L’objet livre

Le mythe de l’objet livre est encore tenace. Un message sur Facebook me l’a rappelé récemment… Quand j’ai parlé d’épurer ma bibliothèque, notamment en raison de traces de moisissures apparues sur certains ouvrages, des collections de poche pour la plupart, j’ai constaté le désarroi de certaines personnes qui ont dit « ne pas être d’accord » ou ont lancé des sentences péremptoires comme : « Une maison sans livres est une maison sans âme ». Alors, que dois-je faire ? Investir des centaines de dollars pour restaurer des livres de poche ? Accepter de vivre avec des problèmes respiratoires au nom de l’âme des livres ?

Je ne suis pas un ennemi des livres. J’ai passé une grande partie de ma vie à les accumuler. D’origine modeste, je me sentais flatté quand une jeune fille, en visite chez moi, s’exclamait : « Tu as lu tout ça ? Wow ! » (On s’efforce d’impressionner les filles comme on peut…) Dans la vingtaine, le samedi matin, mon loisir principal consistait à écumer les libraires d’occasion du Plateau Mont-Royal pour dénicher des perles rares. J’ai lu aussi des milliers de livres au point que ma liste de mes ouvrages lus totatise un fichier de plus de cent pages dans Word. Je lis toujours autant, d’ailleurs, et même plus qu’avant, mais je le fais en numérique, voilà tout. Et quand je dois lire un livre en papier, je le prends à la bibliothèque de mon quartier.

Qu’ai-je besoin de « posséder » des objets matériels au soir de ma vie ? Comme tout le monde, j’ai admiré la bibliothèque d’Umberto Eco. Qu’un individu possède autant de livres aurait fait l’objet de mon admiration il y a une vingtaine d’années. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il me semble que ce grand intellectuel aurait dû penser à en faire une donation dans un quelconque département universitaire. Non, il est mort, et tous ces ouvrages sont laissés à sa succession… Que va-t-elle en faire ? Peut-être les donner à un département d’études littéraires, espérons-le…

En vieillissant, tout homme sensé devrait apprendre à se dépouiller de ses objets matériels, y compris les livres. S’il vit à Montréal, il faudra bien un jour ou l’autre qu’il vive dans un logement plus petit. Alors, aussi bien commencer… Le jour de notre mort, on n’apportera rien avec nous dans le Grand Néant. Alors les livres sont des objets et leur âme, si âme il y a, ne réside pas dans leur support matériel.

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