Archives pour la catégorie CRITIQUE

Bruno Cessole : L’heure de la fermeture dans les jardins d’Occident

CessoleRares sont les romans qui mettent en scène des intellectuels, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui se préoccupent, non pas de changer le monde, mais de le penser dans le but, conscient ou non, de lui donner un sens. Frédéric Stauff, l’antihéros de ce roman, en est un, justement, et il a connu en son temps son heure de gloire aux côtés de Sartre, de Merleau-Ponty, de Beauvoir et de quelques autres. Dans la faune de Saint-Germain-des-Prés, il a joué ce jeu de rôles… jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il n’y avait pas de sens au monde, et que de le crier sur tous les toits s’avérait aussi vain que la vie elle-même. Rapidement, il est parvenu à la conclusion que seul le suicide pouvait représenter une solution acceptable pour ceux qui souhaitent mourir dans la dignité au moment où ils auront choisi de le faire et ce, en toute liberté. Frédéric Stauff a pris pleinement conscience que, en ce qui le concerne, ce moment est venu car cette vie, qu’il considère comme un long suicide différé, est arrivée à son terme. Alors, un jour qu’il se balade dans les jardins du Luxembourg, son espace privilégié depuis près de trente années, il fait la rencontre de Philippe Montclar, un jeune étudiant en lettres en quête d’absolu avec lequel il se lie d’amitié. Celui-ci l’accompagne dans les derniers mois de sa vie, mois au cours desquels Stauff l’entretient d’écrivains et philosophes tels que Nietzsche, Strindberg, Bloy, Leopardi, Walser et quelques autres qui ont tous en commun le fait qu’ils aient remarquablement raté leurs existences exemplaires.

D’abord fasciné par Stauff avec lequel il développe une relation de maître à disciple, Philippe en vient peu à peu à douter de lui et, au retour d’un voyage à Rome au cours duquel il discute avec un spécialiste du suicide, il décide de le mettre à l’épreuve, de le pousser en quelque sorte dans ses propres retranchements, car il a besoin de savoir si son vieil ami n’est qu’un fidèle héritier des sophistes grecs en train de le manipuler. Pour ce faire, avec la complicité d’Ariane, sa maîtresse, il organise une mise en scène à Nice, une sorte d’apothéose d’où la vérité sortira au grand jour. Manipulé, certes il l’est… mais pas comme il l’a cru au départ et, de cela, il se rend amèrement compte à la fin de ce très beau roman d’apprentissage.

L’heure de la fermeture… se présente sous la forme d’un récit de forme classique. Classique aussi est son propos qui fait constamment référence à la pensée occidentale. Mais, comme je l’écrivais au début de cette note, rares sont les auteurs qui abordent cette pensée en littérature et, qui plus est, sous l’angle de la mort volontaire. Qu’on ne s’y méprenne pas, toutefois, car Bruno de Cessole ne fait pas l’apologie du suicide. En témoigne la boutade de son personnage principal sur la question : « Ce serait faire beaucoup d’honneur à quelque chose d’aussi insignifiant que de devancer l’appel sous prétexte qu’on ne peut supporter le non-sens de ce manège, non ? » (p. 186). Non, à mon avis, l’auteur, avec une érudition lumineuse, célèbre plutôt les derniers feux de la pensée occidentale. À cet effet, les passages sur Nietzsche, Leopardi et Boèce, en autres, sont remarquables. Mais si l’auteur ne nous invite pas à mourir, il nous rappelle avec acuité que « le monde n’est qu’un jeu divin et absurde, sans rime ni raison, sans cause et sans but ». Une fois que vous aurez compris cela, alors vous n’avez plus que deux alternatives : vous entrez en religion, peu importe laquelle… ou vous mourez. Moi, je choisis la seconde option tout en n’étant pas pressé, toutefois, de la mettre à exécution.

Bruno de Cessole est né à Paris. Journaliste et critique littéraire, il a collaboré à plusieurs journaux et revues. Après avoir dirigé La Revue des Deux Mondes, il assume la direction des pages culturelles de la revue Valeurs actuelles. L’heure de la fermeture… s’est mérité le Prix des Deux Magots en 2009.

Bruno de Cessole. L’heure de la fermeture dans les jardins d’Occident. Paris, La Différence, 2008. Malheureusement, je n’ai pas trouvé d’édition numérique de cet ouvrage.

2009, rév. juillet 2016

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Pierre Charras : La crise de foi(e)

charrasVoici un beau petit roman – ou une grande nouvelle, c’est selon – qui appartient à la catégorie des récits de l’enfance, un peu comme Le bout de l’île, ce roman que j’ai commis en 2011 chez ÉLP éditeur. Dans La crise de foi(e), le narrateur revient sur les lieux de son enfance pour donner un concert, car il est devenu musicien, pianiste pour être plus précis. La salle multifonctionnelle qu’il visite s’appelait autrefois Salle Louise-Michel. Par la suite, on l’a rebaptisé Salle André-Malraux, sans doute parce que Louise Michel, et la cause qu’elle incarnait, sont tombées dans l’oubli depuis la fin des années 1950… Peu importe, là, dans cette salle, pendant qu’il se livre à des essais pour tester le son du piano qu’on a loué pour lui, il se souvient… et, du coup, un événement lui revient en mémoire.

Alors qu’il avait cinq ou six ans, son père l’a emmené à une fête de Noël organisée justement dans cette même salle par les employés de l’usine. Ce jour-là, il a perdu la foi, notamment au Père-Noël… Et cela ne fut pas sans suite : « Depuis le doute ne m’a plus lâché. Sur tout. Surtout le monde. C’est un engrenage, le doute. Dès qu’on y met le doigt, le corps est avalé en entier. On raconte que pour l’amour c’est pareil. Mais de ce sujet, j’ignore tout. » Pendant cette fête, en plus de perdre la foi, le narrateur a eu une terrible crise de foie. Une indigestion monstre qui a précipité les choses…

La crise de foi(e) est un roman qui se lit d’une seule traite. Une bouffée de bonheur, si j’ose dire, qui nous rappelle que tout homme est le produit de son enfance. Quoi qu’il pense, quoi qu’il fasse, elle peut resurgit à tout moment dans le cours de sa vie et ce, au moment où il s’y attend le moins.

Écrivain, comédien et traducteur, Pierre Charras est né à Ste-Étienne en 1945. Entre 1982 à nos jours, il a écrit de nombreux romans dont Dix-neuf secondes (Mercure de France, 2003) qui a remporté le Prix du roman FNAC.

Pierre Charras. La crise de foi(e). Paris, Arléa, 2008.

Septembre 2010, rév. 2016

Christine Machureau : Aime-moi

machureau_aimeDe Christine Machureau, j’ai lu les romans historiques comme La mémoire froissée, D’or, de sang et de soie, L’hérétique et, le dernier en date, L’ADN d’un dieu. Et voici que je tombe sur Aime-moi, un roman tout court… c’est-à-dire un roman qui ne s’insère pas dans un genre particulier, si ce n’est celui de roman. Bref, il ne s’agit pas d’un roman historique comme les précédents… mais il m’a plu quand même !

Aime-moi raconte l’histoire de Lisa, une fille qui a grandi dans un milieu aisé de la capitale française. Une petite fille de bonne famille, quoi. Pour celle-ci, la vie va bon train avec des hauts et des bas, caractéristiques des années adolescentes, jusqu’au jour où la question des origines se posent avec acuité : Lisa n’est pas la fille biologique de ses parents. Cette découverte la poursuivra toute sa vie… Il est difficile pour un être humain de dépasser le sentiment d’abandon qui l’habite quand il apprend son adoption, même par des personnes aimantes. Certains y arrivent, d’autres pas. Lisa croyait bien y être parvenue quand elle a rencontré Marc, un aventurier qui a décidé de vivre dans les mers du sud, plus particulièrement en Polynésie française. Lisa va le rejoindre, prête à renoncer à sa carrière de journaliste pour retrouver l’essentiel. Mais les choses ne se passent pas exactement comme elle l’avait prévu…

Aime-moi est un roman de facture classique. Comme à l’accoutumée, Christine Machureau écrit magnifique bien, faisant preuve d’une parfaite maîtrise la langue française. Et cela peut en rendre jaloux, voire envieux, plus d’un… Je vous mets en garde, toutefois : Aime-moi n’est pas un ouvrage comme ses autres romans. On se croirait parfois dans du Mauriac, dans du Duhamel, bref dans un roman français de la fin des années cinquante. Sauf que les pages sur la Polynésie s’avèrent d’une actualité percutante. En effet, Christine Machureau comprend bien le problème de civilisation de cet archipel qui nous ramène à notre propre modernité : plus rien d’idyllique en ce monde, y compris dans les îles du sud…

Je vous invite à lire ce très beau roman, l’illustration concrète de l’humanité de son auteure. Pour le commander ou en savoir davantage, voici le lien vers la fiche de cet ouvrage aux Éditions du 38.

Chris Simon : Memorial Tour

Memorial_TourPlus rien n’arrête le touriste de nos jours. Pour se divertir de sa morne vie où il ne se passe pas grand-chose, le touriste occidental va dans toutes les directions : tourisme balnéaire où il se fait servir comme un pacha par des hommes et des femmes souvent plus scolarisés que lui ; tourisme d’aventure où il fait l’ascension du Kilimandjaro où participe à des safaris au cœur de l’Afrique des Grands lacs ; tourisme culturel où il visite des monuments et musées dans diverses capitales du monde en s’efforçant de lire les notices descriptives… Puis il y a cet autre tourisme, le tourisme morbide, celui qui consiste à ressentir des « émotions » sur des lieux des grandes catastrophes de l’humanité, présentes ou passées. À New York, des millions de personnes vont se recueillir sur l’emplacement des tours jumelles pulvérisées par les terroristes le 11 septembre 2001. À Port-au-Prince, plusieurs visiteurs demandent à voir Cité-Soleil, l’un des plus grands bidonvilles du monde. C’est ce phénomène que traduit Chris Simon dans un récit romancé qu’elle maîtrise parfaitement bien, comme à l’accoutumée. (Je dois confesser que je lis tous les ouvrages de cette auteure autopubliée qui, certes, travaille d’arrache-pied pour assurer la visibilité à ses œuvres, mais se montre aussi très généreuse de sa personne en cédant la parole à de nombreux auteurs sur son Mag des Indés, illustrant de façon éloquente que travailler pour soi ne signifie pas se désolidariser des autres.)

Dans Memorial Tour, des touristes embarquent dans un train pour revivre l’expérience des Juifs, victimes des rafles au cours de la Deuxième guerre mondiale. Chris Simon recrée la journée dans la vie d’un couple qui se prépare à faire ce voyage excitant : ils font leur valise, font garder les enfants, s’occupent du chat… jusqu’au moment où les militaires débarquent chez eux pour les embarquer sans ménagement. Certes, ils sont un peu surpris par leur brutalité… mais ils jouent le jeu « réaliste » pour lequel ils ont payé. D’ailleurs, le mari – celui-là même qui a offert ce voyage tout inclus à son épouse – ne cesse de répéter, à chaque contrariété : « Rigoureusement historique… »

Tout en interpellant le comportement mémoriel de ses contemporains et, par le fait même, en les sortant dans leur zone de confort, Memorial Tour est un récit qui s’apparente au genre du thriller. Un récit qui nous tient en haleine du début à la fin. Un récit divertissant… qu’on est presque soulagé d’arriver – intacts – à la fin…

Simon, Chris. Memorial Tour. Éd. du Réalisme délirant, 2016 (2016). Lien vers la boutique Kindle d’Amazon.ca où vous pouvez vous procurer cet ouvrage pour une somme dérisoire…

Sinclair Dumontais : La deuxième vie de Clara Onyx

dumontaisEn raison d’une certaine confusion des genres littéraires, La deuxième vie de Clara Onyx entre dans la catégorie de ces romans qui ne se laissent pas facilement résumer, sous peine d’atténuer l’intérêt de ceux qui s’apprêtent à les lire. C’est qu’à l’instar de L’empêcheur (Stanké 2004), Clara Onyx se situe à mi-chemin entre le roman policier et la science-fiction, tout en n’ayant rien à voir avec l’un ou l’autre de ces genres. En fait, ce roman n’a pas de genre ou, s’il en a un, cela n’a de toute façon aucune importance, car il ne sert que de toile de fond à un récit. Je vais néanmoins tâcher d’en rendre compte, en m’efforçant d’en suggérer la trame sans révéler son point culminant.

Dans ce roman, Sinclair Dumontais raconte la vie et la mort de Clara Onyx. Accompagné de Sydney Payne, un auteur-compositeur qui est également son compagnon dans la vie, cette chanteuse a fait du Gospel Next un courant musical au succès planétaire au début des années 1980, des années « qui n’avaient rien à nous offrir, rien qui puisse nous rassembler ». En 1987, juste après le célèbre concert de Brunt, un événement tragique vient mettre fin, toutefois, à la brillante carrière de Clara qui est assassinée par un fan. Après le drame, en signe de respect, Sydney décide de ne pas poursuivre ses activités musicales de manière à figer le Gospel Next dans le temps, à éviter qu’il soit dénaturé par d’éventuels émules car, à ses yeux, ce courant musical puissant, envoûtant, ne peut être incarné par personne d’autre que Clara. Avec l’aide de la bibliothécaire Geneviève Fribourg, qui partagera bientôt sa vie, il entreprend de rédiger la biographie officielle de la chanteuse afin d’assurer la pérennité de sa mémoire.

Jusque-là, tout va bien. On pourrait penser à John Lennon et à sa compagne Yoko Ono qui ont connu un sort similaire. Mais voilà qu’en 2010 une météorite frappe la terre, une catastrophe qui a pour effet de modifier radicalement le sens de sa rotation. En effet, celle-ci se met à tourner à l’envers, inversant ainsi le cours du temps. C’est ce qu’on appelle l’Inversion. À partir de ce moment, tous les espoirs sont ravivés : les vieux rajeunissent, les morts ressuscitent… mais cela n’est pas sans conséquence sur la vie et la mort qui prennent soudain un tout autre sens…

La deuxième vie de Clara Onyx relate avec précision l’exhumation de la chanteuse qui, en 1987 après I. (soit 46 ans plus tard en calculant les années précédant et suivant 2010, année de l’Inversion), revient à la vie, le temps fonctionnant à reculons. Pour raconter cette histoire abracadabrante, Sinclair Dumontais utilise la technique du reportage journalistique. Ainsi, dans chacun des huit chapitres du roman, un témoin s’exprime en toute liberté sur les événements. On a droit aux discours de Lucien Dalphond, témoin accrédité lors de l’exhumation de Clara, de René Dirieux, le médecin en charge du Centre de retour des célébrités, du psychologue affecté au bon déroulement de la renaissance de Clara, de l’infirmière qui lui prodigue des soins, de Geneviève Fribourg, la bibliothécaire et amie intime de Sydney Payne, de Vincent Oslo, l’assassin de Clara, de Robert Stenton, un compositeur ami de Sydney qui veut relancer la carrière de la chanteuse et, enfin, d’un journaliste qui témoigne du retour sur scène de Clara juste avant l’événement ultime… que je ne vous raconterai pas.

Avec L’empêcheur, Sinclair Dumontais souhaitait en découdre avec Dieu. Avec La deuxième vie de Clara Onyx, il s’attaque au temps et, en ce sens, va beaucoup plus loin dans sa quête d’un absolu dont l’existence s’avère fort improbable… Loin du roman métaphysique, du roman à clé, du roman grave et lourd qui pourrait caractériser un tel récit, Clara Onyx est un roman léger – dans le sens mozartien du terme – qui se lit comme un charme, notamment en raison de l’aspect ludique que Sinclair Dumontais lui confère. Personnellement, j’ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman qui échappe à la notion même de genre littéraire, ce roman qui, tant par sa forme que par sa structure, devrait être considéré comme le roman québécois le plus original de l’année. En conséquence, je ne saurais trop vous le recommander.

Né dans l’est de Montréal en 1958, Sinclair Dumontais étudie la philosophie et la littérature avant de devenir rédacteur-concepteur pour diverses firmes de communications-marketing. En 1999, il fonde Dialogus, un site web culturel fort populaire dans les milieux de l’éducation. Il vit aujourd’hui à La Rochelle (France). Outre La Deuxième vie de Clara Onyx (2008), il a deux autres romans à son actif: L’empêcheur (Stanké 2004), Le Parachute de Socrate (Hurtubise HMH 2004), et, plus récemment, Condamné à mots publié chez ÉLP éditeur en 2012. Sinclair Dumontais est aussi l’auteur de Onze nouvelles, la onzième étant une nouvelle érotique pour que l’éditeur fasse ses frais, publié également chez ÉLP éditeur (2010).

Sinclair Dumontais, La deuxième vie de Clara Onyx. Québec, Septentrion, 2008

Lecture numérique : le choix d’une liseuse

kindleUn ami m’a récemment demandé mon avis sur l’achat d’une liseuse. Puisqu’il ne sait pas si cela va lui plaire (il est plutôt réfractaire à la lecture numérique), il ne souhaite pas trop investir, de sorte qu’il hésite entre la Kobo Touch 2.0 à environ 90 dollars ou la Kobo Glo HD à près de 130 dollars. Il a également fait allusion à la Kindle de base à 80 dollars, même s’il n’aime pas Amazon, notamment en raison du fait que cette société américaine ne paierait pas toujours ses impôts dans les pays dans lesquels elle serait installée. Je pourrais lui dire qu’Apple et Google ne font pas mieux, mais enfin… là n’est pas le problème. Voici grosso modo ce que je lui ai répondu :

Tu dois hésiter entre la Kobo Glow HD ou la Kindle Paperwhite, et pas autre chose. Il y a d’autres marques de liseuse, mais elles ne sont pas disponibles au Canada. L’une comme l’autre tournent autour de 140 dollars. Ces deux modèles te permettront de souligner tes textes, de prendre des notes et de récupérer tes annotations, soit dans Calibre, soit ailleurs. La Kindle est plus fluide, et tu as accès pour presque rien à une foule d’auteurs auto publiés dont certains sont très bons. À toi de voir. Avec Amazon, tu fonctionne en anglais, mais tu as un grand choix de livres français, de plus en plus en fait, le catalogue d’Amazon France se retrouvant presque intégralement sur celui d’Amazon Canada. Avec Kobo, tu as aussi pas mal de choix. Personnellement, j’ai ma Kindle depuis trois ans, et elle est encore excellente. Cela vaut l’investissement.

Tu peux gérer les liseuses Kobo et Kindle dans leur écosystème, comme tu peux t’en passer en les contournant. En effet, même si l’une comme l’autre fonctionne dans un écosystème prétendument fermé, tu peux les gérer avec Calibre, un logiciel libre disponible sur lequel je me suis déjà penché sur ce blogue.

Avant d’acheter ta liseuse, demande-toi ce que tu veux faire. Est-ce que souligner des passages de Kant est important pour toi ? Est-ce que tu veux récupérer tes notes ? Que souhaites-tu lire ? Des nouveautés, des œuvres marginales, des ouvrages libres de droit, de la fiction ou de la philosophie ? En attendant, va sur Amazon.ca et, dans le Kindle Store (menu déroulant à gauche du moteur de recherche), tape, par exemple : « Kant french edition » ou « Theophile Gauthier french edition », et tu verras apparaître des ouvrages que tu pourras acquérir pour quelques dollars, voire pour rien du tout. Prends le temps de fouiller un peu la boutique Kindle. Ensuite, fais pareil avec Kobo. Dans Google, tape « Kobo Canada librairie » ou tout simplement « Kobo books », puis fais le même exercice : tu verras alors si tu as accès à autant d’ouvrages. Si oui, alors c’est l’un ou l’autre, mais va pas en bas de 130 $.

Si tu ne comptes pas lire beaucoup alors tu peux choisir une tablette aussi. La Samsung Tab A de 8 pouces est à 250 $. Mais ce n’est pas comme une liseuse. Avec une liseuse, tu peux tenir deux mois sans recharge et tu la traînes partout, y compris à la plage (ce que tu ne peux pas faire avec une tablette).

Testament of Youth (Mémoires de jeunesse)

memoire_de_jeunesseUn beau film. Un film qui porte sur la peine inconsolable qu’une jeune femme ressent à la perte de son fiancé, de ses amis, puis de son frère. Cette perte est occasionnée par l’action la plus stupide que les hommes puissent commettre : la guerre.

Vera Brittain, auteure de ces mémoires, s’engage comme infirmière, mettant fin à des études prometteuses dont l’accès, pour les femmes de cette époque, s’avérait difficile, un bon mariage constituant encore la meilleure garantie pour leur avenir. Mais, dans les circonstances de la guerre de 1914, poursuivre des études de lettres classiques n’avait plus de sens pour elle. Elle s’engage donc comme infirmière, d’abord en Angleterre, puis, après la mort de son fiancé, en France où elle cherche à se rapprocher de son frère. Elle s’est effectivement rapprochée de ce frère qui est mort peu de temps après son arrivée. Cette scène avec tous ces corps de jeunes hommes étendus sur des civières de fortune vous laissera une forte impression qui vous fera comprendre encore avec plus d’acuité la célèbre réponse que fit Louis-Ferdinand Céline, dans Voyage au bout de la nuit (1932), à Lola qui lui demandait pourquoi il ne voulait pas partir à la guerre, et s’il était lâche : « Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

À la fin de cette guerre, Vera Brittain a trouvé le courage de prendre la parole dans une assemblée de revanchards pour clamer que le monde doit trouver un autre moyen que la violence pour solutionner ses conflits. Elle s’engage alors sur la voie du pacifisme. Jamais elle n’oubliera ceux qui ont illuminé sa jeunesse. Et jamais elle ne sera la même personne qu’avant la guerre. Comme l’écrit encore Céline, une année avant la parution de Testament of Youth de Vera Brittain : « De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c’est des mots. »

Il est rare que je vois un film tiré d’un livre sans que j’aie lu celui-ci avant. Ce fut le cas pour Testament of Youth (1933), un très beau film britannique qui, à moins que vous n’ayez pas la moindre parcelle de sensibilité, saura vous toucher.

Mémoires de jeunesse (Testament of youth), 2015, un film britannique de James Kent, avec Alicia Vikander, Kit Harrington et Taron Egerton. 2 h 10.