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L’humanisme, une croyance

Je n’aime pas dire que je suis athée. Je n’aime pas dire ça en raison du fait que cela contrevient à un principe taxonomique fondamental : on ne définit pas un objet parce ce qu’il n’est pas. Or, le signe privatif « a » m’embête parce qu’il me définit par rapport à des croyances que je ne partage pas. Alors, au lieu de me dire athée, je préfère dire que je suis humaniste. Je sais, il y a des humanistes chrétiens… voire musulman. Mais j’adopte une approche très stricte de l’humanisme qui, par définition, place les croyances religieuses au second plan de mes préoccupations. Bref, l’essentiel n’est pas là…

Qu’est-ce que l’humanisme ? Il s’agit d’un ensemble de valeurs centrées sur l’être humain. En cela je postule que la vie humaine constitue la valeur suprême, la valeur fondamentale qui devrait être partagée par l’ensemble des croyances de la planète. Bref, rien de plus sacrée que la vie. Malheureusement la plupart des religions ne partagent pas cette valeur, elles qui placent le sacrifice humain en haut de leur échelle de valeurs. Ne voit-on pas chaque jour des kamikazes qui meurent pour leur Dieu ? Des musulmans, certes, mais pas seulement.

L’humanisme n’est pas étranger à la foi, la foi en l’avenir des hommes et des femmes dans leur combat pour l’avènement d’un monde plus juste. Si Dieu dans l’Ancien Testament se définit par « celui qui est », cet être universel n’est pas incomparable avec l’humanisme. On peut donc être humanisme tout en s’exerçant à une spiritualité. Mais cette spiritualité n’est pas basée sur un ensemble de dogmes encadrés par des rites, mais sur l’étude et la recherche.

Dans l’Évangile de Thomas, un texte apocryphe, on peut lire (loggion 2): « Jésus a dit : Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; et quand il aura trouvé, il sera bouleversé et, étant bouleversé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout. »
Le tout ici n’est peut-être rien d’autre que l’acceptation de notre finitude, et le fait que tout homme sensé doit se préparer un jour ou l’autre à faire le grand saut dans le Néant. Toutefois, avant de faire ce saut, il cherche à comprendre… car tout humaniste postule que les hommes et les femmes ont ce qu’il faut pour exercer leur libre arbitre, leur jugement. Ils ont les ressources en eux permettant d’accomplir leur destin, peu importe la religion qu’ils ont adoptée en fonction de la région du monde dans laquelle ils sont nés.

J’ai écrit plus haut que l’humanisme est un ensemble de valeurs. En cela, il constitue une croyance, un projet, un souhait. Fasse le ciel qu’il se réalise.

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Frère François : Comme une flûte de roseau

garonTu es mort en plein hiver dans un pays où l’hiver n’existe pas. Il est vrai que tu n’as jamais fait pas les choses comme tout le monde. Déjà, en ta jeunesse, tu prétendais avoir désappris à l’école, d’être tombé malade à l’hôpital, d’avoir cessé de croire en Dieu à l’église. Tu n’étais pas comme les autres. La vie, telle que vécue par tes parents et amis, ne te convenait pas. Il te fallait autre chose. Des réponses à tes nombreuses questions sur le sens de la vie. Car il te fallait du sens. Un sens à tout prix. Alors un jour, tu as fait ton baluchon et, quittant parents et amis, tu es parti sans te retourner, sans trop pourquoi. Tu as pris simplement la route vers l’ouest jusqu’à Vancouver et, une fois sur place, tu as mis le cap plein sud sur la Californie, là où il faisait chaud, là où il faisait soleil, là où il y avait peut-être quelque chose qui se rapprochait d’un quelconque absolu auquel tu aurais pu t’accrocher. Après, personne ne sait, du moins personne ne savait avant que ta sœur Anne écrive ce bouquin sur lequel je suis tombé par hasard. Après tu es entré dans une secte pour laquelle tu prêchais de ville en ville pour cet homme appelé « révérend ». Quelques années plus tard, tu es revenu au pays. Pour tes amis, tu étais devenu bizarre… je veux dire: encore plus bizarre qu’avant. En raison de certaines circonstances indépendantes de nos volontés respectives, nous avons cessé de nous voir, mais jamais je n’ai cessé de penser à toi.

Au début de la trentaine, je t’ai retrouvé dans les couloirs de cette université pour laquelle je travaillais. Tu étudiais la théologie dans l’espoir de joindre les rangs d’une communauté religieuse. Nous discutions souvent dans un coin de la cafétéria. Un jour, je suis parti à mon tour, sans doute pour des raisons assez similaires aux tiennes. Toi, pendant ce temps, tu entrais chez les Franciscains de l’Emmanuel, faisant vœux de grande pauvreté. Tu as pris la décision de consacrer ta vie à ta quête d’absolu, trouvant sans doute un réconfort à te préoccuper des autres, un moyen comme un autre de s’oublier soi-même. Je ne t’ai jamais revu… jusqu’à ce jour de janvier 2012 où j’ai aperçu ta photographie dans les pages nécrologiques de La Presse. Je t’ai reconnu du premier coup d’œil malgré les années passées, malgré la mauvaise qualité de l’image. Ton regard était le même : des yeux étonnés sur un monde en quête d’absolu.

Frère François, je n’ai jamais cessé de penser à toi. Toi le mélomane, toi le musicien, toi l’étrange ami qui m’a plus d’une fois réconforté quand j’entrais avec difficulté dans l’âge adulte. Frère François, il n’y a pas de dieu, il n’y a pas d’absolu, mais je te retrouverai dans la mort, bien au-delà du monde pour lequel j’éprouve, tout autant que toi, un sentiment d’insatisfaction.

Merci mon frère, adieu l’ami.

Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur cet ami disparu, sa sœur Anne Garon a fait paraître un ouvrage en 2015 aux éditions Novalis. Pour vous dire la vérité, ce témoignage tient davantage de l’hagiographie que de la biographie, même si cela demeure un hommage sublime au frère qu’Anne a perdu trop tôt. Moi qui ai fréquenté François pendant les années cruciales de mon existence, cet ouvrage a une résonance toute particulière. Je l’ai dévoré en un seul jour tellement j’avais faim de mon ami disparu. Il y a longtemps que je ne vais plus à la messe, mais aujourd’hui je constate que l’hostie que l’on avalait à l’église était du même ordre…

Anne Garon, Comme une flûte de roseau. Novalis, 2015. Ouvrage disponible sous forme papier ou numérique.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

coverLe Petit Robert (1987) définit la pauvreté par « l’état d’une personne qui manque de moyens matériels, qui manque d’argent ». Le dictionnaire relate aussi l’insuffisance de ressources pour préciser cette notion qui repose essentiellement sur le concept de manque, sur ce qu’on n’a pas en comparaison avec ce qu’on pourrait ou devrait avoir.

Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec cette vision trop étroite de la pauvreté. Après tout, je suis originaire d’une famille pauvre qui a vécu dans un quartier pauvre au milieu de voisins et amis qui étaient aussi pauvres que nous. Puisque nous étions tous pauvres, nous n’avions pas nécessairement l’impression d’être en état de manque. Cela s’expliquait sans doute par le fait que, contrairement aux pauvres d’aujourd’hui, nous ne partagions pas la vie quotidienne de ceux qui possédaient toutes ces choses que nous ne pouvions acquérir, même en rêve. En conséquence, l’élément comparable – les possédants – faisait pratiquement partie de notre imaginaire, un monde presque inaccessible tant nous vivions renfermés sur nous-mêmes avec notre culture, nos valeurs et nos traditions religieuses. Si on ajoute à cela que ces possédants parlaient une langue étrangère, on comprendra mieux que la distance qui nous séparait d’eux s’avérait quasiment infranchissable.

Depuis lors, à l’instar de la plupart des pays occidentaux, le Québec a bien changé et, depuis les années soixante, grâce à l’accès au crédit à la consommation, les enfants des ouvriers se sont hissés au niveau de la classe moyenne, laquelle regroupe dorénavant la majorité de la population. Une population endettée, certes, mais qu’on ne peut plus qualifier de pauvre. Aussi la pauvreté constitue-t-elle un phénomène marginal, et ceux qui en font partie – les pauvres – sont des proscrits qu’on préfère tenir à l’écart. Récemment, dans un quartier de Montréal, plusieurs propriétaires ont porté plainte suite à l’annonce de la construction d’un immeuble dédié aux logements sociaux : la proximité de ces pauvres allait diminuer la valeur de leurs propriétés…

Alors, qu’en est-il de la pauvreté aujourd’hui ? Cette question, je n’ai cessé de me la poser tout au long des mes séjours aux Comores et au Cap-Vert (1988-1994), dans ces pays où les gens sont pauvres comme nous-mêmes nous l’étions dans certains quartiers de Montréal dans les années 1950. En clair, cela signifie que, tout comme nous, ils avaient à manger, sans pourtant être en mesure de s’offrir certaines choses au quotidien ; qu’ils étaient logés, sans pour autant posséder les meubles les plus chics ; qu’ils pouvaient permettre à leurs enfants d’aller à l’école, même si les études supérieures exigeaient un lourd sacrifice pour les parents. Surtout, comme nous-mêmes, malgré leur pauvreté, ils faisaient partie prenante d’une civilisation dans laquelle, collectivement, ils se reconnaissaient, partageant un ensemble de valeurs collectives qui leur permettaient de vivre dans une relative dignité.

Aujourd’hui, la pauvreté a changé de visage ; elle arbore maintenant des aspects extrêmes : des sans-abris, des familles disloquées, des enfants abandonnés, etc. En fait, la pauvreté frappe de plein fouet ceux qui ne disposent d’aucune structure de pensée pour soutenir leur existence, pour guider leurs actions. Autrement dit, la pauvreté est d’abord culturelle – culture étant pris ici dans son sens originel, soit celui de civilisation. La pauvreté n’est plus tant économique que sociale. Elle est le lot des laissés pour compte, des toxicomanes, des hommes ou des femmes en situation de chef de famille monoparentale, un concept utile pour ceux qui cherchent à masquer le phénomène de plus en plus inquiétant de l’abandon des enfants par leurs parents, particulièrement par leurs pères. Bref, les pauvres d’aujourd’hui sont les victimes d’une civilisation qui a rompu avec ses fondements.

Mais ces pauvres sont-ils autant démunis que ceux que l’on retrouve aux Comores, au Cap-Vert ou dans un quelconque pays du Sud ? Je ne le crois pas… car, à mon avis, les seules personnes vraiment victimes de la pauvreté, en état de manque quasi permanent, sont les personnes âgées qui ne sont plus en mesure de générer des revenus pour survivre et qui sont, la plupart du temps, abandonnés par leur famille. Ceux-là sont vraiment pauvres… au point d’en mourir. L’écrivain français J.M.G. Le Clézio, prix Nobel de littérature en 2008, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Dans un entretien qu’il accordait au Magazine littéraire en novembre 2008 (p. 99), il disait : « Je pense qu’il est difficile d’imaginer pire chose que la détresse d’une personne âgée, seule dans une ville, vivant presque sans rien, dans un taudis […] On retrouve régulièrement des gens de 70-80 ans, morts de faim, dans des réduits insalubres, qui n’ont pas osé demander de l’aide ». La canicule de l’été 2003 en France lui a donné raison : on retrouva, une fois la situation climatique revenue à la normale, des centaines de vieux morts dans des appartements parisiens. Personne ne s’était inquiété d’eux.

Quant aux autres, les pauvres des sociétés occidentales, je persiste à déclarer que leur pauvreté est d’abord et avant tout culturelle, un manque qui les empêche de vivre dans la dignité. J’entends le bruit de ceux qui s’apprêtent à monter aux barricades. Qu’ils y montent… J’ai vécu avec moins de 1 000 dollars par mois de 18 à 37 ans. Je n’avais alors ni maison ni voiture ni meuble dignes de ce nom, mais je n’étais certes pas pauvre… Je vois maintenant des jeunes, avec tous les gadgets électroniques en vogue, qui s’enfoncent irrémédiablement dans la pauvreté, ces jeunes dans des quartiers près de chez nous… à l’ombre des écoles, des bibliothèques et des musées qu’ils ne fréquentent pas. Alors, je pose la question : comment peut-on être pauvre quand on a un ordinateur à la maison et un smartphone dans sa poche ? Comment peut-on être pauvre quand on a au bout des doigts Wikipédia, Gallica, BanQ, etc. ?

Si manger n’est pas un problème, vivre en est un, assurément, et la pauvreté revêt un autre visage. Un membre d’une famille africaine, malgré le manque matériel, vit indéniablement mieux qu’un ressortissant d’une famille disloquée d’un quartier « sensible » d’une société occidentale.

Le manque est ailleurs ; la pauvreté aussi.

Texte extrait de Ces mots qu’on ne cherche pas / Daniel Ducharme. ÉLP éditeur, 2014, 3,49 € – 4,5 $. Disponible sur toutes les plateformes.

Tenir un blogue ou pas : autre conseil à un ami retraité

à Pierre R.

Il y a quelque temps, j’ai fait paraître un billet sur la question de l’écriture : Écrire ou pas. Rédigé à l’intention d’un ami récemment à la retraite, il a connu un certain succès. Je réitère aujourd’hui avec un second billet, toujours à l’intention de cet ami. Mais je rappelle toutefois à cet ami, comme à tous les lecteurs de ce modeste blogue, que personne n’est obligé d’écrire ou de tenir un blogue. Chacun sa voie vers la réalisation de soi-même.

Aujourd’hui, tout auteur en herbe peut commencer par tenir un blogue. Je tiens celui-ci depuis septembre 2013 avec un billet chaque jeudi, pas moins, pas plus. Je pense que tenir un blogue s’avère une excellente idée pour quiconque a envie de livrer quelque chose au monde, même s’il n’est lu que par une cinquantaine de personnes, même si son initiative se perdra au milieu de millions d’autres… Selon Wikipédia.fr, il y aurait entre dix et quinze millions de blogues en France. Il ne s’avère donc pas facile de se démarquer dans cet océan de mots…

Avant de débuter un blogue toutefois, je vous conseille de suivre les étapes suivantes :

1- Choisissez la plateforme sur laquelle vous souhaitez travailler. WordPress et Blogger (Google) sont sans doute les services de blogging les plus courants. Chacune de ces plateformes ont des avantages et des inconvénients. Personnellement, j’utilise WordPress pour ce blogue, et Blogger pour mes activités professionnelles. Bref, choisissez une plateforme, créez votre blogue en lui attribuant un nom et, bien entendu, fermez-le au public pour le moment. Tant que vous ne serez pas prêt, personne ne pourra voir votre blogue sur le Web. Par la suite, si vous croyez tenir le coup, vous achèterez le nom de votre domaine (une vingtaine de dollars par année), bien que cela ne soit pas indispensable.

2. Déterminer la périodicité des publications, des « posts », car le succès d’un blogue repose sur sa régularité. Donc, si vous optez pour un billet le 1er et le 15 de chaque mois, comme Ysengrimus de Paul Laurendeau, alors tenez-vous en a ce rythme. N’oubliez jamais que, si des centaines de blogues naissent chaque jour, il y en a autant qui meurent…

3. Avant de lancer votre blogue, assurez-vous d’avoir cinq ou six billets en banque, et quelques-uns en réserve au cas où vous n’aurez pas le temps d’en écrire. Encore une fois, il s’agit de tenir le rythme afin de ne pas perdre votre lectorat. Rien de frustrant pour un lecteur que de découvrir que nous n’avez rien « posté » depuis cinq ou six semaines… En pareil cas, il ne reviendra pas de sitôt vous visiter.

4- Toujours avant le lancement officiel de votre blogue, rédigez avec le plus grand soin possible votre « à propos de… ». Ce texte, qui se retrouve sur une page fixe (et non en billet antéchronologique), constitue votre présentation officielle. Présentation de vous-même, d’une part, et présentation de l’objet de votre blogue, d’autre part. Il importe que le lecteur trouve réponse aux questions suivantes : Pourquoi ce blogue ? Quelles sont vos intentions en le diffusant ? Personnellement, je trouve un peu frustrant de ne rien savoir de l’auteur d’un blogue… À moins que vous souhaitiez tenir un blogue résolument intimiste (en pareil cas, pourquoi ne pas l’ouvrir sur abonnement seulement), l’anonymat n’est pas de mise : vous devez assumer la portée de votre œuvre. Mais je sais que cette question peut faire l’objet d’un débat… alors je n’irai pas plus loin.

5- Dans le même ordre d’idée, prenez le temps de bien structurer votre future blogue, d’organiser vos billets en catégorie (WordPress) ou en libellé (Blogger). Vous devez aussi sélectionner un modèle (gabarit) et tenter de le personnaliser, notamment en y apposant une image susceptible de représenter votre blogue.

6. Établissez un lien entre votre blogue et vos comptes Twitter et Facebook, histoire d’augmenter votre audience. En effet, il est devenu relativement simple d’établir un lien direct entre vos comptes WordPress ou Blogger et vos médias sociaux. Cela vous évite d’aller le faire vous-même à chaque fois…

Bon, vous êtes prêt ? Alors, allez-y… exprimez-vous !

Dealer

coverDealer est un mot anglais qui désigne en français ce sous-produit du genre humain, cette sorte d’excroissance nauséeuse, ces déchets sur pied qui fleurissent à l’ombre des villes, bref, comme l’indique en toutes lettres le Petit Robert (1987), le revendeur de drogue. Le dealer tue des gens. Pas comme le tueur violent. Pas comme le voleur maladroit qui, au moins, a l’excuse des circonstances. Non, il les tue de manière indirecte, lente, causant la déchéance de ses victimes grâce auxquelles il s’enrichit. Et pour s’enrichir davantage, il les maintient en vie le plus longtemps possible. La déchéance des hommes et des femmes sous l’emprise des dealers peut prendre plusieurs formes : prostitution de rue, vol à la tire, etc. Certains vont même jusqu’à devenir des dealers eux-mêmes pour continuer à consommer, devenant ainsi des victimes qui vivent sur le dos d’autres victimes, le tout culminant dans un cercle aussi vicieux qu’infernal. Les dealers sont des morts en sursis car, heureusement pour nous, ils ne vivent jamais très longtemps.

Si les dealers se contentaient de mourir avant l’âge de trente-cinq ans, nous pourrions encore pardonner leurs activités iniques. Malheureusement, ils laissent trop souvent derrière eux des enfants qui n’ont rien demandé et qui, à cause d’eux, sont élevés sans amour parental dans des institutions publiques ou des familles d’accueil. Et cela, c’est le plus grand drame que puisse vivre un être humain.

Moralité (qui n’en est pas vraiment une puisque le fait s’avère indéniable) : ceux qui achètent de la dope à un dealer encouragent le commerce illicite de ce dernier et œuvrent au maintien d’un système organisé dont la fin ultime est l’argent, rien d’autre, et a pour conséquence la déchéance de la condition humaine.

Texte extrait de Ces mots qu’on ne cherche pas / Daniel Ducharme. ÉLP éditeur, 2014, 3,49 € – 4,59 $ à à la librairie 7Switch.com

Paul Laurendeau : L’islam et nous les athées

cover_laurendeau_islamEn écrivant L’islam et nous les athées, Paul Laurendeau n’a jamais eu l’intention d’offrir au public un ouvrage de type encyclopédique sur l’islam. Pourtant, tout au long de cet ensemble de textes non exhaustifs qui composent cet essai, l’auteur s’adresse à ceux qui n’en connaissent pas grand-chose, c’est-à-dire nous-mêmes, les occidentaux, ceux qui s’inscrivent dans ce « nous » de L’islam et nous les athées, même si certains d’entre nous ne sont pas athées par conviction, mais plutôt par habitude, par paresse métaphysique, aurais-je envie d’ajouter. Un Occidental peut-il se pencher sur une religion autre que celle qui passait dans la région au moment de sa naissance pour l’expliquer à ses semblables ? Oui, bien entendu… et, si cet individu s’avère ouvertement athée, comme c’est le cas de Paul Laurendeau, il risque de le faire davantage avec respect qu’un catholique, par exemple, qui chercherait à établir des comparaisons là où il n’est sans doute pas possible d’en faire.

Dans L’islam et nous les athées, Paul Laurendeau nous parle de l’islam autrement, sans concession mais respectueusement. Comme un athée, justement… Il présente ce qu’un occidental éclairé devrait minimalement savoir de l’islam et, à ce titre, apporte une contribution non négligeable à la connaissance de cette grande religion monothéiste présente dans la plupart des villes occidentales de ce siècle. Il porte un regard respectueux sur l’islam, sans discuter de la légitimité des croyances en cause. Pour lui, Mahomet, ses épouses, ses filles et les premiers califes sont des figures historico-légendaires absolument remarquables, tragiques, puissantes, quasi shakespeariennes. À travers elles, il devient possible de mieux comprendre nos compatriotes musulmans, de la même façon que l’on comprends mieux nos compatriotes anglo-saxons à travers notre découverte de leur compréhension d’un roi écossais (Macbeth), d’un prince danois (Hamlet), d’un général romain (Jules César) et de deux jeunes amoureux de Vérone (Roméo et Juliette).

Cet ouvrage s’adresse d’abord aux occidentaux parce que nos réflexes culturels au sujet de l’islam sont soit inexistants, soit totalement conditionnés par les préjugés et la propagande. Ces réflexes conditionnés sont un peu inévitables, mais il est possible de renverser la tendance en proposant une lecture humaniste de l’islam. C’est entre autres ce que l’auteur de cet essai se propose de faire. En le lisant, vous découvrirez que les émotions et les réflexions que l’islam peut encore apporter, aux gens exempts de religion, sont très intéressantes, si on a la présence d’esprit de les capter dans l’angle philosophique approprié. Et ça, nous devons en parler, plus que jamais aujourd’hui, avec un esprit libre et sans condescendance civilisatrice aucune.

Aux musulmans qui liront ce livre, l’auteur dit ceci : On peut respecter des croyances et s’y intéresser profondément, sans les partager. Mahomet et Khadîdja appartiennent au monde entier. Quand une culture influence aussi profondément la pensée universelle comme le fait l’islam, eh bien, elle attire éventuellement l’attention de ceux qui ne s’y soumettrons jamais mais s’inspireront quand même de son rayonnement, de sa portée intellectuelle et pratique, de sa sagesse, et voudront mieux la connaître et la faire connaître pour mieux vous comprendre vous, compatriotes musulmans, dont nous sommes pleinement solidaires.

Découvrons-nous les uns les autres. Voilà en substance le message que porte cet ouvrage essentiel pour ce siècle. Ouvrage qui tient de l’essai, certes, mais qui s’avère aussi d’une beauté remarquable en certaines de ses parties. Vous verrez, les deux chapitres consacrés à Aicha sont d’un lyrisme époustouflant qui confine au sublime. L’islam classique à ses héros mythiques, comme les Juifs ont les siens. Et voilà que nous comprenons drôlement mieux le schisme des années conquérantes qui ont donné naissance aux Sunnites et aux Chiites.

Paul Laurendeau, mon ami, mon frère en cette humanité déraisonnable, contribue par cet ouvrage à l’édification de ce monde qui, singulièrement, manque tellement d’humanité.

L’islam et nous les athées s’avère sans contredit un ouvrage qui « nous » fait du bien.

Paul Laurendeau, L’islam et nous les athées, ÉLP éditeur, 2015, 3,49€ ou 4,99$, disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, sur 7Switch.

Descendance

Le mot “descendance” indique « le fait de descendre d’une personne, d’une famille » (Petit Robert 1987) et, à ce titre, est associé à la lignée, à la postérité.

La notion de descendance renvoie souvent au nationalisme, notamment au nationalisme québécois qui s’évertue à mettre en valeur la fierté des origines populaires du bon peuple. À mon avis, le nationalisme est une affaire de mystique collective, une question de foi. Pour fonctionner en tant qu’idéologie, il a besoin d’offrir aux citoyens une représentation plausible d’un TOUT dans lequel chacun puisse s’identifier. Cela explique sans doute les nombreuses déviances comportementales auxquelles ce phénomène peut être associé : le fascisme, le racisme, ou plus simplement, la xénophobie, ce rejet de l’étranger en tant qu’il ne fait pas partie du TOUT collectif.

Au Québec, le nationalisme a échoué. Les citoyens d’ici ont perdu la foi, car ils ne pensent qu’à assurer leurs arrières. On se demande d’ailleurs ce qu’ils ont à « assurer » puisqu’ils ne font plus d’enfants depuis trente ans. Quand on pense que cette bande de planqués que constitue la majorité des Québécois sont les dignes descendants des coureurs des bois, de ces gens qui partaient en canot pendant des mois, voire des années, à travers des contrées peuplées d’une mosaïque de tribus autochtones, qui partaient sans trop savoir où ils allaient et, surtout, sans savoir quand ils reviendraient, cela suffit à déconcerter les tenants purs et durs de la « descendance ».

Nous sommes devenus des planqués qui s’accrochent à la moindre parcelle de propriété que nous avons acquise grâce au sacrifice de nos aînés. Alors, dans ces conditions, il m’apparaît difficile de parler de descendance.

La notion de descendance, comme celle de racine, est à proscrire du vocabulaire de tout honnête homme au XXIe siècle. On doit lui préférer la notion d’origines, notion beaucoup plus conforme au phénomène des grandes migrations du siècle qui font de nos pays ce qu’ils sont.