Archives du mot-clé Poésie

Je vois le monde d’aujourd’hui

Je vois le monde d’aujourd’hui
Comme un vaste champ de bataille
Où s’affrontent à coup de mitraille
Des hommes perdus au cœur de la nuit

Certes ils veulent changer le monde
Et à cette fin reçoivent des armes
Qu’on leur livre avec des tombes
Mouillées de sang et de larmes

Puis éclate la haine entre eux
La chamaille au sein de la fratrie
Certains tomberont sous les feux
Tandis que d’autres, comme fleurs flétries

S’éteindront tout doucement,
Des étoiles dans les yeux, soumis
Loin, si loin de ces parents
Qui leur ont donné la vie

Personne n’ira au paradis, non
Car il n’y a pas de place pour les barbares
Qui préfèrent parler avec la bouche de leurs canons
Et qui considèrent la violence comme un art

Voilà comment je vois le monde d’aujourd’hui
Un monde perdu dont il ne restera plus rien
Et sur les cendres desquelles d’autres vauriens
En construiront un autre… en vain.

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Ce que traduire veut dire (hommage à Paul Laurendeau)

Paul Laurendeau, au Salon du livre de Montréal, 2010
Paul Laurendeau, au Salon du livre de Montréal, 2010

Que ce soit sur son blogue, sur celui d’ÉLP éditeur ou sur le webzine Les 7 du Québec, Paul Laurendeau offre différentes traductions à ses lecteurs, toutes aussi percutantes les unes que les autres. En voici quelques exemples.

L’ère du verseau, traduction d’Aquarius (texte de James Rado), hymne d’ouverture à l’opéra-rock Hair (1967) – un moment clé de la contre-culture américaine.

Le corbeau, le poème d’Edgar Allan Poe (The Raven), que Paul Laurendeau, après Baudelaire et Mallarmé, a traduit en français. Après d’aussi illustres poètes, personne n’avait osé traduire en français le célèbre poème de Poe. Laurendeau écrit : « Ces deux poètes français majeurs, en utilisant le vers libre et de fines altérations du sens, ont tiré ce texte vers le fantastique et/ou le symbolisme en en sacrifiant la musicalité d’origine. Aussi le résultat procède d’eux bien plus que de Poe. La traduction proposée ici est due pour la première fois à un francophone d’Amérique, intime avec le sens du grotesque et de l’autodérision inhérents à la sensibilité intellectuelle de Poe, et exempt de la typique sensiblerie sacralisante européenne. Le rythme et le sens sont scrupuleusement respectés. À réciter à haute voix. »

Ensuite, Paul Laurendeau a entrepris de traduire en français des chansons des Beatles, dont Quelque chose en elle, traduction française de Something, écrite par George Harrison. Dans le même esprit, il a également traduit   Obladi Oblada (Lennon-McCartney) qu’il mettra bientôt sur son blogue.

Et il y a bien entendu Casey au bâton, poème d’Ernest L. Thayer consacré au baseball que seul, en fin de compte, un Québécois, imprégné de la culture francophone du baseball, aurait pu traduire avec justesse. Paul Laurendeau en explique le contexte : « Écrit il y a plus de cent-vingt ans, ce poème mi-lyrique mi-satirique, très connu aux USA, attendait encore sa traduction française. Et pour cause. Le problème qu’il pose est moins linguistique qu’ethnoculturel. Il s’agit de traduire le baseball, jeu et institution culturelle strictement américains dont la terminologie française n’existe qu’en un endroit au monde : le Québec (et le Canada francophone). Ce texte, version américaine de la leçon universelle véhiculée depuis Ésope dans Le lièvre et la tortue, est doté d’une chute qui en fait en soi une petite rareté de la littérature continentale. Beaucoup d’américains et de canadiens anglophones connaissent d’ailleurs par cœur la si triste dernière strophe de la version originale de ce poème. La présente traduction de ce délice insolite se veut un hommage à tous ces commentateurs sportifs qui ont bercé les langueurs radiophoniques estivales de notre enfance dans la belle langue de chez nous, qui peut tout dire et trouve toujours les mots pour le dire. »

On a beaucoup dit que traduire c’est trahir. Paul Laurendeau, lui, dit que traduire, c’est aimer. Il se concentre sur la traduction littéraire, surtout poétique en fait. Bien sûr, il trahit… pour des raisons de rythme et d’euphonie, il change la couleur des coussins du fauteuil de l’hôte du Corbeau, il modifie le résultat de la partie de baseball des neuf hommes de Mudville (dans Casey au bâton), etc.  Il n’en demeure pas moins que traduire, d’abord et avant tout, c’est aimer une œuvre au point de l’offrir en cadeau à ses pairs linguistiques, un présent à la Francophonie.

Quand j’ai connu Paul Laurendeau à la fin des années 1970, il m’avait envoyé par courrier une traduction de Johnny B. Goode, la célèbre chanson de Chuck Berry écrite en 1958. Il n’avait pas vingt ans alors… et déjà il s’amusait à rendre en français des œuvres d’une sonorité toute différente en langue d’origine.

Je l’invite publiquement ici à sortir de ses tiroirs cette traduction de la chanson de Chuck Berry afin de la diffuser sur le Web et ce, pour le plus grand plaisir des amateurs francophones de l’histoire du rock.

L’édition d’un recueil de poèmes est-elle le meilleur véhicule pour la poésie ?

Un recueil de poèmes publié par ÉLP éditeur
Un recueil de poèmes publié par ÉLP éditeur

La poésie est un genre littéraire aussi ancien que la littérature elle-même. Elle prend son origine dans la tradition orale et, par le fait même, elle précède l’écrit. On comprend aisément que son importance ne saurait être mise en doute. Certes, la poésie a beaucoup évolué depuis ses débuts. Des vers codifiés nous sommes passés aux vers libres dont la rime est souvent absente. Cette poésie-là a ses poètes, ses lecteurs, ses moyens de diffusion grâce à quelques maisons d’édition spécialisées qui subsistent tant bien que mal malgré les difficultés – financières, entre autres choses.

Mais il y a aussi la poésie qui se retrouve dans la vie quotidienne des gens par le moyen de la chanson. Certes, d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’un genre mineur… Peu importe, ces airs qu’on écoute chaque matin à la radio au point de les connaître par cœur imprègnent notre quotidien. Et quand plus tard, on se remémore les événements qui ont marqué notre vie, on se rend compte que des chansons sont associées à chacun d’eux, chansons qui servent d’ailleurs de déclencheur aux processus mémoriels.

Qu’écoutent donc tous ces gens dans leurs oreillettes de leurs smartphones? Des chansons, donc de la poésie versifiée. Certes, on peut douter de leur qualité… mais, à l’instar des romans, voire des films, cette qualité est parfois bonne, parfois mauvaise.

Chez ÉLP éditeur, nous sommes sans doute un des seuls éditeurs 100% numériques qui publie encore de la poésie. À l’exception du magnifique recueil de Thierry Cabot, La Blessure des Mots, nous n’en vendons pas beaucoup, mais certains membres de notre équipe tiennent la poésie en haute estime et n’hésitent pas à investir de leurs temps pour continuer à en éditer. Pourquoi pas? Après tout, chez ÉLP éditeur, l’argent n’est pas notre motivation première, du moins tant que nos dépenses demeurent limitées. Nous vendons des ebooks, pas des panneaux solaires.

Personnellement, je ne partage pas toujours l’enthousiasme des mes collègues pour ce genre littéraire. Bien entendu, je n’ai rien contre le fait de publier des recueils de poèmes, mais je doute que le livre, même sous la forme d’un ebook, soit le meilleur véhicule à cette forme de création littéraire qui a traversé les siècles. À mon humble point de vue, je pense sincèrement que le blog, notamment le blogbook, s’avère un véhicule beaucoup plus adapté à la lecture des poèmes en notre siècle technologique. Imaginez un projet de recueil qui prendrait la forme d’un blogbook sur lequel le poète publie un poème par semaine. Cela n’empêcherait pas de publier le recueil une fois la première phase terminée, mais cette publication constituerait le résultat du processus de création et de diffusion, son aboutissement, et non un moyen de diffusion privilégié. Imaginez un poète qui réussirait à fidéliser un certain nombre de lecteurs au fil des semaines. Cela lui ferait 104 poèmes en deux ans, donc un recueil. D’année en année, le poète construirait son œuvre et, au bout du compte, risquerait d’être beaucoup plus lu que s’il publiait au préalable un recueil, ouvrage qu’il vendrait sans doute à quelques exemplaires dans les trois premiers mois avant qu’il ne tombe dans l’oubli.

Non, plus je réfléchis à la question, plus je crois que le blogbook constitue le meilleur véhicule pour la poésie, un moyen adapté au temps présent et qui remet à l’avant-scène un genre littéraire qui n’est pas prêt de s’éteindre. Et j’ai d’ailleurs réussi à convaincre mes collègues car, depuis le printemps 2015,  nous avons lancé ÉLP Poésie, le blog(ue) des poètes d’ÉLP éditeur…

Paul Laurendeau : L’hélicoïdal inversé

cover_laurendeau_helicoidalÉnonçons d’emblée un truisme : on ne lit pas un poème comme on lit une nouvelle ou un roman. Un poème, on le lit lentement. Il ne nous entraîne pas via une intrigue qui nous tiendrait en haleine, bien entendu. Le poème nous accompagne, il participe à notre vie. Le support idéal de lecture est sans contredit le smartphone, celui qu’on a toujours à portée de main. Vous êtes dans le bus : vous vous arrêtez quelques instants pour lire un poème. Dans le métro ? Idem… Évidemment, on peut encore lire des poèmes bien calé dans son fauteuil, un livre ou une lieuse posé sur ses genoux. Un recueil de poèmes est un compagnon de vie. Et c’est tout ce qui compte à mes yeux.

Voilà pourquoi je me penche maintenant, et seulement maintenant, c’est-à-dire deux ans après sa parution, sur L’hélicoïdal inversé, le recueil de poèmes que Paul Laurendeau a fait paraître chez ÉLP éditeur en 2013. C’est que Paul Laurendeau est un poète généreux. Chacun de ses recueils compte facilement deux cents poèmes… et certains de ces poèmes exigent plus d’attention que d’autres. Mais il est peut-être là, finalement, le maître mot du lecteur de poèmes: il doit y consacrer de l’attention. La lecture peut procurer une détente, certes, mais pas de la même façon qu’un roman. On ne lit pas un poème pour oublier ses tracas, ses soucis, des problèmes du quotidien. Non, on lit un poème pour plonger en soi, pour découvrir que la langue, en plus du sens qu’elle apporte aux phénomènes, a également une sonorité, laquelle peut faire éclore en nous des sensations ou, si vous préférez, des sentiments. Certes, je lis la plupart du temps un poème en silence, parce que je me trouve dans un bus bondé ou dans un métro bruyant, mais le soir, en rentrant à la maison, j’en relis certains à haute voix, et c’est là que le texte révèle tout son sens – mais peut-on vraiment parler de sens ? –, toute sa beauté.

Je connais Paul Laurendeau depuis le temps du collège. Je me souviens qu’un jour, alors que nous nous trouvions en compagnie de Sinclair Dumontais, un auteur de romans et de nouvelles dont certains sont publiés chez ÉLP éditeur, Paul a dit à celui-ci : « La poésie se fait avec des mots, pas avec des idées. » Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais oublié cette conversation que nous avons eu à trois dans une brasserie de Repentigny. Dumontais, le romancier, pris de court par Laurendeau, le poète. Eh bien, il avait raison, le poète : en poésie, le son a autant d’importance que le sens qui se rattache au mot. D’ailleurs, dans le poème d’ouverture de L’hélocoïdal inversé, Sonnet des mots et de la chose, cet énoncé se trouve bien illustré :

D’avoir rencontré le mot
M’a fait capturer la chose
Dans un angle que la prose
n’avait su mettre en lambeaux… rameaux de lambeaux…

Cataractes et dominos,
Grenade de fond de la chose,
Tu as persiflé ta cause
en chuintant d’entre les mots.

J’ai osé cueillir ces roses
Ataviques. De l’air, de l’eau.
On ne refait pas la chose
Quand elle vous triture la peau.

Puis, puit, Puy…

Forain, j’ai gauchi ma pose
Et jonglé avec trois mots…

En complément de titre de L’hélicoïdal inversé, Paul Laurendeau inscrit : « Poésie concrète ». Qu’appelle-t-on « concret » quand il est question de poésie? Il s’en explique dans le poème justement intitulé Poésie de la concrétude :

Mon rendez-vous à moi avec la concrétude
C’est donc d’évoquer, de décrire, de narrer la multitude
De ces faits biscornusiers que la signification touche.
Cette réalité référable bombine comme une mouche
Sur la vitre de tous nos sens. Et j’entends en parler
Comme on la filmerait, sans craindre, sans dévier.
C’est pas dans ma texture mais bien dans ce que je dis
Que vous percuterez la concrétude de ma poésie.

Je vous invite donc à aller à la rencontre du dit de Paul Laurendeau en vous procurant ce recueil de poèmes de cet auteur hors norme. Un recueil généreux, tout autant que son auteur, qui vous tiendra en éveil pendant des semaines, voire des mois.

Paul Laurendeau, L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, 2013, 4,99 € – 6,49 $, disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, sur 7switch

À visage découvert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Discutant entre eux, levant bien haut leurs verres
Remplis de vin, de liqueur ou de bière
Avec le souci constant d’assurer leurs arrières

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Me saluant à peine en raison de leur rang
Même si certains d’entre eux me doivent leur carrière
Hiérarchie oblige au monde des pédants

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Lents comme tortue, agités comme lièvre
M’ignorant superbement en vidant leurs verres
Traces coulissantes aux commissures des lèvres

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Dévorant goulument des petits canapés
Comme si depuis des jours ils n’avaient rien mangé
Eux qui se nourrissent pourtant aux buffets ouverts

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Gommés des titres ronflants du vide de leur vie
Rongés par l’ambition à jamais inassouvie
Comme une bande de loups entrant dans un pré vert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Souffrant de les envier avec au cœur la honte
De tous ceux qui se savent condamnés
Par la justice inexorable des archontes

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux à qui pour rien au monde je ne veux ressembler
Mais la mort dans l’âme de quand même les envier
Comme je suis médiocre ! Comme ils sont vulgaires !

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux que je déteste autant que je me hais
Mais en voilà assez pour l’heure je me tais
Car il est temps pour moi de quitter cet enfer

Les fenêtres aux jours de pluie, un poème de Richard Monette

cover_perleJ’ai écrit de nombreux textes ces dernières années. Des essais, des nouvelles, un roman, des critiques de lecture mais, des poèmes, seulement deux… Pour moi, cette forme d’expression représente une difficulté pratiquement insurmontable. D’ailleurs, la plupart du temps, je n’y arrive pas… À mon avis, construire un pont représente une complexité moindre que la rédaction d’un poème chargé de sens, un poème qui échappe aux clichés et au ridicule. Demandez à l’ingénieur d’écrire un poème, voir… Bref, je reconnais d’emblée la supériorité du créateur qui sait s’exprimer avec des mots versifiés (ou pas) : le poète.

Je ne suis pas un lecteur constant de poèmes, mais j’aime la poésie. Et parfois, dans le cours de la vie quotidienne, il m’arrive de tomber sur un texte qui correspond exactement à ce que je ressens dans l’état du moment. Certes, je ne suis pas certain de bien comprendre le sens des strophes, à tout le moins de toutes les strophes, mais je me sens interpellé, comme si l’auteur avait voulu s’adresser à moi en écrivant son poème.

Dans le recueil Perle-mêle (lettre tant), que Richard Monette a fait paraître aujourd’hui, le poème Les fenêtres aux jours de pluie a eu cet effet-là. Pour cette raison, je me permets de le reproduire à votre intention.

Les fenêtres aux jours de pluie

Plus triste que toutes les fenêtres aux jours de pluie,
l’orme par songes rongé à fondre l’âme
sait faire bruire l’envol des flammes compagnes
comme un arbre débité en cendre et salement dépaysé,
plus triste que toutes les fenêtres ouvertes aux jours de suie.
Plus triste que toutes les fenêtres aux jours de pluie,
plus aigri que le cri du supplice d’un geyser gelé,
morose comme le tourment éduqué des amours mortes.
Oui, plus triste que toutes les fenêtres éteintes aux jours de nuit.
Plus triste que toutes les fenêtres aux jours de pluie,
somnambule plus loin qu’un souffle dernier
mon pied en boîte comme un crâne en bière
n’ira souffrir parmi les effleurements d’air tel le pollen libéré,
tellement plus triste que toutes les fenêtres fermées aux jours de pluie.

Tiré de Perle-mêle (lettre tant), de Richard Monette. ÉLP éditeur, 2014. Pour lire des extraits, voir la fiche de l’auteur sur le site de l’éditeur.

Le fleuve indifférent

fleuve_2014-01Mon frère est parti. Je suis au bord de l’eau où je suis venu en vélo. Il fait chaud. Je regarde le fleuve qui coule devant moi, indifférent aux malheurs du monde. Je pense à la Syrie, je pense à l’Irak, je pense au Bangladesh, trois pays maudits par les dieux. Je pense aux pauvres, aux déshérités, à ceux qui subsistent dans les fosses à déchets de Nairobi ou de Calcutta. Je pense à tout cela en me disant « Que puis-je faire? » tandis que le fleuve coule devant moi, indifférent aux plaintes incessantes de la planète. Puis je pense à Gaza, je pense à la Libye, je pense à Centrafrique. Je pense à tout cela en vain, assis en face du grand fleuve qui coule devant moi.

Mon amie m’a quitté. Je suis au bord de l’eau où je suis venu à pied via le cimetière au fond duquel mes parents reposent en paix. Il fait froid. Je regarde le fleuve qui coule devant moi, indifférent aux troubles qui m’agitent. Je pense à ma belle amie, je pense à ses promesses d’amour, je pense à son engagement rompu. Je pense à son corps qu’elle a donné à l’autre. Je pense à tout cela en me disant « Que vais-je faire? » tandis que le fleuve coule devant moi, indifférent à mes plaintes oisives. Puis je pense à mon père parti trop tôt. Et à ma mère qui nous a quittés dans la souffrance. Je pense à mes frères, à ma sœur, à mes amis. Je pense à tous ceux que j’ai perdus pendant que, devant moi, coule le fleuve indifférent.