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LP01: Pierre Charron, ses enfants, ses déplacements

Revenons sur Pierre Charron II (LP01), le fils du Charron de Meaux qui a quitté son pays pour s’engager en Nouvelle-France. Deux ans après son arrivée à Montréal, il épouse Catherine Pillard, nom souvent orthographié, dans les documents officiels, Pillat, parfois Pillar, voire Plate, Platte, et même Pilette. Catherine est une Fille du Roy née à La Rochelle le 30 mars 1646. Elle débarque à Québec le 30 juin 1663 ; elle a dix-sept ans. Nous ne savons pas ce qui l’a amené à Montréal ni pourquoi elle a épousé Pierre le 19 octobre 1665 à l’Église Notre-Dame. Nous y reviendrons plus tard, même s’il y a peu de chance qu’on puisse fournir des réponses fiables à ce genre de questions… Pour le moment, contentons-nous d’établir le parcours du couple en lien avec la naissance de leurs douze enfants.

1er période – Montréal (Ville-Marie) : 1663-1668

Le couple vit à Ville-Marie et, à partir de 1666, à Longue-Pointe. En effet, les Sulpiciens leur accordent une concession de 30 arpents à l’est de la rue actuelle de Boucherville, sur l’emplacement du tunnel Hippolyte-Lafontaine en face du fleuve. Deux filles sont nées de ces premières années de mariage :

  • Catherine, le 23 septembre 1666 ;
  • Marie-Charlotte, en 1668, sans autre précision sur la date exacte de sa naissance.

2e période – Contrecoeur, comté de Verchères : 1668-1680

Pierre Charron a reçu une concession dans la seigneurie de Contrecoeur, de l’autre côté du fleuve. Selon Marcel Charron (1995), cette concession aurait été par la suite abandonnée et reprise par le seigneur le 30 mai 1698 devant le notaire Antoine Adhémar. La famille a vraisemblablement habité l’endroit puisque quatre autres enfants y sont nés :

  • Anne-Antoinette, le 18 octobre 1670 ;
  • Pierre III, en 1672 ;
  • Thérèse, le 26 février 1674 ;
  • Nicolas, le 16 mars 1676 à Boucherville, par contre.
  • François, 2 juin 1678 à Sorel

François, le premier Charron à porter le nom de Ducharme (Sorel, 2 juin 1678, mais baptisé à la paroisse de Très-Sainte-Trinité à Contrecoeur, comté de Verchères). François serait donc né à Sorel… mais rien n’est si certain car les sources généalogiques mentionnent parfois Sorel, parfois Contrecoeur, voire Verchères. Les registres originaux du 5 juin 1678 au 1er janvier 1681 ayant été perdus ou brûlés, il est difficile de statuer avec certitude sur le lieu exact de naissance de François. Manque de bol… car il a été baptisé justement le 5 juin, date de la perte de ces documents… Comment sait-on cela ? Le compilateur indique ce qui suit :

« Or, par les moyens du recensement de 1681 (dont nous avons annexé une copie authentique au présent document) et par la comparaison des dates, nous avons réussi à reconstituer quelques-uns de ces actes de baptêmes et de mariages. Les actes n’existent plus nulle part, car nous avons visité tous les registres des paroisses voisines et nous n’avons rien trouvé. »

La note est signée par J. Ducharme. Il s’agirait de Jean Ducharme (1858-1922), vicaire à Longueuil et curé à Contrecœur. Selon Pierre Ducharme, c’est à ce titre qu’il a recopié, en les vérifiant, les registres de ces paroisses.

Dans une première version de ce billet, nous avions écrit que Pierre avait acquis une terre à l’île Sainte-Anne, période (1676-1680) assez nébuleuse, disions-nous. Mais l’article de Pierre Ducharme (2016) a levé plusieurs doutes. Il ne s’agissait pas de Saint-Anne-de-Sorel, mais de la Côte Sainte-Anne, à l’est de la première terre du couple à Longue-Pointe. En effet, selon Pierre Ducharme (2016) : « Cet acte a souvent été mal interprété. Plusieurs chercheurs ont cru qu’il s’agissait d’une terre située sur une île nommée Sainte-Anne, dont la localisation n’était pas précisée. Ainsi, notre premier président, Gilles Charron, se demandait s’il ne s’agissait pas de Sainte-Anne de Sorel, où la famille de Pierre Charron aurait habité de 1676 à 1680 ». Dans les fait, cette transaction n’a jamais eu lieue et, donc, Pierre Charron et Catherine Pillard ont habité à Contrecoeur jusqu’à l’automne 1680, voire jusqu’au printemps 1681. Le dernier acte mentionnant la présence de Pierre Charron à Contrecoeur remonte au 29 mars 1681 alors qu’il a été témoin de l’inhumation d’un enfant de six ans, Antoine Jaudoin (Pierre Ducharme, 2016).

3e période – 1680-1700 : Longueuil

À l’automne 1680, la famille Charron s’établit à Longueuil sur deux terres achetées à Laforsade et à Pierre Roussel, terres nos XV et XVI-A de la seigneurie de Longueuil. Mais cela ne durera pas… car, par la suite, Pierre achète la terre d’André Collin, accolée au ruisseau Saint-Antoine. Ce ruisseau traversait le Vieux-Longueuil ; il a été canalisé dans les années 1930 et enseveli depuis.

Voici la mention de la famille de Pierre Charron au recensement de 1681 : «Pierre Charon, 42 ans ; sa femme Catherine Pillar, 30 ans ; ses enfants : Catherine 15 ans, Marie 13 ans, Pierre 10 ans, Thérèse 8 ans, Nicolas 3 ans, Catherine 1 an; 1 vache; 3 arpents en valeur. » Vous ne remarquez rien ? Où était donc François au moment du recensement ? Et pourquoi écrit-on que Nicolas a trois ans… alors qu’il est né cinq ans plus tôt ? C’est plutôt François Charron dit Ducharme qui avait trois ans en 1681…  Vraiment, la généalogie est une suite d’erreurs, de faux et de contradictions sans fin…

Les enfants nés au cours de cette période sont :

  • Catherine, en 1679, mais d’autres sources indiquent 1680 comme année de naissance ;Hélène, le 12 novembre 1682
  • Jean, le 18 octobre 1684
  • Louise, le 7 mai 1686
  • Jeanne, la dernière, le 7 mai 1688)

À l’exception de Catherine (seconde fille du  même nom…), où un doute subsiste, les quatre derniers enfants du couple sont nés à Longueuil qui, en 1681, comptait 14 maisons pour une population totale de 78 personnes.

À ce stade, notons deux pistes très intéressantes pour les recherches à venir. La première concerne un phénomène dont je ne m’explique pas : les douze enfants de Pierre Charron et de Catherine Pillard ont survécu aux premières années d’une vie qui ne devait pas être facile, du moins pas toujours. Tous se sont mariés, donc ont vécu assez longtemps pour enrichir leur descendance. Bref, aucun signe de mortalité infantile dans cette famille. Cela ne manque pas de m’étonner quand on sait que, dans les générations subséquentes, deux ou trois enfants par famille mourraient avant l’âge de cinq ans. Prenons juste l’exemple d’Hector-Émile (LP09) et d’Albertine Gravel, respectivement mon grand-père et ma grand-mère, qui ont perdu trois de leurs huit enfants avant l’âge de cinq ans. Et nous étions déjà au XXe siècle…

La deuxième piste concerne mon ancêtre maternel, Paul Benoît (1626-1686), qui, lui aussi, aurait vécu à Longueuil. Il est d’ailleurs décédé à Chambly. Si Paul Benoît a vécu à Longueuil au cours des mêmes années que Pierre Charron, cela signifie, hors de tout doute, que les deux hommes se connaissaient… car il n’y avait que 14 maisons et 78 personnes qui habitaient dans la seigneurie de Charles Le Moyne en 1681….

P.S. Dans ce billet, comme dans tous les autres, les noms et années entre parenthèses correspondent aux sources que vous pouvez consulter en consultant l’onglet GÉNÉALOGIE en haut de cette page.

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LP01: Pierre Charron, le premier de la lignée paternelle

Pierre Charron est l’ancêtre paternel de ma lignée familiale. Il est né à Meaux, département actuel de Seine-et-Loire, le 21 octobre 1635. Il est le fils de Pierre Charron (LP00) et de Judith Martin auxquels j’ai consacré un premier billet. Selon une source fiable (Trudel 1983) repérée sur Ancestry, il aurait débarqué en Nouvelle-France en 1661. Je ne peux confirmer encore s’il est descendu directement à Ville-Marie ni sur quel navire il s’est embarqué. Une recherche à faire que je mets sur ma to do list.

Signature de Pierre Charron (LP01), 1665

Une fois débarqué, que sait-on de lui ? Le 2 octobre 1662, Pierre Charron a signé un engagement avec promesse de défricher une terre et ce, en présence de Paul Chomedey de Maisonneuve et Dollier de Casson. Sur le même document on retrouve les noms de Pierre Desautels dit Lapointe, l’ancêtre direct d’un collègue de travail de BAnQ… Ce même Desautels dit Lapointe figure aussi sur la liste de ceux qui sont arrivés à Montréal en 1653 avec mon ancêtre paternel, Paul Benoît (LM01). Mais ne brouillons pas les cartes : la Grande recrue de 1653 fera l’objet d’un (et même de plusieurs) billet ultérieur.

Comme son père, il exerçait le métier de mégissier, mais il n’a visiblement pas exercé cette occupation en Nouvelle-France. Pour des raisons que j’espère élucider un jour, il a perdu très tôt ses parents, Pierre et Judith Martin (LP00). Orphelin de mère et de père, plus rien ne le retenait en France et ce, d’autant plus que ça commençait à chauffer dans la commune de Meaux, petite ville en région Île-de-France, non loin de Paris. À cette époque, Meaux abritait une communauté calviniste d’une importance non négligeable. Eh oui, notre ancêtre était protestant. Il a été confirmé catholique peu de temps après son arrivée en Nouvelle-France. En effet, il figure au registre des confirmés de Monseigneur de Laval du 11 juillet 1664. Catherine Pillard figure aussi à ce registre. Elle allait devenir sa femme un plus tard en 1665. Ensemble, ils auront douze enfants.

Quelques mois après son arrivée, soit le 27 janvier 1663, Pierre Charron s’enrôle dans la 20e brigade de la Sainte-Famille de Jésus-Marie-Joseph, une confrérie militaire ayant pour but de combattre les Iroquois qui menaçaient toujours Montréal en ce temps-là. Sur un site de la Loyal Edmonton Regiment Military Musuem, on apprend que cette unité paramilitaire comprend vingt brigades de sept hommes chacune. Elle a pour mission de patrouiller la nuit près des murs qui protègent Ville-Marie des attaques iroquoises. Avec l’arrivée des soldats de l’armée française appelés en renfort par le gouverneur, elle est dissoute par de Maisonneuve en 1666.

Qu’a-t-il fait par la suite ? On sait que le 28 juillet 1666, les Sulpiciens, seigneurs de Montréal, lui accordent une concession de 30 arpents à Longue-Pointe, à l’est de la rue actuelle de Boucherville, sur l’emplacement du tunnel Hippolyte-Lafontaine en face du fleuve. Pour le reste, on sait que Pierre et Catherine vivent sur l’île de Montréal et que, selon un document notarié, Pierre possède “quatre arpents de terre en valeur” (Charron 1995).

Mais cela n’a pas duré… car, de 1668 à 1676, le couple acquiert une terre dans la seigneurie de Contrecoeur, sur la rive sud de Montréal. Puis, le 14 octobre 1675, Pierre achète de Pierre Dardaine une autre terre de 60 arpents à l’île Ste-Anne près de Sorel. L’acte est notarié par Bénigme Basset, notaire bien connu à Ville-Marie. Enfin, à partir de 1680, la famille Charron-Pillard élisent domicile à Longueuil, seigneurie de Charles Le Moyne. Pierre possède “une vache et deux arpents de terre en valeur”. À l’époque, Longueuil comptait quatorze maisons et une population de 78 personnes. Inutile de dire que tout le monde se connaissait…

Pierre s’éteint le 26 décembre 1700 à l’âge de 65 ans. Il a eu douze enfants dont François, né à Sorel le 2 juin 1678. C’est lui qui, pour des raisons inconnues, a accolé le suffixe dit Ducharme au nom de son père. Nous en reparlerons.