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Croche

Croche n’est pas un mot considéré officiellement de langue française. Et pourtant, il est fort utile à ceux qui l’emploient dans leur vie quotidienne, notamment au sens figuré. Son emploi au Québec relève sans doute de ce que nous pourrions appeler l’aspect émotif de la langue.

Pierre Turcotte, c2017 : https://pierreturcotteart.blog/

Quand je vivais à Genève, je parlais un français dit « international » de manière à me faire comprendre du premier coup par mes collègues et par mes étudiants. Malgré ma bonne volonté d’intégration, il m’arrivait, parfois, après une mauvaise nuit de sommeil, de dire à mes collègues en arrivant au bureau que je me sentais tout croche. Alors, on se moquait de moi. « Eh, ce mot n’existe pas en français ! » me disait-on. « Mais, demandai-je, perplexe, comment dit-on qu’une chose n’est pas droite ? » Personne ne savait… et je trouvais alors que la langue française était bien mal faite… car, à mes yeux, aucune autre expression ne pouvait décrire mon état.

Me sentir croche signifiait que j’avais passé une mauvaise nuit, que je ne me sentais pas bien, physiquement ou moralement, que je n’étais pas d’équerre, comme disait ma mère. En raison de son image (une chose croche est une chose pliée, crochue, brisée), il parle tout de suite aux gens qui partagent une même culture. Bien entendu, en France ou en Suisse, ça ne passait pas, le mot croche n’étant employé que pour qualifier une note de musique. J’ai dû renoncer à l’emploi de ce mot, sauf que, de temps en temps, le Québec en moi ressortait au grand jour. C’était humain, j’imagine. Comme on dit, on peut sortir un gars du Québec, mais on ne peut sortir le Québec du gars. Cet adage un peu idiot est usité dans de nombreux pays…

Pour conclure, rappelons que le mot croche s’emploie aussi au Québec pour désigner une personne malhonnête, quelqu’un qui n’est pas net, quoi. Mais il s’avère néanmoins plus parlant quand on l’utilise pour ce qui est mal fait, ou fait n’importe comment, comme dans il travaille tout croche. Dans le cas illustré ci-dessus, c’est au sens figuré, bien entendu, que je l’avais utilisé.

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