Archives pour la catégorie ESSAIS

Jour de paie : le rythme de parution des billets

Dans un billet dédié à un ami, j’ai écrit que le succès d’un blogue résidait, entre autres choses, sur la régularité de la mise en ligne.  Aussi je publie un billet par semaine sur ce blogue depuis le mois de septembre 2013. Certains billets, notamment les posts relatifs à la lecture numérique remportent un certain succès. D’autres aussi, comme mes critiques de films ou de téléséries (je suis loin d’être un cinéphile, pourtant) sont beaucoup plus lus que mes textes de fiction et de critiques littéraires. Cela dit, entre nous, cela m’importe assez peu… Ce qui compte pour moi, c’est l’expression et, bien entendu, la fidélité d’un nombre – même restreint – de lecteurs.  Pour le reste…

Tout ça pour vous annoncer que je vais modifier la régularité de parution de mes billets. Dorénavant il y aura, beau temps mauvais temps, un billet chaque jour de paie…  Pour les lecteurs européens et d’ailleurs en ce monde, peu familiers avec le mode de versement de la rémunération au Canada, cela signifie un billet chaque deux semaines, soit le jeudi – jour de la paie. Bien entendu, je me réserve le droit de « poster » des billets surprises entre les jours de paie,  toujours le jeudi, toutefois.  La chose à retenir, donc, c’est que je maintiendrai cette régularité bi-hebdomadaire coûte que coûte.

Je vous remercie de suivre ce blogue que j’entretiens depuis bientôt trois ans.

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L’humanisme, une croyance

Je n’aime pas dire que je suis athée. Je n’aime pas dire ça en raison du fait que cela contrevient à un principe taxonomique fondamental : on ne définit pas un objet parce ce qu’il n’est pas. Or, le signe privatif « a » m’embête parce qu’il me définit par rapport à des croyances que je ne partage pas. Alors, au lieu de me dire athée, je préfère dire que je suis humaniste. Je sais, il y a des humanistes chrétiens… voire musulman. Mais j’adopte une approche très stricte de l’humanisme qui, par définition, place les croyances religieuses au second plan de mes préoccupations. Bref, l’essentiel n’est pas là…

Qu’est-ce que l’humanisme ? Il s’agit d’un ensemble de valeurs centrées sur l’être humain. En cela je postule que la vie humaine constitue la valeur suprême, la valeur fondamentale qui devrait être partagée par l’ensemble des croyances de la planète. Bref, rien de plus sacrée que la vie. Malheureusement la plupart des religions ne partagent pas cette valeur, elles qui placent le sacrifice humain en haut de leur échelle de valeurs. Ne voit-on pas chaque jour des kamikazes qui meurent pour leur Dieu ? Des musulmans, certes, mais pas seulement.

L’humanisme n’est pas étranger à la foi, la foi en l’avenir des hommes et des femmes dans leur combat pour l’avènement d’un monde plus juste. Si Dieu dans l’Ancien Testament se définit par « celui qui est », cet être universel n’est pas incomparable avec l’humanisme. On peut donc être humanisme tout en s’exerçant à une spiritualité. Mais cette spiritualité n’est pas basée sur un ensemble de dogmes encadrés par des rites, mais sur l’étude et la recherche.

Dans l’Évangile de Thomas, un texte apocryphe, on peut lire (loggion 2): « Jésus a dit : Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; et quand il aura trouvé, il sera bouleversé et, étant bouleversé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout. »
Le tout ici n’est peut-être rien d’autre que l’acceptation de notre finitude, et le fait que tout homme sensé doit se préparer un jour ou l’autre à faire le grand saut dans le Néant. Toutefois, avant de faire ce saut, il cherche à comprendre… car tout humaniste postule que les hommes et les femmes ont ce qu’il faut pour exercer leur libre arbitre, leur jugement. Ils ont les ressources en eux permettant d’accomplir leur destin, peu importe la religion qu’ils ont adoptée en fonction de la région du monde dans laquelle ils sont nés.

J’ai écrit plus haut que l’humanisme est un ensemble de valeurs. En cela, il constitue une croyance, un projet, un souhait. Fasse le ciel qu’il se réalise.

Frère François : Comme une flûte de roseau

garonTu es mort en plein hiver dans un pays où l’hiver n’existe pas. Il est vrai que tu n’as jamais fait pas les choses comme tout le monde. Déjà, en ta jeunesse, tu prétendais avoir désappris à l’école, d’être tombé malade à l’hôpital, d’avoir cessé de croire en Dieu à l’église. Tu n’étais pas comme les autres. La vie, telle que vécue par tes parents et amis, ne te convenait pas. Il te fallait autre chose. Des réponses à tes nombreuses questions sur le sens de la vie. Car il te fallait du sens. Un sens à tout prix. Alors un jour, tu as fait ton baluchon et, quittant parents et amis, tu es parti sans te retourner, sans trop pourquoi. Tu as pris simplement la route vers l’ouest jusqu’à Vancouver et, une fois sur place, tu as mis le cap plein sud sur la Californie, là où il faisait chaud, là où il faisait soleil, là où il y avait peut-être quelque chose qui se rapprochait d’un quelconque absolu auquel tu aurais pu t’accrocher. Après, personne ne sait, du moins personne ne savait avant que ta sœur Anne écrive ce bouquin sur lequel je suis tombé par hasard. Après tu es entré dans une secte pour laquelle tu prêchais de ville en ville pour cet homme appelé « révérend ». Quelques années plus tard, tu es revenu au pays. Pour tes amis, tu étais devenu bizarre… je veux dire: encore plus bizarre qu’avant. En raison de certaines circonstances indépendantes de nos volontés respectives, nous avons cessé de nous voir, mais jamais je n’ai cessé de penser à toi.

Au début de la trentaine, je t’ai retrouvé dans les couloirs de cette université pour laquelle je travaillais. Tu étudiais la théologie dans l’espoir de joindre les rangs d’une communauté religieuse. Nous discutions souvent dans un coin de la cafétéria. Un jour, je suis parti à mon tour, sans doute pour des raisons assez similaires aux tiennes. Toi, pendant ce temps, tu entrais chez les Franciscains de l’Emmanuel, faisant vœux de grande pauvreté. Tu as pris la décision de consacrer ta vie à ta quête d’absolu, trouvant sans doute un réconfort à te préoccuper des autres, un moyen comme un autre de s’oublier soi-même. Je ne t’ai jamais revu… jusqu’à ce jour de janvier 2012 où j’ai aperçu ta photographie dans les pages nécrologiques de La Presse. Je t’ai reconnu du premier coup d’œil malgré les années passées, malgré la mauvaise qualité de l’image. Ton regard était le même : des yeux étonnés sur un monde en quête d’absolu.

Frère François, je n’ai jamais cessé de penser à toi. Toi le mélomane, toi le musicien, toi l’étrange ami qui m’a plus d’une fois réconforté quand j’entrais avec difficulté dans l’âge adulte. Frère François, il n’y a pas de dieu, il n’y a pas d’absolu, mais je te retrouverai dans la mort, bien au-delà du monde pour lequel j’éprouve, tout autant que toi, un sentiment d’insatisfaction.

Merci mon frère, adieu l’ami.

Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur cet ami disparu, sa sœur Anne Garon a fait paraître un ouvrage en 2015 aux éditions Novalis. Pour vous dire la vérité, ce témoignage tient davantage de l’hagiographie que de la biographie, même si cela demeure un hommage sublime au frère qu’Anne a perdu trop tôt. Moi qui ai fréquenté François pendant les années cruciales de mon existence, cet ouvrage a une résonance toute particulière. Je l’ai dévoré en un seul jour tellement j’avais faim de mon ami disparu. Il y a longtemps que je ne vais plus à la messe, mais aujourd’hui je constate que l’hostie que l’on avalait à l’église était du même ordre…

Anne Garon, Comme une flûte de roseau. Novalis, 2015. Ouvrage disponible sous forme papier ou numérique.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

coverLe Petit Robert (1987) définit la pauvreté par « l’état d’une personne qui manque de moyens matériels, qui manque d’argent ». Le dictionnaire relate aussi l’insuffisance de ressources pour préciser cette notion qui repose essentiellement sur le concept de manque, sur ce qu’on n’a pas en comparaison avec ce qu’on pourrait ou devrait avoir.

Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec cette vision trop étroite de la pauvreté. Après tout, je suis originaire d’une famille pauvre qui a vécu dans un quartier pauvre au milieu de voisins et amis qui étaient aussi pauvres que nous. Puisque nous étions tous pauvres, nous n’avions pas nécessairement l’impression d’être en état de manque. Cela s’expliquait sans doute par le fait que, contrairement aux pauvres d’aujourd’hui, nous ne partagions pas la vie quotidienne de ceux qui possédaient toutes ces choses que nous ne pouvions acquérir, même en rêve. En conséquence, l’élément comparable – les possédants – faisait pratiquement partie de notre imaginaire, un monde presque inaccessible tant nous vivions renfermés sur nous-mêmes avec notre culture, nos valeurs et nos traditions religieuses. Si on ajoute à cela que ces possédants parlaient une langue étrangère, on comprendra mieux que la distance qui nous séparait d’eux s’avérait quasiment infranchissable.

Depuis lors, à l’instar de la plupart des pays occidentaux, le Québec a bien changé et, depuis les années soixante, grâce à l’accès au crédit à la consommation, les enfants des ouvriers se sont hissés au niveau de la classe moyenne, laquelle regroupe dorénavant la majorité de la population. Une population endettée, certes, mais qu’on ne peut plus qualifier de pauvre. Aussi la pauvreté constitue-t-elle un phénomène marginal, et ceux qui en font partie – les pauvres – sont des proscrits qu’on préfère tenir à l’écart. Récemment, dans un quartier de Montréal, plusieurs propriétaires ont porté plainte suite à l’annonce de la construction d’un immeuble dédié aux logements sociaux : la proximité de ces pauvres allait diminuer la valeur de leurs propriétés…

Alors, qu’en est-il de la pauvreté aujourd’hui ? Cette question, je n’ai cessé de me la poser tout au long des mes séjours aux Comores et au Cap-Vert (1988-1994), dans ces pays où les gens sont pauvres comme nous-mêmes nous l’étions dans certains quartiers de Montréal dans les années 1950. En clair, cela signifie que, tout comme nous, ils avaient à manger, sans pourtant être en mesure de s’offrir certaines choses au quotidien ; qu’ils étaient logés, sans pour autant posséder les meubles les plus chics ; qu’ils pouvaient permettre à leurs enfants d’aller à l’école, même si les études supérieures exigeaient un lourd sacrifice pour les parents. Surtout, comme nous-mêmes, malgré leur pauvreté, ils faisaient partie prenante d’une civilisation dans laquelle, collectivement, ils se reconnaissaient, partageant un ensemble de valeurs collectives qui leur permettaient de vivre dans une relative dignité.

Aujourd’hui, la pauvreté a changé de visage ; elle arbore maintenant des aspects extrêmes : des sans-abris, des familles disloquées, des enfants abandonnés, etc. En fait, la pauvreté frappe de plein fouet ceux qui ne disposent d’aucune structure de pensée pour soutenir leur existence, pour guider leurs actions. Autrement dit, la pauvreté est d’abord culturelle – culture étant pris ici dans son sens originel, soit celui de civilisation. La pauvreté n’est plus tant économique que sociale. Elle est le lot des laissés pour compte, des toxicomanes, des hommes ou des femmes en situation de chef de famille monoparentale, un concept utile pour ceux qui cherchent à masquer le phénomène de plus en plus inquiétant de l’abandon des enfants par leurs parents, particulièrement par leurs pères. Bref, les pauvres d’aujourd’hui sont les victimes d’une civilisation qui a rompu avec ses fondements.

Mais ces pauvres sont-ils autant démunis que ceux que l’on retrouve aux Comores, au Cap-Vert ou dans un quelconque pays du Sud ? Je ne le crois pas… car, à mon avis, les seules personnes vraiment victimes de la pauvreté, en état de manque quasi permanent, sont les personnes âgées qui ne sont plus en mesure de générer des revenus pour survivre et qui sont, la plupart du temps, abandonnés par leur famille. Ceux-là sont vraiment pauvres… au point d’en mourir. L’écrivain français J.M.G. Le Clézio, prix Nobel de littérature en 2008, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Dans un entretien qu’il accordait au Magazine littéraire en novembre 2008 (p. 99), il disait : « Je pense qu’il est difficile d’imaginer pire chose que la détresse d’une personne âgée, seule dans une ville, vivant presque sans rien, dans un taudis […] On retrouve régulièrement des gens de 70-80 ans, morts de faim, dans des réduits insalubres, qui n’ont pas osé demander de l’aide ». La canicule de l’été 2003 en France lui a donné raison : on retrouva, une fois la situation climatique revenue à la normale, des centaines de vieux morts dans des appartements parisiens. Personne ne s’était inquiété d’eux.

Quant aux autres, les pauvres des sociétés occidentales, je persiste à déclarer que leur pauvreté est d’abord et avant tout culturelle, un manque qui les empêche de vivre dans la dignité. J’entends le bruit de ceux qui s’apprêtent à monter aux barricades. Qu’ils y montent… J’ai vécu avec moins de 1 000 dollars par mois de 18 à 37 ans. Je n’avais alors ni maison ni voiture ni meuble dignes de ce nom, mais je n’étais certes pas pauvre… Je vois maintenant des jeunes, avec tous les gadgets électroniques en vogue, qui s’enfoncent irrémédiablement dans la pauvreté, ces jeunes dans des quartiers près de chez nous… à l’ombre des écoles, des bibliothèques et des musées qu’ils ne fréquentent pas. Alors, je pose la question : comment peut-on être pauvre quand on a un ordinateur à la maison et un smartphone dans sa poche ? Comment peut-on être pauvre quand on a au bout des doigts Wikipédia, Gallica, BanQ, etc. ?

Si manger n’est pas un problème, vivre en est un, assurément, et la pauvreté revêt un autre visage. Un membre d’une famille africaine, malgré le manque matériel, vit indéniablement mieux qu’un ressortissant d’une famille disloquée d’un quartier « sensible » d’une société occidentale.

Le manque est ailleurs ; la pauvreté aussi.

Texte extrait de Ces mots qu’on ne cherche pas / Daniel Ducharme. ÉLP éditeur, 2014, 3,49 € – 4,5 $. Disponible sur toutes les plateformes.

Tenir un blogue ou pas : autre conseil à un ami retraité

à Pierre R.

Il y a quelque temps, j’ai fait paraître un billet sur la question de l’écriture : Écrire ou pas. Rédigé à l’intention d’un ami récemment à la retraite, il a connu un certain succès. Je réitère aujourd’hui avec un second billet, toujours à l’intention de cet ami. Mais je rappelle toutefois à cet ami, comme à tous les lecteurs de ce modeste blogue, que personne n’est obligé d’écrire ou de tenir un blogue. Chacun sa voie vers la réalisation de soi-même.

Aujourd’hui, tout auteur en herbe peut commencer par tenir un blogue. Je tiens celui-ci depuis septembre 2013 avec un billet chaque jeudi, pas moins, pas plus. Je pense que tenir un blogue s’avère une excellente idée pour quiconque a envie de livrer quelque chose au monde, même s’il n’est lu que par une cinquantaine de personnes, même si son initiative se perdra au milieu de millions d’autres… Selon Wikipédia.fr, il y aurait entre dix et quinze millions de blogues en France. Il ne s’avère donc pas facile de se démarquer dans cet océan de mots…

Avant de débuter un blogue toutefois, je vous conseille de suivre les étapes suivantes :

1- Choisissez la plateforme sur laquelle vous souhaitez travailler. WordPress et Blogger (Google) sont sans doute les services de blogging les plus courants. Chacune de ces plateformes ont des avantages et des inconvénients. Personnellement, j’utilise WordPress pour ce blogue, et Blogger pour mes activités professionnelles. Bref, choisissez une plateforme, créez votre blogue en lui attribuant un nom et, bien entendu, fermez-le au public pour le moment. Tant que vous ne serez pas prêt, personne ne pourra voir votre blogue sur le Web. Par la suite, si vous croyez tenir le coup, vous achèterez le nom de votre domaine (une vingtaine de dollars par année), bien que cela ne soit pas indispensable.

2. Déterminer la périodicité des publications, des « posts », car le succès d’un blogue repose sur sa régularité. Donc, si vous optez pour un billet le 1er et le 15 de chaque mois, comme Ysengrimus de Paul Laurendeau, alors tenez-vous en a ce rythme. N’oubliez jamais que, si des centaines de blogues naissent chaque jour, il y en a autant qui meurent…

3. Avant de lancer votre blogue, assurez-vous d’avoir cinq ou six billets en banque, et quelques-uns en réserve au cas où vous n’aurez pas le temps d’en écrire. Encore une fois, il s’agit de tenir le rythme afin de ne pas perdre votre lectorat. Rien de frustrant pour un lecteur que de découvrir que nous n’avez rien « posté » depuis cinq ou six semaines… En pareil cas, il ne reviendra pas de sitôt vous visiter.

4- Toujours avant le lancement officiel de votre blogue, rédigez avec le plus grand soin possible votre « à propos de… ». Ce texte, qui se retrouve sur une page fixe (et non en billet antéchronologique), constitue votre présentation officielle. Présentation de vous-même, d’une part, et présentation de l’objet de votre blogue, d’autre part. Il importe que le lecteur trouve réponse aux questions suivantes : Pourquoi ce blogue ? Quelles sont vos intentions en le diffusant ? Personnellement, je trouve un peu frustrant de ne rien savoir de l’auteur d’un blogue… À moins que vous souhaitiez tenir un blogue résolument intimiste (en pareil cas, pourquoi ne pas l’ouvrir sur abonnement seulement), l’anonymat n’est pas de mise : vous devez assumer la portée de votre œuvre. Mais je sais que cette question peut faire l’objet d’un débat… alors je n’irai pas plus loin.

5- Dans le même ordre d’idée, prenez le temps de bien structurer votre future blogue, d’organiser vos billets en catégorie (WordPress) ou en libellé (Blogger). Vous devez aussi sélectionner un modèle (gabarit) et tenter de le personnaliser, notamment en y apposant une image susceptible de représenter votre blogue.

6. Établissez un lien entre votre blogue et vos comptes Twitter et Facebook, histoire d’augmenter votre audience. En effet, il est devenu relativement simple d’établir un lien direct entre vos comptes WordPress ou Blogger et vos médias sociaux. Cela vous évite d’aller le faire vous-même à chaque fois…

Bon, vous êtes prêt ? Alors, allez-y… exprimez-vous !

L’expression et la conservation

bandeau_elp_05Dans le cadre de mon enseignement à l’Université de Montréal, un étudiant m’a écrit pour me faire part de ses préoccupations. Ce blogue se situe à mille lieues de mes activités professionnelles, mais ce cas fait exception, car il touche de près à l’expression des uns et des autres sur la blogosphère.

Voici le message en question :

[…] ce n’est pas la conservation de nos traces numériques qui m’interpelle en ce moment, car je conçois qu’il s’agit simplement d’un décalage institutionnel. Un peu comme le Vatican avec la pilule contraceptive. Non, ce qui porte ma réflexion, c’est plutôt la représentation de notre ère au sein des archives. Partant de la prémisse que les archives témoignent d’une époque, qu’est-ce que la nôtre dit de nous ? L’instantanéité. Le partage de soi généralisé. La parole à profusion. À quel besoin cela répond-il ? Qu’est-ce qui fait que nous avons tant besoin de nous exposer aux yeux de tous ? Pourquoi nous partageons nous à grande échelle ? Pour exister ? Pour recevoir l’approbation d’autrui ? J’ai souvent l’impression que nous sommes une société d’émetteur sans réel récepteur. Car, en fait, s’exposer à tous c’est ne se présenter à personne. C’est faire abstraction de la réciprocité […]

Et voici la réponse que je lui ai faite.

Je suis partiellement d’accord avec vous. En fait, il y a deux choses à considérer : 1. L’expression en tant que besoin fort chez l’humain ; 2. La conservation institutionnelle de cette expression.

Je crois que nous devons nous exprimer et que, à cet égard, les technologies favorisent cette expression. En s’exprimant, on dérange, on bouscule davantage qu’on pourrait le croire… En dehors de mes activités professionnelles, je suis éditeur numérique. Notre petite maison publie douze titres par année et, mine de rien, ça commence à prendre une certaine envergure puisque nous en sommes à plus de 80 titres aujourd’hui. Malgré notre peu de présence sur la scène médiatique, nous existons, comme vous dites, et, pour le moment, nous existons en parallèle avec le milieu de l’édition du Québec. En parallèle parce que la plateforme de diffusion des ouvrages numériques développée en partenariat avec l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) exige des frais qu’un éditeur numérique ne peut assumer. Bien entendu, nous fonctionnons sans subvention, n’étant pas éligible aux programmes publics d’aide à l’édition conçus essentiellement à l’intention des éditeurs traditionnels. Mais cela n’a guère d’importance parce que les technologies nous ont permis de publier des ouvrages d’auteurs francophones qui n’auraient jamais été édités dans le circuit habituel de l’édition. Pourquoi ne l’auraient-ils pas été ? C’est une grande question que nous pourrions discuter pendant des heures… et c’est pourquoi je ne l’aborderai pas ici. Ce qui compte, c’est que les technologies ont permis une expression et, qui plus est, en nous libérant de notre « pays ». Je veux dire qu’ÉLP n’est ni un éditeur québécois ni un éditeur français puisque son comité de direction regroupe des Québécois, des Français, des Suisses, et qu’un de ceux-là vit en Belgique, par ailleurs. Ainsi, non seulement les technologies favorisent l’expression, mais elles permettent aussi de faire éclater les frontières. Avant il était difficile pour un auteur québécois de se faire distribuer en France. Maintenant, il peut l’être le jour même de la parution de son ouvrage. Bref, qu’ÉLP ne soit pas reconnu au Québec comme éditeur québécois n’a pas d’importance. Nous existons, et c’est ce qui compte. Que faites-vous du dépôt légal ? Au Canada, Bibliothèque et Archives Canada a renoncé au dépôt légal universel pour le numérique… (ils ont d’autres chats à fouetter) et, au Québec, le dépôt légal numérique se pratique sur une base volontaire. Par contre, j’ai remarqué que nos ouvrages sont déposés à la Bibliothèque nationale de France. Alors, vous voyez…

Va pour l’expression. Mais vous posez la question du percepteur, c’est-à-dire du lecteur. J’ai un blogue personnel (ce blogue, en fait) dans lequel je dresse un portrait de ma vie intellectuelle. Parfois, quand je rédige un petit texte, je ne pense qu’à une seule personne et cela me suffit. Je ne cherche pas la notoriété, mais seulement l’expression. Malgré cela, vous seriez étonné comme on peut être lu… Mon poème Les larmes, par exemple, a été lu par 600 personnes jusqu’à maintenant, ce qui tranche nettement avec mon ordinaire qui se situe entre 30 et 80 lecteurs par jour.

Reste la conservation. Aucune institution ne va se soucier de mon expression parce que je ne suis pas une personne « connue ». Alors, j’organise mes archives personnelles en me disant que mon fils, ou plus vraisemblablement mon petit fils ou petite fille, s’en occupera. Certes, cela constitue un problème sérieux… que je ne suis pas en mesure de résoudre. Et ce problème n’est visiblement pas pris en compte par les institutions publiques qui ont pourtant reçu le mandat de conserver et de diffuser l’expression écrite de leurs citoyens. Alors, pour le moment, en matière de conservation, le seul conseil que je puisse donner est le suivant : à l’ère numérique, c’est à l’individu que revient la responsabilité de conserver son patrimoine, pas aux institutions.

Comment conclure ? Exprimez-vous si vous en sentez le besoin et ce, peu importe la nature de ce besoin. Il y aura toujours des gens qui vous liront, même s’ils se comptent par dizaines seulement. Mais cela doit correspondre à un besoin, bien entendu. Quant à la question de la qualité de vos écrits, les gens sauront faire la différence. Ne vous en faites pas, si vous écrivez des inepties, personne ne vous lira…

2013, mise à jour 2016

Lecture numérique 2 : se procurer des ebooks libres de droit

Dans notre premier billet consacré à la lecture numérique, nous avons vu les caractéristiques de base de Calibre, un logiciel de gestion des ebooks pour votre ordinateur. Votre infrastructure une fois en place, la deuxième étape consiste maintenant à garnir les étagères de votre bibliothèque virtuelle de livres numériques. Dans ce billet, nous vous indiquerons où se procurer des livres libres de droits de qualité acceptable.

En lecture numérique, plusieurs personnes hésitent à franchir le pas sous prétexte que l’offre d’ebooks demeure encore pauvre en français. Ils n’avaient pas tout à fait tort dans les premières années (2009-2012), mais les choses ont changé depuis, notamment avec l’émergence de librairies numériques d’importance comme Amazon, Kobobooks, Apple Store, la FNAC, 7Switch, ePagine et, au Québec, Archambault. Même le milieu du livre au Québec, qui tente se subsister en circuit fermé avec sa confrérie d’éditeurs papier partiellement convertis au numérique, a connu un relatif bouleversement. Dans les faits, ce n’est pas la pénurie d’ouvrages numériques qui pose problème, mais plutôt le prix trop élevé des ebooks par rapport aux livres papier. En effet, quand un livre papier se vend vingt dollars, le prix du ebook correspondant s’avère souvent à peine moins cher de deux ou trois dollars. Compte tenu du coût de fabrication de l’objet livre (imprimeur, distributeur, librairie), ce n’est pas juste. Peu importe, cela témoigne d’une volonté manifeste de favoriser le papier au détriment du numérique. Bref, on préfère protéger ses arrières plutôt que de faire preuve d’innovation.

En attendant, il y a tout de même de quoi lire, je vous l’assure. Et pour vous convaincre, je présente quelques librairies numériques sur lesquelles vous pourrez trouver des ebooks libres de droit.

1. EBOOKS LIBRES ET GRATUITS

Ce site est en quelque sorte un pionnier dans la promotion du livre numérique libre de droit. Il compte environ 6 000 titres en différents formats : ePub, Kindle (mobi), eReader, PDF, etc. Puisque le projet repose sur le travail d’une communauté de bénévoles, les ebooks ne sont pas toujours exempts d’erreur mais, dans l’ensemble, la qualité est au rendez-vous. Vous trouverez sur ce site des œuvres littéraires et populaires jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Normalement, une œuvre est libre de droit cinquante ans (Canada) ou soixante-quinze ans (France) après la mort de l’auteur.

2. BIBLIOTHÈQUE ÉLECTRONIQUE DU QUÉBEC

En matière de diffusion d’œuvres littéraires libres de droit, le Québec n’est pas en reste. Cette « bibliothèque » est l’initiative de Jean-Pierre Dupuis, un auteur qui met à la disposition des lecteurs plus de 2 200 livres numériques libres de droit. Certains titres sont offerts en format PDF pour ordinateur ou pour liseuse, mais de plus en plus en format ePub, le format ouvert recommandé pour la lecture numérique. Le format pour Kindle (mobi) a tendance à se généraliser aussi depuis quelque temps. Il s’agit vraisemblablement du seul site québécois offrant des œuvres québécoises et canadiennes libres de droit au lectorat francophone. Les titres disponibles sur ce site sont en général de très bonne qualité. Signalons que la Bibliothèque électronique du Québec est partenaire de Ebooks libres et gratuits. En conséquence, plusieurs ebooks se retrouvent sur les deux sites.

3. FEEDBOOKS

Sur ce site, vous pouvez accéder à des milliers de titres libres de droit et ce, en trois formats : ePub, Kindle (mobi) et PDF. Sur la page d’accueil, vous n’avez qu’à cliquer sur l’onglet « domaine public » pour ensuite, si vous le désirez, affiner votre recherche par auteur ou par catégorie. En général, les ebooks en provenance de cette bibliothèque sont de bonne qualité. Pour cette raison, je vous recommande de l’inscrire dans vos marques-pages. Bien entendu, il s’agit d’une « librairie » aussi. En conséquence, on ne s’étonnera pas que Feedbooks mette en valeur sa section payante, notamment sur sa page d’accueil.

4. IN LIBRO VERITAS

Voici un site fort intéressant qui se distingue des autres en offrant un grand nombre d’ouvrages documentaires, c’est-à-dire d’œuvres scientifiques et techniques. En plus des livres numériques libres de droit, les auteurs d’aujourd’hui peuvent offrir librement leurs œuvres. On peut alors faire un don si on le souhaite. On y trouvera des milliers d’ouvrages à découvrir. La qualité technique des ebooks n’est pas toujours très réussie, mais les améliorations sont notables au cours des derniers mois.

5. BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE ROMANDE

Voici une initiative récente de très grande qualité. À titre gratuit, vous êtes invité à découvrir la littérature suisse de langue française, une littérature injustement méconnue. Des romans, des recueils de nouvelles, des poèmes sont mis à votre disposition. Grands voyages devant l’Éternel, les Suisses sont à l’origine de nombreux récits de voyage, notamment ceux d’Isabelle Eberhardt que vous trouverez sur ce site. Vous trouverez aussi des œuvres de proximité, c’est-à-dire écrites par des auteurs de la Haute-Savoie et du Jura français. Il s’agit vraiment d’un site à découvrir.

6. GUTENBERG PROJECT

Je termine cette revue non exhaustive par la section francophone du Gutenberg Project sur laquelle on peut trouver pas mal de bouquins – avec une mise en page qui laisse parfois à désirer, toutefois. Ce projet de numérisation a été initié à Chicago au début des années 1971 par Michael Hart, donc avant même la diffusion de l’informatique à grande échelle par les ordinateurs personnels… Ce site offre aux lecteurs des milliers de livres en différents formats : HTML, TXT, RTF et, bien entendu, ePub.

7. AUTRES

Bien entendu, les grands joueurs du marché des liseuses et des tablettes numériques offrent tous une quantité appréciable de ebooks libres de droit, soit en gratuité, soit en échange d’une somme presque symbolique (0,99 euro). Donc, tant Kobobooks et Apple (iTunes) que le Kindle Store d’Amazon mettent du contenu libre de droit à la disposition de ceux qui ont acheté leurs appareils. Remarquez, ce sont les mêmes ebooks que l’on retrouve sur Ebooks libres et gratuits. Enfin, vous n’êtes pas en reste avec Google Books qui prétend vous offrir d’un million de livres numérisés… Mais il s’agit d’un projet qui se passe de présentation et que vous trouverez sans problème en cliquant sur l’onglet «livres » de votre fureteur. Pas toujours facile de trouver ce qu’on cherche, toutefois…

Alors, si vous croyez que l’achat d’une liseuse à moins de 150 dollars ne vaut pas la peine, alors vous vous privez de milliers de livres comme, par exemple, toute l’oeuvre de Zola, de Baudelaire, voire même de Proust. Bref, tout ce qui a été publié 50 ans (70 ans en France) après la mort des auteurs. Mais surtout, vous passez à côté de toute une littérature que vous ne retrouverez pas en format papier : les ouvrages des indés (auteurs auto publiés) et des « pures players », c’est-à-dire des éditeurs 100% numériques, comme ÉLP éditeur, notamment. Nous en reparlerons dans un billet ultérieur.