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Généalogie : la quête des origines

La généalogie s’apparente à la quête des origines. Cette quête s’avère une noble entreprise car elle rend aux ancêtres ce qu’on leur doit : la vie. Chacun d’entre nous est issu d’une lignée d’individus avec lesquels il est lié par le sang. Peut-être est-ce pour cette raison que la généalogie était autrefois un art noble, une activité réservée aux familles de haut rang et qui permettait, d’ailleurs, de le maintenir, ce rang. Aujourd’hui nous savons bien que le « rang » n’a pas d’importance. C’est le comportement d’un individu qui lui confère une certaine noblesse, pas son appartenance à un clan à particules. Mais il y a de la fierté à tirer de la quête de ses origines.

Cette quête n’est pas l’apanage de l’occident. Aux Comores, par exemple, on s’enorgueillit de réciter les noms de ses ascendants aussi loin que possible dans le temps. Quand on arrive à remonter jusqu’à la dixième génération, on en tire une fierté palpable. Certains remontent même jusqu’aux proches du prophète Mahomet, c’est tout dire… Même chose dans les îles du Pacifique. Récemment, un passage tiré du très beau roman d’Elizabeth Gilbert (L’Empreinte de toute chose, Calmann-Lévy, 2013) l’illustre assez bien.  Le voici :

« Quand vous faites une taio avec un indigène, vous échangez vos généalogies, voyez-vous, et vous devenez une portion de la lignée de chacun des deux. La lignée est des plus importantes ici. Il y a des Tahitiens qui sont capables de réciter leur généalogie sur trente générations – ce n’est pas sans rappeler les générations de la Bible, voyez-vous. Entrer dans une lignée est un noble honneur. Aussi nous devrions nous-mêmes nous sentir honorés d’appartenir à une lignée, quelle qu’elle soit. Mais encore faut-il se donner la peine de la connaître, cette lignée, et de comprendre le rôle que chacun a jouté dans l’Histoire, si modeste soit-il. »

À l’instar d’Amin Maalouf (Origines, Grasset, 2004), j’estime que la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et l’oubli, une reconquête qui devrait être patiente, dévouée, acharnée, fidèle. Cette connaissance généalogique correspondait-elle à un « besoin » ? Laissons  Amin Maalouf répondre à cette question :

« Aucun besoin pour nous, il est vrai, de connaître nos origines. Aucun besoin non plus pour nos petits-enfants de savoir ce que fut notre vie. Chacun traverse les années qui lui sont imparties, puis s’en va dormir dans sa tombe. A quoi bon penser à ceux qui sont venus avant nous puisque pour nous ils ne sont rien ? A quoi bon penser à ceux qui viendront après nous puisque pour eux nous ne serons plus rien ? Mais alors, si tout est destiné à l’oubli, pourquoi bâtissons-nous, et pourquoi nos ancêtres ont-ils bâti ? Pourquoi écrivons-nous, et pourquoi ont-ils écrit ? Oui, dans ce cas, pourquoi planter des arbres et pourquoi enfanter ? A quoi bon lutter pour une cause, à quoi bon parler de progrès, d’évolution, d’humanité, d’avenir ? A trop privilégier l’instant vécu on se laisse assiéger par un océan de mort. A l’inverse, en ranimant le temps révolu on élargit l’espace de vie. »

La généalogie est une activité destinée à accroître notre connaissance de notre famille, certes, mais aussi – et surtout, ai-je envie d’ajouter – de l’histoire, car plus on remonte dans le temps, plus la connaissance de l’histoire s’avère essentielle à la compréhension de ce que nos aïeuls ont vécu. On ne fait pas de la généalogie par devoir, même qu’il y a un peu de ça dans les propos ci-dessus ; on le fait aussi par plaisir car, vous verrez, très rapidement notre quête des origines rappelle celle du détective chargé de découvrir la vérité, et chaque découverte, chaque fait nouveau qu’on parvient à dévoiler à la surface du jour, procure de la joie. Bref, c’est littéralement passionnant…

Triste est la personne qui ne sait pas d’où elle vient. Même si parfois certaines découvertes peuvent nous causer de l’affliction, la connaissance des origines participe à notre accomplissement. Ne vous en privez pas.

Ce billet inaugure une série de textes qui porteront sur la généalogie et sur l’histoire familiale, plus précisément celle des Benoit et des Ducharme (Charron). Vous pourrez les lire sur un autre blogue.

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