Archives du mot-clé Souvenirs diffus

Quand on perd un ami…

Quand on perd un ami, il faut…

01. Suivre les conseils d’Allan E. Berger et lire ou relire sans tarder L’Ecclésiaste, ce livre de l’Ancien Testament dans lequel on peut lire : « Tout est vanité et poursuite du vent. » Ce livre de la Bible attribué au roi Salomon, fils de David, remet les choses en perspectives et nous rappelle, parfois brutalement, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil et ce, malgré l’agitation permanente des hommes et des femmes de ce monde.

02. Écouter ou réécouter la troisième symphonie, dite pastorale, de Ralph Vaughan Williams. Ce compositeur anglais, contemporain de Ravel, a créé une musique qui épouse le mouvement du vent sur la mer. Après cette écoute, on s’offre la quatrième Bacchiana brasileira du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos. Enfin, après cela, le défunt a mérité l’hommage rendu par l’Adagio pour cordes de Samuel Barber.

03. Marcher seul dans son quartier après le repas du soir, dans le silence, puis en écoutant avec ses oreillettes les musiques décrites ci-dessus. Répéter cet exercice aussi souvent que nécessaire ou, à tout le moins, jusqu’à ce la douleur causée par la perte de cet ami s’atténue afin que les souvenirs heureux reprennent peu à peu leurs droits.

04. Rédiger la biographie de son ami pour se rappeler soudain que, finalement, on ne le connaissait pas aussi bien qu’on le croyait et que des pans entiers de sa vie nous échappent…

05. Se demander pourquoi on ne lui pas dit qu’on l’aimait de tout son cœur au moment il fallait le dire. Sans doute parce qu’un homme ne dit pas ça à un autre homme…

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Parfois je mange debout dans la cuisine…

Parfois je mange debout dans la cuisine en regardant par la fenêtre. Manger est alors un geste machinal, une fonction purement utilitaire destinée à me nourrir. À travers la fenêtre, je vois tout ce que à quoi je pourrais échapper si je renonçais au quotidien. À toutes ces tâches que je m’apprête à accomplir pour ma famille et, surtout, pour l’institution qui m’emploie. Pourtant on me dit qu’il faut profiter de chaque jour qui passe, que la vie est un cadeau. Peut-être est-ce ainsi que je devrais voir les choses. Peut-être que je devrais me réjouir du fait que, sain de corps et d’esprit, j’ai la possibilité de manger debout dans la cuisine en regardant par la fenêtre les badauds qui passent sur le trottoir devant chez moi. Je devrais… mais cela me rappelle trop mon père. Il faisait pareil avant de partir travailler à l’usine. Je le vois encore debout au comptoir, mangeant rapidement ses œufs et ses toasts, buvant son café instantané en deux ou trois gorgées. La fenêtre de la cuisine donnait sur la petite cour. Alors il n’avait pas grand chose à voir, mon père… à part sa vieille voiture qu’il rêvait de changer et qu’il n’avait pas les moyens de faire, bien entendu.

Longtemps la vie de mon père m’a servi de contre-modèle. Je ne parle ni de l’homme ni du père de famille pour lequel j’éprouve encore respect et affection, mais de cet homme éreinté par le travail quotidien en usine, cet homme pauvre qui devait cumuler les emplois pour offrir une maison avec tout le confort de l’époque à sa famille. Et voilà que je me rends compte aujourd’hui que je fais exactement comme lui… Je mange debout dans la cuisine, je cumule deux ou trois emplois et je n’ai pas l’impression d’être si riche, du moins pas depuis quelques années. Ne pas mener la vie de mon père a constitué un leitmotiv dans mon existence. Cela m’a motivé dans mes études, cela m’a propulsé dans l’existence, notamment quand j’ai entrepris de voyager, de vivre ailleurs. Tout était bon sauf mener la vie de mon père… Et voilà que je le retrouve, ce père que j’ai tant aimé. Je le retrouve dans la vieillesse et dans ma mort annoncée par le temps qui passe et qui, passant, use mon corps et mon âme. Inexorablement.

J’ai perdu un ami (hommage à Pierre Thouin)

Il y a huit ans, j’ai perdu un ami, mort à l’âge où on ne devrait pas mourir. Certes, il a vécu ce que d’autres ne vivront jamais, même s’ils vivaient jusqu’à un âge très avancé. N’empêche, il n’aurait pas dû mourir. Non.

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J’ai perdu un ami. Pas un grand ami, non, mais un ami quand même, un ami avec lequel j’avais en commun un pays lointain où il n’ira plus jamais, compte tenu que ses projets de voyage, ses projets d’y retourner, se sont éteints avec lui. Se dire qu’on voyagera plus tard ? Autant dire qu’on pique-niquera sur Mars. Les voyages forment la jeunesse, pas la vieillesse qui, elle, se forme par les souvenirs, à condition qu’on en ait, bien entendu. Mais quand on meurt, comme mon ami vient de mourir, ni les voyages ni les souvenirs ne sont possibles.

J’ai perdu un ami, mort au milieu de ceux qui ont connu le pays lointain, comme lui, et dont la ferveur est ravivée par la présence du mort, je veux dire, par celle de mon ami perdu. Ceux qui ont connu ce pays sont conscients, chacun à leur façon, d’avoir vécu dans un endroit unique au monde, et que, après avoir connu un tel privilège, la mort n’est pas la pire chose qui puisse leur arriver ici-bas.

J’ai perdu un ami. Mort parmi les morts, il ne reviendra jamais parmi nous, sauf dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu dans ce pays lointain, bande de terre coincée entre montagne et océan, très loin, très loin d’ici.

Aux Comores, précisément. Un pays qu’on aime à mort, comme mon ami l’a aimé.

Frère François : Comme une flûte de roseau

garonTu es mort en plein hiver dans un pays où l’hiver n’existe pas. Il est vrai que tu n’as jamais fait pas les choses comme tout le monde. Déjà, en ta jeunesse, tu prétendais avoir désappris à l’école, d’être tombé malade à l’hôpital, d’avoir cessé de croire en Dieu à l’église. Tu n’étais pas comme les autres. La vie, telle que vécue par tes parents et amis, ne te convenait pas. Il te fallait autre chose. Des réponses à tes nombreuses questions sur le sens de la vie. Car il te fallait du sens. Un sens à tout prix. Alors un jour, tu as fait ton baluchon et, quittant parents et amis, tu es parti sans te retourner, sans trop pourquoi. Tu as pris simplement la route vers l’ouest jusqu’à Vancouver et, une fois sur place, tu as mis le cap plein sud sur la Californie, là où il faisait chaud, là où il faisait soleil, là où il y avait peut-être quelque chose qui se rapprochait d’un quelconque absolu auquel tu aurais pu t’accrocher. Après, personne ne sait, du moins personne ne savait avant que ta sœur Anne écrive ce bouquin sur lequel je suis tombé par hasard. Après tu es entré dans une secte pour laquelle tu prêchais de ville en ville pour cet homme appelé « révérend ». Quelques années plus tard, tu es revenu au pays. Pour tes amis, tu étais devenu bizarre… je veux dire: encore plus bizarre qu’avant. En raison de certaines circonstances indépendantes de nos volontés respectives, nous avons cessé de nous voir, mais jamais je n’ai cessé de penser à toi.

Au début de la trentaine, je t’ai retrouvé dans les couloirs de cette université pour laquelle je travaillais. Tu étudiais la théologie dans l’espoir de joindre les rangs d’une communauté religieuse. Nous discutions souvent dans un coin de la cafétéria. Un jour, je suis parti à mon tour, sans doute pour des raisons assez similaires aux tiennes. Toi, pendant ce temps, tu entrais chez les Franciscains de l’Emmanuel, faisant vœux de grande pauvreté. Tu as pris la décision de consacrer ta vie à ta quête d’absolu, trouvant sans doute un réconfort à te préoccuper des autres, un moyen comme un autre de s’oublier soi-même. Je ne t’ai jamais revu… jusqu’à ce jour de janvier 2012 où j’ai aperçu ta photographie dans les pages nécrologiques de La Presse. Je t’ai reconnu du premier coup d’œil malgré les années passées, malgré la mauvaise qualité de l’image. Ton regard était le même : des yeux étonnés sur un monde en quête d’absolu.

Frère François, je n’ai jamais cessé de penser à toi. Toi le mélomane, toi le musicien, toi l’étrange ami qui m’a plus d’une fois réconforté quand j’entrais avec difficulté dans l’âge adulte. Frère François, il n’y a pas de dieu, il n’y a pas d’absolu, mais je te retrouverai dans la mort, bien au-delà du monde pour lequel j’éprouve, tout autant que toi, un sentiment d’insatisfaction.

Merci mon frère, adieu l’ami.

Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur cet ami disparu, sa sœur Anne Garon a fait paraître un ouvrage en 2015 aux éditions Novalis. Pour vous dire la vérité, ce témoignage tient davantage de l’hagiographie que de la biographie, même si cela demeure un hommage sublime au frère qu’Anne a perdu trop tôt. Moi qui ai fréquenté François pendant les années cruciales de mon existence, cet ouvrage a une résonance toute particulière. Je l’ai dévoré en un seul jour tellement j’avais faim de mon ami disparu. Il y a longtemps que je ne vais plus à la messe, mais aujourd’hui je constate que l’hostie que l’on avalait à l’église était du même ordre…

Anne Garon, Comme une flûte de roseau. Novalis, 2015. Ouvrage disponible sous forme papier ou numérique.

L… comme Laurence

Je me souviens, comme si c’était hier, de cette soirée de septembre 1984. Je m’en souviens à cause de la nuit qui s’ensuivit, mais aussi parce que ce fut, en quelque sorte, notre dernière soirée ensemble. Ce soir-là, après des centaines de conservations et des milliers de lettres, j’avais cru que nous pouvions passer une nuit l’un contre l’autre dans cet appartement, rue de l’Esplanade, que je partageais avec un ami qui ne l’est plus depuis lors. Et là, dans cette petite chambre dont la fenêtre donnait sur la ruelle, j’avais voulu que nous prenions le temps de découvrir nos corps, de nous mettre simplement nus l’un et l’autre, comme au premier jour de la création. Mais cela ne s’est pas passé ainsi, car il a fallu que tu t’allumes comme une torche vivante, que tu te consumes de désir pour moi, alors que je n’étais pas prêt, tremblant d’émotion devant ton corps magnifiquement déployé dans la splendeur de ses chairs. Que pouvais-je faire d’autre que de tenter, bien maladroitement, de répondre à tes attentes ? Et contre ma volonté, nous avons fait l’amour, gâchant à tout jamais ce moment magique, ce moment que j’attendais pourtant depuis tellement d’années et dont je ne garde aujourd’hui qu’un souvenir diffus.

Après, ce fut la débâcle: les appels téléphoniques sans retour, les conversations sans complicité, les baisers sans amitié. Quelque chose était cassée entre nous, quelque chose que nos quinze ans d’amitié et nos vingt mille mots échangés n’ont pu réparer. Je n’étais pas prêt, L… Et pourtant, je te voulais comme jamais je n’ai voulu une femme avant toi.

Là, je pense à toi au milieu de la nuit, en proie à des insomnies récurrentes, alors que je suis dans une chambre d’hôtel à Québec. Je pense encore à cette soirée, maintenant que je suis si vieux, si fatigué de vivre. Je pense à cette sexualité manquée, à la nuit au sommeil trouble qui s’en est suivie et, surtout, à ce terrible lendemain matin rempli de malaises, à ce matin où déjà nous n’étions plus des amis. Est-ce qu’il t’arrive d’y penser, toi aussi, de temps en temps ?

Bonne nuit, L… Je vais me rendormir, maintenant, en espérant que demain je n’y penserai plus.

Je ne bégaie pas quand j’écris

Quand enfant je rentrais de l’école, je demandais souvent à ma mère pourquoi je bégayais. Elle me répondait toujours : « Tu ne bégaie pas, tu hésites. » Si cela atténuait mon angoisse, cela ne m’aidait en rien à faire face à mes camarades qui, comme on peut s’en douter, ne saisissaient pas la nuance entre un bègue et un… hésiteur ! Aussi avais-je droit quotidiennement à toutes sortes de blagues comme, par exemple, celle-ci : « Eh Dany, as-tu une minute ? J’aimerais te parler une seconde… » En classe, histoire d’éviter les rires des camarades, je me taisais autant que possible. Bien entendu, quand l’enseignant me pointait du doigt pour m’interroger, j’étais saisi de terreur pendant quelques secondes avant de répondre… Heureusement, la plupart des mes professeurs faisaient preuve d’empathie… au point que l’un d’entre eux, je me souviens, ne m’interrogeait jamais !

Oui, je sais, cela vous fait sourire… et je ne m’en formaliserai pas ! Tout comme je ne m’en formalisais pas trop quand on me lançait ce genre de vannes en ma jeunesse. Après tout, j’étais bègue. Par ailleurs, dans ma vie de bègue, j’ai appris très tôt à mépriser ces gens-là, les jugeant indigne de mon amitié. Jamais aucun d’entre eux n’est devenu mon ami. Exagérément, sans doute, je les rayais mentalement de la carte de l’humanité, convaincu qu’aucun de ceux qui se moquaient de moi, qui s’amusaient à m’imiter, n’arriverait à quelque chose de valable dans la vie. Bref, mon mépris agissait en moi comme une arme silencieuse, certes, mais très efficace pour le maintien de mon estime de moi.

En fait, ce qui m’a toujours attristé dans ce handicap a peu de choses à voir avec les blagues qu’on pouvait me faire à l’occasion. Généralement, je n’y portais pas trop attention, compte tenu que ceux qui les faisaient n’avaient guère d’importance à mes yeux et, qui plus est, ne faisaient pas partie de mes amis. Non, ce qui me chagrinait le plus concernait l’air idiot que le bégaiement m’apportait. Car vous pouvez bien penser ce que vous voulez, un gars qui bégaie n’a jamais l’air intelligent… Et je vous prie de croire que cela constitue sans aucun doute le handicap majeur du bègue… et ce, tant dans sa vie professionnelle que personnelle.

Prenons les filles, par exemple. Comment pensez-vous qu’un bègue s’y prend pour approcher une fille ? Il ne l’approche pas, c’est tout… car le désir social, toujours médiatisé, défavorise le bègue. Dans la mesure où on désire ce que socialement on nous montre comme désirable, les chances qu’une jeune fille porte son attention sur un bègue s’avèrent plutôt minces. Aussi ai-je mis beaucoup de temps avant de sortir avec une fille… comme j’ai mis du temps à asseoir ma situation professionnelle.

Honnêtement, je ne m’en suis pas trop mal sorti dans la vie, notamment en raison d’une découverte essentielle que j’ai faite assez tôt dans mon adolescence : je ne bégaie pas quand j’écris. Au siècle de l’image, moi j’ai privilégié l’écrit… C’est ce qui m’a permis d’obtenir de bons résultats à l’école, de réussir le concours d’entrée dans la fonction publique et, bien entendu, de me faire ma première copine… parce que, tout simplement, quand je tombais amoureux d’une fille, ne pouvant pas lui parler sans risquer de tout foutre par terre avec l’air idiot du bègue, je lui écrivais… Ma première « vraie » copine (par vraie, j’entends « fréquentation sur une base régulière »), je l’ai eue à un âge où mes amis en avaient depuis plusieurs années déjà. Je l’ai conquise en glissant une lettre sous la porte de sa chambre. (Nous vivions alors à plusieurs dans un ancien presbytère.) Dans cette lettre, je lui avouais mes sentiments, bien entendu. Le soir, en rentrant à la maison, elle a frappé à ma porte et, avec un large sourire, m’a dit : « Moi aussi ».

À l’instar de tous ceux qui vivent avec un handicap, le bègue trouve en lui un moyen de contournement pour avancer dans la vie. Certains, comme le héros du Petit Bonzi, dressent une liste de mots alternatifs sur lesquels ils ne butent pas. D’autres recourent à d’autres moyens. Pour ma part, je l’ai fait à ma manière de sorte que ce handicap n’a pas été un obstacle à mes réalisations. Et je suis aussi heureux et malheureux que la plupart d’entre vous. Ça dépend des jours, quoi…

Céline en douze points

1. Céline a de l’Irlande en elle. Ses yeux couleur d’écorce forment de jolies rondelles sur la peau blanche de son visage. Sa peau rougit en vieillissant, comme une forêt en automne.

2. Elle est encore belle, Céline. Elle a le sourire dans les yeux. Cliché: ces yeux brillent comme les rues asphaltées de la ville après la pluie.

3. Céline n’aime pas toucher les gens. Elle dit qu’on n’a pas besoin de se toucher pour s’aimer. Elle a raison, Céline. Chez elle, le corps est le reflet de l’âme.

4. Céline ne m’embrasse pas ; elle dépose un baiser sur ma joue. Je sens à peine ses lèvres effleurer ma peau. Cliché: c’est doux comme un vent léger par un soir caniculaire d’été.

5. Dans mon esprit, Céline est associée au thé. Je ne peux me la remémorer sans une tasse de thé à la main. La vision de ces mains se refermant sur sa tasse de thé ne me quitte jamais.

6. J’ai connu Céline à l’automne de mes dix-huit ans ; elle en avait seize. Aux pieds, elle portait des bas multicolores et, aux doigts, des bagues de fillettes de couleurs vives. Elle avait parfois du rose aux joues, mais cela venait peut-être du vent frais de l’automne, non d’une poudre quelconque.

7. Étrange, je ne me souviens pas de notre première rencontre. Je l’apercevais parfois dans le bus de la rue Notre-Dame quand elle revenait du couvent, mais je ne la connaissais que de vue, sachant seulement qu’elle habitait cette maisonnette blanche non loin de chez moi. Puisque nous descendions au même arrêt, je la connaissais sans la connaître, quoi. Et j’ignore tout de notre première conversation.

8. Peut-être est-ce Lucien le poète qui nous a mis en contact. Elle cherchait un comédien pour jouer dans une pièce de théâtre pour enfants. Pas n’importe quels enfants, non. Les orphelins de la Chapelle de la Réparation. Pas pour n’importe laquelle occasion non plus. Un dépouillement d’arbre de Noël, nom donné à l’époque à la fête d’avant Noël destinée aux enfants et au cours de laquelle ceux-ci déballaient des cadeaux.

9. La fête eut lieu un samedi matin. Je jouais le rôle du fou du Roi alors que Céline jouait Pierrot. Cela ne lui allait pas, d’ailleurs, car Céline était rarement triste, du moins pas à cette époque. Elle avait même le rire facile, Céline, et quand elle riait, ses yeux brillaient avec beaucoup d’intensité. Dieu qu’elle était belle en ce moment-là!

10. De cette journée parmi ces enfants négligés par la vie, je ne retiens que deux choses: d’une part, la musique d’ouverture de la pièce, une musique composée par Lee Gagnon (un compositeur inconnu, du moins pour moi) qui me trotte toujours dans la tête aujourd’hui sans que je puisse la retrouver ; d’autre part, le rire communicatif de Céline et de l’immense coup de foudre qui s’en est suivi. Le soir de ce samedi-là, une fois au lit, je n’ai pu trouver le sommeil malgré la fatigue de la journée. Ma cœur battait à tout rompre, ce cœur qui a battu si longtemps pour mon amie Céline.

11. Ce cœur a battu pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’elle unisse sa vie à un autre que moi. Cinq ans n’est rien après quarante ans, mais cinq ans dans la vie d’un tout jeune adulte, c’est une éternité… Imaginez Mozart avec cinq ans de plus !

12. Ce qui reste de tout cela ? Un souvenir agréable du temps d’avant. Du temps d’avant les inquiétudes, les tourments, les angoisses, les soucis. Du temps de la jeunesse, quoi.