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Je vois le monde d’aujourd’hui

Je vois le monde d’aujourd’hui
Comme un vaste champ de bataille
Où s’affrontent à coup de mitraille
Des hommes perdus au cœur de la nuit

Certes ils veulent changer le monde
Et à cette fin reçoivent des armes
Qu’on leur livre avec des tombes
Mouillées de sang et de larmes

Puis éclate la haine entre eux
La chamaille au sein de la fratrie
Certains tomberont sous les feux
Tandis que d’autres, comme fleurs flétries

S’éteindront tout doucement,
Des étoiles dans les yeux, soumis
Loin, si loin de ces parents
Qui leur ont donné la vie

Personne n’ira au paradis, non
Car il n’y a pas de place pour les barbares
Qui préfèrent parler avec la bouche de leurs canons
Et qui considèrent la violence comme un art

Voilà comment je vois le monde d’aujourd’hui
Un monde perdu dont il ne restera plus rien
Et sur les cendres desquelles d’autres vauriens
En construiront un autre… en vain.

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À visage découvert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Discutant entre eux, levant bien haut leurs verres
Remplis de vin, de liqueur ou de bière
Avec le souci constant d’assurer leurs arrières

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Me saluant à peine en raison de leur rang
Même si certains d’entre eux me doivent leur carrière
Hiérarchie oblige au monde des pédants

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Lents comme tortue, agités comme lièvre
M’ignorant superbement en vidant leurs verres
Traces coulissantes aux commissures des lèvres

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Dévorant goulument des petits canapés
Comme si depuis des jours ils n’avaient rien mangé
Eux qui se nourrissent pourtant aux buffets ouverts

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Gommés des titres ronflants du vide de leur vie
Rongés par l’ambition à jamais inassouvie
Comme une bande de loups entrant dans un pré vert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Souffrant de les envier avec au cœur la honte
De tous ceux qui se savent condamnés
Par la justice inexorable des archontes

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux à qui pour rien au monde je ne veux ressembler
Mais la mort dans l’âme de quand même les envier
Comme je suis médiocre ! Comme ils sont vulgaires !

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux que je déteste autant que je me hais
Mais en voilà assez pour l’heure je me tais
Car il est temps pour moi de quitter cet enfer

À ma dernière heure

À ma dernière heure,
Je tournerai mon regard à l’intérieur de moi
Et je me demanderai, pour la première et la dernière fois :
Pourquoi ai-je vécu en fin de compte?
Et, dans un dernier souffle,
Je me désolerai de la seule réponse qui me viendra à l’esprit :
Pour rien.

Et j’accueillerai la fin de ma vie,
Qui n’a pas su tenir sa promesse,
Comme une libération.
De toi seule j’apporterai une caresse.
De toi seule je retiendrai le nom.

Les larmes

De ta lettre trop tard envoyée
Je n’ai pas compris les mots
D’amour sur le papier couchés
Ta promesse d’un temps nouveau

Car aveuglé par le soleil couchant
Je n’ai pas vu le soir mourir
Et avant que ne vienne la nuit
Je t’avais déjà trahie…

Et j’ai pleuré…

Les larmes de la honte sont de celles qu’on retient
Chargées de sel comme les eaux des mers mortes
Elles sèchent vite, trop vite
Que pourraient-elles bien féconder ?
Les terres qu’elles baignent sont depuis longtemps désertées.

Puis je suis rentré au pays
Où tu m’attendais vêtue de noir
En deuil de ta mémoire
Et de nos amours enfouies

Car j’ai dû te refuser
Ce qu’à l’autre j’avais promis
Et du projet de rester amis
Il n’en est plus rien resté

Tu as pleuré…

Les larmes qui coulent sur ta joue
Et coulant forment un collier de perles dans ton cou
Sont-elles les larmes de l’amour ?
Se moquant des jours, des mois, des années
Elles sonnent le glas de notre amitié.

Puis les années ont passé
Et les larmes plus jamais n’ont coulé
Autrement qu’en torrent dans mon coeur éploré
Que seule ma fin prochaine pourra endiguer

Le fleuve indifférent

fleuve_2014-01Mon frère est parti. Je suis au bord de l’eau où je suis venu en vélo. Il fait chaud. Je regarde le fleuve qui coule devant moi, indifférent aux malheurs du monde. Je pense à la Syrie, je pense à l’Irak, je pense au Bangladesh, trois pays maudits par les dieux. Je pense aux pauvres, aux déshérités, à ceux qui subsistent dans les fosses à déchets de Nairobi ou de Calcutta. Je pense à tout cela en me disant « Que puis-je faire? » tandis que le fleuve coule devant moi, indifférent aux plaintes incessantes de la planète. Puis je pense à Gaza, je pense à la Libye, je pense à Centrafrique. Je pense à tout cela en vain, assis en face du grand fleuve qui coule devant moi.

Mon amie m’a quitté. Je suis au bord de l’eau où je suis venu à pied via le cimetière au fond duquel mes parents reposent en paix. Il fait froid. Je regarde le fleuve qui coule devant moi, indifférent aux troubles qui m’agitent. Je pense à ma belle amie, je pense à ses promesses d’amour, je pense à son engagement rompu. Je pense à son corps qu’elle a donné à l’autre. Je pense à tout cela en me disant « Que vais-je faire? » tandis que le fleuve coule devant moi, indifférent à mes plaintes oisives. Puis je pense à mon père parti trop tôt. Et à ma mère qui nous a quittés dans la souffrance. Je pense à mes frères, à ma sœur, à mes amis. Je pense à tous ceux que j’ai perdus pendant que, devant moi, coule le fleuve indifférent.

Au milieu de mes souvenirs

À Pierre Serge Gagnon avec lequel j’aurais pu partager
de nombreux souvenirs, si seulement, si…

 

Je me tiens debout au milieu de mes souvenirs
Relisant les mots tendres, les mots si gentils,
Les paroles de ces hommes et femmes qui, pour la plupart,
M’ont oublié, abandonné et trahi.
Je les ai pourtant aimés, ces amis.
Pour eux, je me suis donné sans compter
Dans un élan de fraternité…
Mais aussi… je les ai tenus loin de moi, à l’écart.
Pendant des années de vie, loin, dans d’autres pays.
Voilà pourquoi je ne peux pas leur en vouloir.

Je me tiens debout au milieu de mes souvenirs.
Pourquoi ai-je entrepris de trier, d’archiver
Toutes ces images dont personne n’a cure ?
Il y a longtemps qu’elle est terminée, l’aventure.
Il y a longtemps que la source s’est tarie
Que faute de bois le feu est devenu cendre.
Et moi, tout comme les rêves de décembre,
Vifs, froids, il ne me reste plus qu’à mourir.

Je me tiens debout au milieu de mes souvenirs.
Des éclats de jeunesse encore bondissent sur ma peau
Fanée, ridée, usée par les mois et les années.
Et, vieux déjà, je me tiens debout devant le miroir.
À qui, sinon à moi-même, pourrais-je en vouloir ?
Peut-être à ceux qui ont refusé de me voir
Et qui ne m’ont ouvert ni leur cœur ni leur porte
Alors que je ne cherchais qu’une oreille attentive
Pour écouter en silence mes plaintes vives
Et atténuer ainsi ce désespoir qui me porte.

Je me tiens debout au milieu de mes souvenirs
Fuyant du même coup mon passé et ma peine,
Et le regard posé sur tous ceux que j’aime
Je renonce à hier, lui préférant demain
Mais je ne vois plus rien au bout du chemin
Que le vide immense au-delà du mur devant lequel je me tiens.
Alors je me retourne vers l’arrière
Là où sont réunis mes souvenirs au milieu desquels je me fonds
Et vers eux je me laisse glisser
Comme dans un puits sans fond.

Je me demande (Wondering)

Des profondeurs je m’élèverai
Les yeux grand ouverts dans l’obscurité
Et même si le souffle vient à me manquer
Je sais que je survivrai…

Attends ! Je sens qu’on se rapproche de moi
Pourquoi vois-je si trouble dans la lumière ?
Serait-ce ta voix que j’entends? Est-ce toi ?
Pourquoi tout cela n’est-il pas plus clair ?

Ah ! Quelle indicible douleur…
En mon corps et mon âme – irrationnelle !
Je surnage au milieu de mes peurs
Dans l’eau agitée d’une mer irréelle

Puis je sens enfin ta présence
Alors mon coeur éclate dans un tourbillon de joie
Est-ce à mon tour de briser le silence ?
Est-il déjà temps pour moi de faire un choix ?

Je sais que vers toi je reviendrai
Tout comme je suis, je vis, je meurs
Et qu’un jour viendra mon heure
Au bout du chemin de te retrouver

Je jure que je passerai à travers
Avec mes mains te cherchant dans la nuit
Avec mes yeux collés à la surface du verre
Je parviens enfin à te voir, le regard ébloui

Alors que tu tiens debout au centre de l’univers
Je doute, je doute encore… malgré la lumière
Et je me demande si tout cela est bien vrai.
Oui je me demande… si tout cela est bien vrai.

 

Ce poème est très librement inspiré de la chanson Wondering, parole et musique de Peter Hammill, leader du groupe Vandergraaf Generator (album World Record, 1976)