiste à allumer des feux, et non à les éteindre. Il s’agit de brûler des livres, objets par lesquels la conscience s’enrichit, notamment parce que les livres permettent de trouver des réponses aux questions qu’il peut s’avérer légitime de poser, parfois… Tout allait bien, somme doute, pour Montag, jusqu’au jour où il décide de garder un livre par-devers lui. Sa femme, Milfred, est terrifiée. Obnubilée par les divertissements qui occupent toutes ses journées, elle a soudain peur que son monde vacille. Dans le futur de Ray Bradbury, il y a peu d’amour entre les hommes et les femmes, maintenus ensemble par des conventions sociales, et non par l’idée de fonder une famille ou par un quelconque sentiment amoureux. D’ailleurs, les enfants n’ont pas bonne presse non plus… On les place rapidement dans des établissements qui rappellent beaucoup plus le dressage des chiens que l’éducation des jeunes. Et quand ils ne vont pas bêtement se tuer sur les routes, on peut s’estimer heureux. Heureusement, dans ce monde glauque et hyper contrôlé, il y a le vieux Faber, une sorte de résistant qui offre à Montag un échappatoire. Comme quoi, l’espoir est permis, même dans les romans les plus sombres… mais je ne vous vendrai pas la conclusion de l’ouvrage : lisez-le !

Vaut-il encore la peine de lire ce roman aujourd’hui, soit plus de soixante ans après sa parution au milieu du XXe siècle ? Oui, bien entendu. D’abord parce que Fahrenheit 451 ne peut se laisser enfermer dans un « genre », en l’occurrence la S.-F., même si cela en est, bien entendu… Le style quasi poétique de Bradbury, ses phrases bien enchaînées, ses procédés elliptiques pour décrire les phénomènes, bref nous sommes en présence d’un ouvrage bien écrit, un ouvrage qu’on prendra plaisir à lire, qu’on soit un adepte de la littérature d’anticipation ou non.

Voici trois citations qui, comme je l’écrivais plus haut, peuvent s’avérer terrifiantes tellement on commence à se reconnaître dans la société technologique d’aujourd’hui.

La première : « Il y a plus d’une façon de brûler un livre, l’une d’elles, peut-être la plus radicale, étant de rendre les gens incapables de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation. »

La deuxième : « Les classiques ramenés à des émissions de radio d’un quart d’heure, puis coupés de nouveau pour tenir en un compte rendu de deux minutes, avant de finir en un résumé de dictionnaire de dix à douze lignes. »

Et voici la troisième : « Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de “faits”, qu’ils se sentent gavés, mais absolument “brillants” côté information. Ils auront alors l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. »

Voici ce qu’écrivait Brad Bradbury en 1953… Il n’avait pas anticipé le livre numérique, toutefois. Mais, bon… il a pensé l’essentiel !

Ray Bradbury. Fahrenheit 451. Denoël, c1953, 1955.

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