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Metin Arditi : La pension Marguerite

arditiC’est ma collègue et amie Élisabeth qui m’a offert ce roman lors de son récent passage à Montréal. Élisabeth vient d’un quartier périphérique de Genève et, à sa venue en terre nord-américaine, elle n’a rien trouvé de mieux que de m’offrir un roman écrit par un Suisse, alors que j’aurais de loin préférer du chocolat ou un bon morceau de gruyère. Mais je ne la remercierai jamais assez car, par ce présent, elle m’a permis de découvrir un texte éblouissant qui va sans doute figurer parmi mes lectures les plus marquantes de cette année.

 Contrairement à mon habitude, je ne vais pas vous résumer ce roman. Ce n’est pas qu’il y ait un punch à vendre, non. Mais la moindre indiscrétion de ma part pourrait nuire au plaisir que vous prendrez sans aucun doute à lire ce récit qui fait moins de 150 pages. Aldo Neri, violoniste de réputation internationale, s’est installé à Genève avec sa femme, une luthière d’origine américaine. Fils d’une bonne italienne, il est né et a surtout vécu à Paris, lieu de la Pension Marguerite où travaillait sa mère avant d’en acquérir la propriété.  Au moment du récit, c’est d’ailleurs à Paris qu’il séjourne, le temps d’un concert. En matinée, un employé de l’hôtel lui remet une liasse d’une quarantaine de feuillets qu’a rédigés sa mère avant de mourir. Il provient d’un médecin qui l’a soignée il y a quelque dix ans et qui estime que ce document revient à son fils. Aldo, qui ignorait l’existence de ce manuscrit jusqu’à ce jour, en débute la lecture. Ce faisant, il découvre des choses qui lui sont révélées et qui l’atteignent au plus profond de son être. Le concert qu’il donne un peu plus tard dans la soirée en est affecté. De manière positive, toutefois, tellement est grande l’intensité avec laquelle il joue. Il a d’ailleurs droit à une ovation.

En temps réel, le récit tient en un seul jour. Avec son écriture sobre et dépouillée, l’auteur réussit à nous faire partager l’intensité avec laquelle Aldo vit cette journée en grande partie employée à lire le manuscrit de sa mère, à dialoguer avec sa femme venue le rejoindre de Genève et à se mettre en condition pour affronter le public parisien au concert du soir. Chaque famille a sans doute ses secrets. La plupart du temps, on ne les découvre jamais, car rares sont les mères ou les pères qui prennent la peine de rédiger un document avant de mourir. La mère d’Aldo Neri l’a fait, et l’auteur nous le communique avec brio et émotion. Quelle est la nature de ces secrets? Vous l’apprendrez vous-mêmes en lisant ce magnifique roman.

Écrivain, homme d’affaires et mécène suisse, Metin Arditi est né en 1945 à Ankara (Turquie). Sa famille s’installe en Suisse alors qu’il est enfant. Après des études à Lausanne et à Standford (Californie), il s’installe à Genève où il fonde une société d’investissements immobiliers. Homme d’affaires prospère, il crée la Fondation Arditi qui encourage la culture en décernant des prix et préside l’Orchestre de la Suisse romande. Parallèlement, il se consacre à l’écriture. Il a notamment publié La chambre de Vincent (2002), Victoria Hall (2004), Dernière lettre à Théo (2005), L’imprévisible (2006) et d’autres romans encore, tous publiés chez Actes Sud.

Arditi, Metin. La Pension Marguerite. Paris, Actes Sud, c2006

2006, rev. 2015

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Florian Rochat : La légende de Little Eagle

RochatJe viens d’achever la lecture de La Légende de Little Eagle, un roman à grand déploiement de Florian Rochat. Disponible sur Amazon à un prix dérisoire (moins de trois dollars canadiens sur le Kindle Store), ainsi que dans d’autres boutiques virtuelles telles que Kobobooks, iTunes, etc., ce roman est publié par l’auteur lui-même qui a décidé, pour des raisons qui le regardent, de ne pas passer par un éditeur. Autrement dit, il s’agit d’une auto-publication. Peut-être avez-vous des préjugés sur ce mode d’édition que permet, beaucoup plus facilement qu’avant, l’univers numérique. Si c’est le cas, ils vont tomber un à un en lisant ce roman que je considère d’emblée comme un grand roman, c’est-à-dire un roman dont l’auteur a le souffle nécessaire pour vous entraîner d’un village de Bourgogne au Montana en passant par Londres et la Corse et qui vous fera découvrir le modus operandi des pilotes de guerre au cours de la Deuxième guerre mondiale, les Blackfeet du Montana, des autochtones dont plusieurs, à l’instar du héros de ce récit, John Philipp Garreau, ont du sang canadien-français dans les veines ainsi que le lien avec l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry, l’auteur du Petit Prince, qui joue un rôle non négligeable dans les méandres de ce récit grandiose.

Voici une version abrégée du quatrième de couverture: « Tout débute quand Hélène Marchal, journaliste dans la quarantaine, hérite d’une maison appartenant à ses parents à Verdeil, en Bougogne, dont elle n’avait pas mis les pieds depuis l’enfance. En prenant possession de la maison, sur un rayon de la bibliothèque de son père, elle découvre un bout de papier qui dépasse d’un ouvrage. C’est une copie carbone d’une lettre adressée en 1947 par son grand-père maternel aux parents du premier lieutenant John Philip Garreau, pilote de chasse dans l’armée américaine. Touché par un chasseur allemand, son appareil était devenu ingouvernable alors qu’il survolait Verdeil. Et il aurait piqué droit sur la maison si John Philip Garreau avait choisi de sauver sa peau en sautant en parachute, au lieu de rester à bord et d’éviter l’obstacle de justesse. Mais il s’était sacrifié, et s’était écrasé dans un champ tout proche. Or, précise la lettre, le grand-père d’Hélène, sa grand-mère, et leurs deux enfants, dont sa mère alors âgée de quatre ans, se trouvaient sur les lieux. Hélène comprend qu’elle n’aurait pas pu voir le jour sans l’héroïsme de ce pilote. Et qu’elle a donc envers lui une dette considérable. Bouleversée, Hélène veut savoir qui était ce John Philip Garreau, un très jeune homme de dix-huit ans, venu se battre en Europe. Depuis Browning, petite ville du Montana, révèle l’adresse figurant sur la lettre. Un beau matin, elle a pris sa décision: elle va se rendre là-bas, non seulement pour tenter de trouver des informations à son sujet, mais également de raconter son histoire. Qui prendra parfois les contours d’une légende. »

La légende de Little Eagle est un roman d’enquête où les archives jouent un rôle fondamental. En effet, c’est à travers les documents qu’Hélène Marchal mettra à jour cette légende. J’ai du mal à comprendre pourquoi un roman d’une telle envergure n’ait pas trouvé un éditeur digne de ce nom. En tous les cas, Florian Rochat est bienvenue chez ÉLP éditeur s’il en a envie…

Florian Rochat, La légende de Little Eagle, 2011. Disponible à la boutique Kindle d’Amazon.