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À propos du Sourire d’Hélène Châtel (Des nouvelles du bout de l’île)

Je n’ai pas l’habitude de faire la promotion de mes ouvrages. Je n’en ai pas l’habitude parce que j’éprouve une certaine pudeur à le faire. Se mettre soi-même en valeur n’est pas une chose évidente pour moi. Pourtant, depuis que j’ai adopté le service d’impression à la demande d’Amazon, j’ai écoulé trois fois plus de bouquins en version papier qu’en version numérique. Étrange, me direz-vous, parce que la version numérique coûte moins cher… Il faut croire que les gens tiennent encore à l’objet livre, qu’ils ne sont pas prêts encore à le remplacer en totalité par le numérique. Ce n’est pourtant pas mon cas : je lis presque exclusivement en numérique depuis l’achat de ma première liseuse Sony eReader à l’automne 2011. Et franchement, je lis encore plus qu’avant… Sans compter que mes lectures sont plus diversifiées aussi, plus éclatées. Et peut-être est-ce un effet de l’âge, mais « posséder » des livres ne m’intéresse plus. Nous vivons à l’ère de la location : les plate-formes de streaming pour la vidéo et la musique l’illustrent fort bien. C’est un peu la même chose pour le livre numérique : les livres achetés à la boutique Kindle ne vous appartiennent pas vraiment… et le service Kindle Illimited reprend le même principe des plateformes que Spotify pour la musique. Le monde a changé, et la manière de « consommer » de la culture aussi, même si certains artistes locaux en font les frais.

Je suis moi-même un artiste local… et, même si j’ai vécu à l’autre bout du monde pendant plusieurs années, mes écrits portent sur le bled dans lequel j’ai grandi, là où j’ai rencontré mes amis, là où j’ai vécu mes premières amours. Et Des nouvelles du bout de l’île en est l’incarnation directe avec ses quatorze textes dont la plupart sont basés sur des souvenirs qui, involontairement, remontent à la surface de la conscience du narrateur. En littérature, nous appelons ça une épiphanie.

Le premier texte de ce recueil en est une : Le sourire d’Hélène Châtel. Parmi les commentaires que j’ai reçus, celui-ci revient le plus souvent : Cette fille a-t-elle vraiment existé ? Est-ce vrai, cette histoire ? Pourquoi s’est-elle volontairement donnée la mort ? À toutes ces questions la réponse est oui, sauf pour la dernière. En effet, je ne saurai jamais pourquoi cette jeune fille, alors qu’elle avait à peine vingt ans, s’est tuée. À l’époque, une copine m’a dit que c’était le résultat d’une rupture brutale avec son amoureux. Euh… peut-être… mais je ne le sais pas et le saurai jamais.

Au début des années 2000, j’ai retrouvé sa sœur sur le Web. Elle travaillait comme infirmière dans un établissement dédié à la santé mentale. J’ai osé lui écrire… Elle m’a répondu, bien qu’elle ne se souvenait pas de moi. À sa décharge, je dois dire que j’étais un garçon timide et que je ne l’avais vue qu’une dizaine de fois au parc St-Jean-Baptiste à Pointe-aux-Trembles alors que je n’étais âgé que de douze et treize ans. Enfin… Après un échange de quelques courriels, elle n’a pas voulu me parler de la mort de sa petite sœur. J’ai compris que, même vingt-cinq ans plus tard, cette perte avait causé un traumatisme irrémédiable au sein de la cellule familiale. Je n’ai pas insisté.

Oui, j’ai connu Hélène Châtel, et cette nouvelle restitue l’essentiel de l’impression qui s’est imprégnée dans ma mémoire. Certes, je ne l’ai pas fréquentée beaucoup, et mon interaction avec elle s’est limitée à quelques phrases prononcées ici et là, et maladroitement la plupart du temps, mais jamais je n’ai pu oublier cette fillette, tellement son image s’est fortement gravée dans mon esprit. Dans la vie d’un individu, il y a des impressions comme ça : elles perdurent en nous jusqu’au dernier jour.

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Écrire est un sacerdoce

en plein travail de révision d'un manuscrit (1985, photo: Lyne DesRuisseaux)
En 1985, alors que je révisais un manuscrit (Crédit photo: Lyne DesRuisseaux)

Écrire un roman tient du sacerdoce, de l’oubli de soi au dépend d’un projet dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. Écrire aujourd’hui représente une forme supérieure d’abnégation. Tout comme l’Être heideggérien qui se manifeste dans son retrait, l’écrivain contemporain s’oublie lui-même pour mieux se retrouver. Écrire c’est partir de sa propre vie pour en créer d’autres, y compris la sienne. Peu importe le genre littéraire auquel on s’adonne, c’est toujours comme ça que ça se passe : on se retrouve seul avec soi-même, comme au dernier jour de sa vie, et on crache le venin. C’est tout.

L’écrivain du XXIe siècle, surtout s’il est Québécois, doit, tout en écrivant, gagner sa vie, vaquer à l’entretien de la maison, s’occuper de ses enfants. Alors, quand il ressent le besoin irrépressible d’écrire et qu’il s’évertue à décrire par des mots ce qui gît en lui, il doit se donner les moyens, coûte que coûte, de le faire. En conséquence, le temps de l’écriture est celui qu’il vole à son sommeil, à ses loisirs, à son repos. Pour écrire, donc, il dort une heure de moins, rogne des jours de vacances, utilise des journées de maladie pour faire avancer son projet. Et peu à peu il construit une œuvre au mépris de ceux qui, quand il s’en ouvre, le regarde avec un sourire en coin, comme s’ils n’y croyaient pas. Écrire, disait Henry Miller, c’est forcer la confiance des autres. Il ne croyait pas si bien dire…

Il construit son œuvre, donc, comme d’autres construisent des maisons. À la différence près, toutefois, que lui ne sait absolument pas s’il en sortira un produit susceptible d’intéresser un éditeur, ce gourou subventionné des temps modernes qui a droit de vie ou de mort sur son projet. Bref, celui qui sacrifie son sommeil et ses loisirs à son projet littéraire ignore s’il sera publié ou non. Si la réponse est positive, il fera partie des 3% des auteurs publiés chaque année au Québec et, dans ces 3%, d’un pourcentage sans doute encore plus négligeable d’auteurs qui seront lus par plus de 500 personnes, la moyenne des ventes des romans québécois se situant autour de 300 exemplaires.

Si, malgré tout ça, vous persistez à écrire, alors votre activité tient du sacerdoce. C’est tout.

Le suicide de Nelly Arcand

arcandIl y a sept ans, Nelly Arcan est morte au cours d’une magnifique journée d’automne. Elle venait d’avoir trente-six ans. Je ne la connaissais pas comme écrivain. En effet, je n’ai jamais lu un livre d’elle. Sans doute parce que je ne suis guère attiré par les auteurs – et ils sont assez nombreux, notamment en France – qui viennent au succès par la provocation. Par ailleurs, je ne me lasse pas de m’étonner que, en cette époque de pornographie largement diffusée par le Web, la sexualité puisse encore faire l’objet de scandale. Enfin… n’ayant pas lu Nelly Arcan, alias Isabelle Fortier, je ne suis pas en mesure de me prononcer sur les qualités littéraires de son œuvre. Dans La Presse du 26 septembre 2009, une chroniqueuse culturelle a écrit que Nelly Arcan était un « vrai écrivain », chose assez rare selon elle. Nulle part elle prend la peine de préciser ce qu’elle entend par « vrai » en référant à un écrivain, mais cela importe peu car, vous savez, les journalistes…

Nelly Arcan écrivait bien, donc, ce dont je ne mets pas en doute. Putain se serait même vendu à quelque 20 000 exemplaires en France. Les deux autres romans qui ont suivi n’ont pas rencontré le même succès, semblait-il. Sans doute sont-ils aussi bons, même meilleurs, que le premier, la vente d’un livre n’étant pas nécessairement un gage de sa qualité. Mais quelle importance, tout cela, après qu’elle eût décidé de mettre fin à ses jours. Trente-six ans, c’est trop jeune pour mourir pour un créateur (et pour n’importe qui, en fait). Marcel Proust avait à peine débuté la rédaction d’À la recherche du temps perdu à cet âge-là. Même chose pour Henry Miller que venait de prendre la décision d’écrire. Non, vraiment, en littérature, un auteur n’est qu’aux balbutiements de son art à trente-six ans. Pauvre Nelly dont la mort, dès le lendemain, a été éclaboussée par celle de Pierre Falardeau. Les gens, voyez-vous, n’aiment pas entendre parler du suicide… Ils préfèrent le taire, voire le dénigrer en l’association automatiquement à la santé mentale. Non, les gens n’aiment pas la mort volontaire. Et cela est le véritable objet du scandale, beaucoup plus que la sexualité.

Pauvre Nelly qui ne voulait pas vieillir, qui voulait toujours rester belle tout en dénonçant, parait-il, le culte que notre société voue à la beauté. Certes, je ne la connaissais pas mais, dans un élan de sympathie, je ne tairai pas son suicide envers et contre tous. Et déjà je vous rassure, Nelly, car vous n’étiez pas la seule… Dans le milieu de la création littéraire, il y en a eu des centaines avant vous, au Québec, en France et partout dans le monde. On peut citer Gérard de Nerval, Henry de Montherland, Romain Gary, Raymond Roussel, Guy Debord et bien d’autres. La différence, peut-être, réside dans le fait que ces auteurs ont attendu d’être beaucoup plus vieux que vous avant de passer à l’acte. Vraiment, personne ne devrait mourir à trente-six ans.

Cinq œuvres littéraires marquantes

proust2Un de mes amis facebookiens m’a mis au défi de faire la liste des dix œuvres littéraires les plus marquantes. Puisque je ne me suis pas contenté d’une liste, je présente ici les cinq premières. Bien entendu, il s’agit d’œuvres marquantes non pas pour l’histoire de la littérature, mais pour ma propre histoire personnelle. C’est pourquoi chacune des notices suivantes débutent par « parce que », simplement parce que je réponds à la question: Pourquoi cette œuvre, et pas une autre ?

Cinq œuvres marquantes pour moi, donc. En provenance d’auteurs de France (2), d’Angleterre, des États-Unis et du Québec.

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01 – À la recherche du temps perdu / Marcel Proust (1913-1927)

Parce que c’est une œuvre qu’on ne finit jamais de lire… Découverte à l’âge de vingt ans alors que j’étais étudiant en philosophie à l’université, l’ouvrage de Proust ne me quitte plus depuis. Aucun autre écrivain n’a été aussi loin dans la compréhension du désir humain. Une fois qu’on a compris la structure de ce roman-fleuve, on y revient sans cesse et ce, tout au long de sa vie. Au printemps 1978, j’ai loué une chambre à Québec dans le seul but de lire les quatre ou cinq volumes de ce roman dont la lecture avait débuté à l’automne précédent. Une expérience inoubliable.

02 – La crucifixion en rose / Henry Miller (1949-1960)

Parce que cette œuvre m’a redonné le goût de vivre après une période particulièrement sombre de mon existence. À vingt-six ans, après six mois de vagabondage à Paris, je suis rentré au Québec et, dans les mois suivant mon retour, j’ai lu d’une seule traite les trois volumes (Sexus, Plexus et Nexus) de cette œuvre prodigieuse qui raconte les déboires d’un écrivain à New-York avant qu’il ne parte à Paris pour – justement – s’y établir…, ce que je venais de tenter de faire en vain. La crucifixion en rose est une véritable ode à la créativité que tous les moins de trente ans devraient lire sans tarder.

03 – Les yeux d’Ézéchiel sont ouverts / Raymond Abellio (1949)

Parce que rien de ce que j’avais lu jusqu’à présent ne ressemblait aux textes de cet auteur… À l’instar d’Henry Miller, Raymond Abellio déploie son œuvre autour de trois romans : Les yeux d’Ézéchiel sont ouverts (1949), La fosse de Babel (1962) et Visages immobiles (1986). Cet écrivain, que je ne prétends pas comprendre (tout comme je ne comprends pas Heidegger), mêle fiction, métaphysique, ésotérisme et action politique. C’est littéralement passionnant : de la Guerre d’Espagne au communisme post-soviétique, on se sent au cœur de l’aventure intellectuelle du XXe siècle.

04 – Une amitié absolue / John Le Carré (2003)

Parce qu’il est rare qu’un auteur, célèbre pour ses romans d’espionnage et, donc, désabusé par nature, fasse entendre haut et fort son indignation de l’Occident – cet espace de civilisation qu’il a pourtant longtemps défendu. Une amitié absolue est un cri du cœur d’un écrivain anglais qui signe en même temps sa plus grande réussite romanesque. Pourquoi a-t-on accepté qu’un pays et son président déclenchent une guerre sous un prétexte que le monde entier tient pour faux ? Des milliers de morts inutiles… On ne peut pas lire ce roman et continuer de voir le monde comme on le voyait avant sa lecture… Un roman bouleversant dont on ne ressort pas indemne.

05 – Monsieur Melville / Victor-Lévy Beaulieu (1978)

Parce qu’au Salon du livre de Montréal en cet automne 1978 je me suis retrouvé par hasard à la table de cet écrivain – que je connaissais encore très peu, alors. Sans trop savoir pourquoi, j’ai pris les trois tomes de ce Monsieur Melville, dont je n’avais lu aucun des romans, même pas Moby Dick (qui me rappelait davantage la pièce de Led Zeppelin…) et, quand je me suis retrouvé devant Victor-Lévy Beaulieu, il m’a demandé si je voulais une dédicace. Impressionné, je lui ai fait une réponse stupide, du genre: « Je ne suis pas en faveur du fétichisme de l’écrivain… mais pourquoi pas ? ». Il m’a écrit, sur la page de garde du premier volume: « À Daniel… afin de célébrer le fétichisme de la Grande Baleine ». De retour à la maison, j’ai débuté la lecture de ce triptyque qui m’a enchanté. Monsieur Melville est une sorte de docu-fiction avant la lettre. Un récit qui nous prend jusqu’à la dernière page du dernier tome.

Ma bibliothèque

livresEn réponse au billet du même titre publié par Allan Erwan Berger son blogue en novembre 2011, j’ai accepté de me prêter au jeu du questionnaire. Je crains toutefois de manquer d’originalité… mais, enfin, je vous laisse en juger par vous-mêmes. Compte tenu que j’ai fermé mon blogue précédent à la fin de 2011, ce billet n’était plus accessible. J’en profite donc pour le mettre à jour.

Que contient votre bibliothèque (BD, romans, essais, documentaires, jeunesse, policiers, guide de voyages, livres d’art, etc.) ?

Puisque je suis passé à la lecture 100% numérique à l’automne 2010, la réponse à cette question sera forcément dédoublée, car, en matière de bibliothèque, il y a un avant et un après. Autrement dit, ma bibliothèque papier est en voie d’être démantelée au profit d’une bibliothèque numérique en pleine croissance.  Mais commençons par l’avant…

J’ai débuté ma bibliothèque alors que j’achevais mes études secondaires, soit un peu avant l’âge de 18 ans. Elle contient 30% de livres documentaires (essentiellement des ouvrages de philosophie, d’histoire et d’ethnologie), 30% de littérature (romans, nouvelles et poèmes), 30% de romans policiers et, enfin, un 10% d’ouvrages de référence auxquels s’ajoutent un certain nombre de textes reliés à l’exercice de ma profession (gestionnaire de documents et archiviste). Tous ces livres se répartissent dans quatre bibliothèques IKÉA.

Vos livres sont-ils classés d’une façon particulière ?

Oui, tout à fait. Les ouvrages documentaires suivent un premier ordre : philosophie, histoire, ethnologie et linguistique et, dans cet ordre, ils sont classés au nom de l’auteur. Même chose en littérature : romans français, francophones, québécois et étrangers classés, à l’intérieur de chaque catégorie, par ordre alphabétique d’auteurs. Enfin, les romans policiers sont classés par ordre alphabétique toutes provenances confondues.

Tous les livres de votre bibliothèque vous appartiennent-ils (conjoint, enfants, prêts) ?

Oui, à l’exception de quelques titres littéraires (Malouf, Marques, Nothomb) qui appartiennent à mon épouse, il s’agit de mes livres.

Avez-vous lu tous les livres qui sont dans votre bibliothèque ?

En gros, j’ai lu de 80 à 90% des livres contenus dans ma bibliothèque.

Avez-vous des auteurs préférés ?

Oui, bien sûr : Abellio, Dostoïevski, Miller, Proust.

Avez-vous un livre préféré ?

J’ai lu trois fois À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, un ouvrage qui m’a marqué et qui restera toujours associé à mes vingt ans. À cela je dois ajouter la trilogie romanesque de Raymond Abellio : Les yeux d’Ézéchiel sont ouverts (1949), La fosse de Babel (1962) et Visages immobiles (1983). J’attends avec impatience que ces ouvrages soient publiés en version numérique. Enfin, à l’âge de vingt-six ans, le roman en trois volumes d’Henry Miller (La crucifixion en rose : Sexus, Nexus et Plexus) a joué un rôle non négligeable après mon retour de vagabondage à Paris

Bibliothèque numérique

Le papier est derrière moi, n’en déplaise aux nostalgiques de la bonne vieille bibliothèque en bois. Pour ma bibliothèque numérique, j’utilise Calibre, un logiciel libre et multilingue. Contrairement à plusieurs logiciels, notamment ceux qui viennent par défaut avec les liseuses comme Kobo ou Sony, Calibre permet une gestion assez pointue des métadonnées et, par le fait même, de sa bibliothèque numérique. À l’instar de mes livres papier, mes ebooks sont classés, bien entendu, mais suivant un principe légèrement différent : poésie (toutes provenances confondues), romans français 18e, romans français 19e, romans français 20e, romans français 21e, romans anglo-américains, romans québécois, romans francophones (Europe), romans francophones (Afrique et monde arabe), romans étrangers, essais, philosophie, histoire, sciences humaines, ouvrages techniques et scientifiques, ouvrages professionnels.

Mis à jour d’un billet paru le 22 novembre 2011

François Bon : Notes sur Balzac

bon_balzacJ’ai débuté en février 2013 une série de billets sur ma lecture de Balzac Vous n’êtes pas sans savoir que cet immense écrivain français souffre d’un problème d’image. Enfin… c’est ce qu’on dirait, aujourd’hui, si Balzac était de notre temps. Récemment, donc, j’ai rédigé un compte rendu succinct de trois œuvres – La recherche de l’absolu, Les proscrits et Louis Lambert -, toutes rattachées aux Études philosophiques que je (re)lis dans son intégralité. Récemment j’ai lu La peau de chagrin (1831) et je m’apprête à commencer Melmoth réconcilié (1838). J’y reviendrai plus tard au cours d’un prochain billet. Entre temps, histoire de faire une pause, je me suis offert les Notes sur Balzac de François Bon publiées chez Publie.net en 2008 mais qui, selon ce que j’ai pu décoder dans le texte, auraient été rédigées quelques années plus tôt.

Disons-le d’emblée, cet ouvrage n’est ni un essai ni une biographie, mais bien des notes… François Bon en a rédigées vingt-huit au total. Certaines font trois quarts de page, d’autres presque deux pages, mais jamais plus.

Le problème d’image de Balzac, François Bon le règle dès la note 5 : « Dans les manuels scolaires devrait être interdite la phrase éculée, « le réalisme de Balzac », avec l’accent inspiré sur le isme des gens qui savent. Son rapport au roman, Balzac l’invente dans récits brefs, à teneur fantastique, chacun de ces joyaux s’attelant précisément à une des frontières récit/réel. » Qu’on se le tienne pour dit : Balzac n’est pas un écrivain réaliste… Au contraire même, plusieurs de ses œuvres pourraient être qualifiées de fantastiques.

Autre chose qui m’a plu dans ces notes : le rapport à Proust, mon écrivain de prédilection. En effet, jamais je n’aurais pu établir de lien entre Balzac et Proust. Bon le fait, lui, à plusieurs occasions. Il le fait parce qu’il a lu et relu Balzac plus que tout autre personne et que, bien entendu, il connaît Proust. À ce propos, je vous invite à lire son Proust est une fiction sur Le Tiers livre.

J’ai aimé ces Notes sur Balzac, non pas pour les informations qu’elles fournissent sur Balzac lui-même, mais plutôt parce qu’elles sont une manifestation concrète ce que la littérature peut être autre chose qu’un divertissement. La littérature, en l’occurrence l’œuvre de Balzac, accompagne notre vie au quotidien : elle aide à vivre.

François Bon débute et termine ces notes par une citation de Balzac : « Toute poésie procède d’une rapide vision des choses ». Je vous laisse méditer cette phrase… ou à vous rendre à la note 28 de cet ouvrage.

François Bon. Notes sur Balzac, publie.net, 2008. Disponible à la Librairie Immatériel.fr et sur toutes les plateformes.