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Pierre Flynn en Octobre

OctobreDès l’âge de seize ans, Octobre a toujours été « mon » groupe. Un groupe automnal, comme l’indique son nom, qui participait à mes blues d’adolescent à l’approche de l’hiver. À partir du milieu des années 1970, avec mon ami pointelier Sylvain Boulet, j’ai écumé toutes les salles de spectacles du grand Montréal pour assister à plus d’une vingtaine de concerts d’Octobre. Je connaissais tellement le comportement du groupe sur scène que je me régalais d’avance de certains passages au clavier de Pierre Flynn, à la basse de Mario Légaré, à la batterie de Pierre Hébert, et même des moqueries à l’endroit du guitariste Jean Dorais, un excellent guitariste au demeurant, sans doute un des plus grands guitaristes rock du Québec.

Octobre reposait beaucoup sur l’âme de Pierre Flynn qui a composé les musiques et écrit la plupart des textes des chansons du groupe. Toutefois, on ne doit surtout pas minimiser la qualité exceptionnelle de chacun des musiciens. D’ailleurs, le bassiste (Mario Légaré) et le batteur (Pierre Hébert) ont joué pour plusieurs formations musicales par la suite. Quant à Jean Dorais, si j’en crois Wikipédia (2015), il aurait choisi une autre voix après la dissolution du groupe en 1982. C’est bien dommage…

Il est difficile de comparer le groupe Octobre avec les groupes musicaux de la même époque. Octobre n’était pas un groupe nationaliste et, en dépit de son nom à consonances sociales (la Crise d’octobre, la Révolution d’octobre, etc.), il ne s’agissait pas d’un groupe militant en faveur d’une orientation politique. En effet, pendant que la plupart des groupes et artistes surfaient sur la vague en chantant le bonheur de vivre au Québec en rêvant d’en faire un pays, Pierre Flynn chantait Voyage en mer et Le grand départ. Partir est le leitmotiv de très nombreuses chansons d’Octobre… Fait assez inusité : Pierre Flynn ne rêvait que de partir, lui, même s’il n’a jamais – sauf erreur – quitté le Québec…

À l’instar de plusieurs groupes québécois, Octobre a fait peu de disques. Cinq en tout : Octobre (1973), Les nouvelles terres (1974), Survivance (1975), L’autoroute des rêves (1977) et Clandestins (1980), un album fait sur le tard que je connais assez peu, je le confesse. Entre L’autoroute des rêves et Clandestins, il y eut un album enregistré en spectacle – un spectacle que j’ai vu, d’ailleurs, dans une salle à Outremont en 1978.

Aujourd’hui, les disques d’Octobre sont difficiles à trouver mais, à la toute fin des années 1980, on a mis sur le marché une compilation de deux disques : Octobre 1972-1989. À cette compilation, assez complète au demeurant, manque une très grande pièce, une chanson que Pierre Flynn appréciait particulièrement, j’en suis convaincu, mais dont la critique a mal comprise : Le grand départ (L’autoroute des rêves, 1977).

Cinq disques en dix ans, c’est bien peu… Certes, Pierre Flynn a poursuivi une carrière en solo et, ce faisant, nous a offert quelques très bonnes chansons, mais il n’en demeure pas moins que le groupe n’est plus… À mon humble avis, le meilleur album d’Octobre est sans contredit Les nouvelles terres, un disque qui me manque… même si plusieurs pièces figurent dans la compilation de 1990. Survivance suit de près avec deux magnifiques pièces : L’oiseau rouge et Voyage en mer., J’ai toujours pensé que Voyage en mer était la chance préférée de Pierre Flynn qui, sur scène, la chantait avec beaucoup de conviction, cette chanson qui se termine par :

Sortir de vos sentiers battus
Pousser nos désirs jusqu’au bout
Hurler dans vos oreilles jusqu’à mourir

Je le répète, Octobre n’a jamais été un groupe nationaliste et Pierre Flynn n’a jamais chanté le pays à venir… mais il n’a cessé de parler à l’humain en nous, à celui qui cherche un sens aux choses, celui qui nous invite à faire de notre vie une aventure loin, aussi loin que possible, du morne quotidien. Dans Insurrection (L’autoroute des rêves, 1977), Pierre Flynn dit: « Un jour nous serons nus au soleil / Et cette chanson n’aura plus de sens ». Malheureusement, elle continue à faire sens, cette chanson… car l’insurrection intérieure constitue toujours une priorité pour tout homme sensé.

Quand Octobre revient, je pense à Pierre Flynn, cet artiste qui fut si présent pendant les années les plus marquantes de ma vie. Et s’il me reste encore un peu de fierté d’appartenir à ce pays, c’est à lui que je le dois.

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Françoise Hardy : Mon amie la rose (1965)

Seize ans après le Déclin de l’empire américain (1986), Denys Arcand réalise Les invasions barbares (2003), un film qui réunit les mêmes personnages que le Déclin et qui, comme celui-ci, connaît le succès au Québec et ailleurs dans le monde. Dans Les invasions barbares, Arcand décrit les méandres de l’agonie de Rémi, un professeur d’histoire assez porté sur la chose qui, atteint d’un cancer incurable, vit ses derniers moments. Ne nous attardons pas sur cet excellent film pour nous consacrer sur sa fin qui nous montre Rémi alité, entouré de ses amis. Là, devant les yeux ébahis de ses camarades, il raconte que, pendant toute sa vie, il s’est endormi le soir avec, dans son lit, les plus belles femmes du monde. Parmi ces femmes, le nom de Françoise Hardy figure en tête de liste. C’est d’ailleurs sur la chanson L’amitié que se clôt ce film, une fort jolie chanson, d’ailleurs, un véritable hommage à l’amitié, cette forme privilégiée de la relation humaine.

François Hardy représente à mes yeux l’archétype de la féminité française telle qu’on se l’imaginait à la fin des années 1960. À l’âge de douze ans, je pensais aussi à elle, le soir, avant de m’endormir. Plus tard, à l’âge adulte, j’ai fini par l’oublier comme on oublie toujours, ingrats que nous sommes, nos premières amours pour les remplacer par d’autres qui, en fin de compte, n’en valent pas vraiment la peine. Puis elle a fini par épouser Jacques Dutronc, ce qui a vraisemblablement eu pour effet de décourager les amoureux les plus tenaces…

En toute honnêteté, à l’exception de Tous les garçons et les filles de mon âge, je ne connais pas bien les chansons de François Hardy. Après le visionnement des Invasions barbares, j’ai écouté L’amitié sur YouTube, de même que Voilà. Mais c’est Mon amie la rose qui retient toute mon attention. Après plusieurs écoutes, c’est celle-ci que j’ai envie de partager avec vous. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il s’agit d’une chanson étonnante pour une jeune fille d’à peine vingt ans, assez superficielle au premier abord. Étonnante parce que Mon amie la rose aborde le thème, assez rare dans la chanson de variété, du vieillissement et de la mort. Voici ses dernières strophes :

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j’ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait
Crois celui qui peut croire
Moi, j’ai besoin d’espoir
Sinon je ne suis rien
Ou bien si peu de chose
C’est mon amie la rose
Qui l’a dit hier matin

Étonnant – n’est-ce pas? – de regarder une jeune femme, qui a toute la vie devant elle, chanter qu’elle est bien peu de chose et qu’elle finira poussière… Du coup, elle me plaît à nouveau, cette Françoise Hardy.

Je vous invite à écouter Mon amie la rose, cette jolie chanson composée par Cécile Caulier et Jacques Lacombe en 1964.